Une lec­ture roya­liste des dérè­gle­ments cli­ma­tiques contemporains.
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Une lec­ture roya­liste des dérè­gle­ments cli­ma­tiques contemporains.

L’écologie est à la mode… Doit-on s’en réjouir ? Bien sûr, il y a l’effet cani­cule, il y a les débats inces­sants autour du Trai­té de Paris, de moins en moins res­pec­té par les grandes puis­sances et qui semble désor­mais rejoindre le maga­sin des « bonnes inten­tions sans réa­li­sa­tion », et il y a ce suc­cès tout rela­tif de la liste de M. Jadot aux der­nières élec­tions euro­péennes qui lui fait prendre ses rêves pour des réa­li­tés, sans oublier les mobi­li­sa­tions lycéennes du ven­dre­di qui ont per­mis au gou­ver­ne­ment d’éviter une véri­table mobi­li­sa­tion contes­ta­trice au moment le plus vif de la révolte des Gilets jaunes. Tout cela a pu faire de l’écologie un thème d’actualité et c’est fort heu­reux ; mais ce qui l’est moins, c’est qu’elle appa­raît désor­mais plus comme une mode média­tique que comme une véri­table réflexion sur notre mode de vie et de consom­ma­tion. Or, l’écologie ne peut se conten­ter d’être un beau dis­cours ou une suite de décla­ra­tions d’intentions, au risque de deve­nir une idéo­lo­gie cou­pée du réel et de perdre tout cré­dit en poli­tique, pour­tant néces­saire pour espé­rer rele­ver les défis envi­ron­ne­men­taux et chan­ger les perspectives.

Dans le der­nier numé­ro de Marianne, Nata­cha Polo­ny, qui se réclame de la décrois­sance, remet quelques pen­dules à l’heure en pré­ci­sant « les don­nées du pro­blème » posé par les dérè­gle­ments cli­ma­tiques contem­po­rains : elle dénonce ain­si un dis­cours trop sou­vent enten­du sur les capa­ci­tés d’adaptation de l’homme et des socié­tés : « l’adaptation s’est faite, dans les siècles pas­sés, au prix de vio­lences et de morts. Les guerres à venir pour l’eau et les terres arables ne sont pas des hypo­thèses mais des risques majeurs. » Avec une démo­gra­phie mon­diale qui n’est pas vrai­ment maî­tri­sée dans les conti­nents asia­tique et afri­cain, et une inté­gra­tion crois­sante de leurs pays dans une socié­té de consom­ma­tion née il y a un siècle de l’autre côté de l’Atlantique et qui se carac­té­rise par la croyance en « l’illimitation du monde » et par une néo­phi­lie per­ma­nente et pour­voyeuse de déme­sure, la pla­nète ne peut, comme au terme de la mon­dia­li­sa­tion du XIXe siècle, que se heur­ter aux limites qu’elle a cru pou­voir éter­nel­le­ment repous­ser : c’est ce moment par­ti­cu­lier qui, par lui-même, est ter­ri­ble­ment bel­li­gène et qui, s’il n’est pas sur­mon­té par la per­cep­tion de la fra­gi­li­té de la paix et (pour cha­cune des puis­sances elles-mêmes) de celle de sa propre exis­tence géo­po­li­tique et natio­nale, peut mener au pire, c’est-à-dire à la trans­for­ma­tion de la concur­rence éco­no­mique et com­mer­ciale en confron­ta­tion mili­taire et poli­tique, d’autant plus vio­lente qu’elle mobi­lise toutes les forces néces­saires à sur­mon­ter l’obstacle, au risque de perdre, une fois de plus, tout sens de la mesure et toute pos­si­bi­li­té de conci­lia­tion, cha­cun consi­dé­rant « son » modèle comme « non négo­ciable », selon le ter­rible mot du pré­sident Bush (le second).

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