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Les fron­tières contre le virus ?

Par Jean-Phi­lippe Chau­vin

La période du confi­ne­ment for­cé est pro­pice à la lec­ture et à la réflexion, et ce sont des moyens utiles pour évi­ter de som­brer dans une forme d’hibernation intel­lec­tuelle facile mais, à plus ou moins long terme, fatale à l’intelligence et à la mesure. De nom­breux édi­to­ria­listes pour­suivent d’ailleurs leur acti­vi­té, nour­ris­sant le débat de plus ou moins bon grain, mais la lec­ture du Marianne de cette semaine apporte quelque récon­fort au vieux roya­liste que je suis, inquiet de voir cer­taines de ses pré­dic­tions anciennes se réa­li­ser en direct mais sou­cieux de dépas­ser cet état pour avan­cer et lut­ter contre le fata­lisme et la réci­dive. Il est d’ailleurs tou­jours sur­pre­nant de consta­ter que der­rière ce titre, qui pour­rait nous déplaire au regard de ce qu’il sym­bo­lise, il se trouve par­fois d’excellentes choses, pas si répu­bli­caines ou, du moins, pas si « répu­bli­ca­nistes » que cela…

Dans cette affaire de coro­na­vi­rus, les res­pon­sa­bi­li­tés de sa dif­fu­sion ne reposent pas, évi­dem­ment, sur les seules épaules des poli­tiques ou de l’Etat, mais ils en ont tout de même leur part, ne serait-ce que par leur atta­che­ment à des prin­cipes qui ne résistent pas bien à la réa­li­té des faits concrets : en disant que « le virus ne connaît pas les fron­tières », le gou­ver­ne­ment s’est four­voyé, en oubliant des choses simples que Régis Debray avait déjà évo­quées il y a quelques années dans son opus­cule « éloge des fron­tières » qu’il faut, en ces heures par­ti­cu­lières, relire. Nata­cha Polo­ny le rap­pelle à son tour : « ce virus est por­té par des êtres humains qui, eux, s’arrêtent aux fron­tières, si tant est qu’on leur demande. » Ce que disent depuis tou­jours les « natio­nistes » consé­quents (j’écris ce terme que Pierre Bou­tang évoque dans son « Maur­ras » et pour le dis­tin­guer du terme de « natio­na­listes » qui, s’il me semble tou­jours valable, est par­fois com­pli­qué à expli­quer, ou à défendre), c’est que la fron­tière n’est pas un mur tou­jours fer­mé et hos­tile, mais bien plu­tôt une muraille (Debray emploie le terme de « mem­brane ») qui pro­tège et peut s’ouvrir à qui vient en paix et avec humi­li­té. C’est un peu aus­si le sens du pro­pos de Mme Polo­ny quand elle pour­suit son rai­son­ne­ment : « Il n’est pas néces­saire de fer­mer les fron­tières quand on choi­sit de contrô­ler effi­ca­ce­ment ceux qui rentrent. C’est ce qu’ont fait la Corée ou Taï­wan, avec des résul­tats plu­tôt convain­cants. Contrôle de tem­pé­ra­ture sys­té­ma­tique, détec­tion à grande échelle et qua­ran­taine. »

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