Un same­di à Paris : le témoi­gnage d’un spec­ta­teur enga­gé. Par­tie 3 : La place de l’E­toile, ce champ de bataille…
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Un same­di à Paris : le témoi­gnage d’un spec­ta­teur enga­gé. Par­tie 3 : La place de l’E­toile, ce champ de bataille…

Après une longue errance avec des petits groupes de gilets jaunes déso­rien­tés et aga­cés, har­ce­lés par des forces de l’ordre visi­ble­ment aus­si décon­te­nan­cées que nous, avec des « en civil » cas­qués qui pointent leur sorte de trom­blon noir vers les mani­fes­tants alors même que ceux-ci lèvent les mains vers le ciel en signe d’a­pai­se­ment, je décide de remon­ter seul vers la place de l’Étoile d’où l’on entend la rumeur qui enfle régu­liè­re­ment pour s’a­pai­ser ensuite quelques minutes, comme pour mieux reprendre son souffle. L’a­ve­nue que j’ai déjà emprun­tée est encore plus dévas­tée que l’heure d’a­vant mais plus per­sonne ne semble se sou­cier des voi­tures cal­ci­nées ou en cours de com­bus­tion : tout n’est plus qu’un immense gron­de­ment, comme une tem­pête sans pluie, et l’é­meute semble maître du ter­rain, les forces de l’ordre ayant visi­ble­ment aban­don­né cette ave­nue, sauf au com­men­ce­ment des rues adja­centes. Là, les cars de police se tiennent les uns contre les autres, for­mant un bar­rage infran­chis­sable et les poli­ciers tiennent en joue des enne­mis que je ne vois pas, sans doute der­rière moi. Tout autour de moi, ça fume des ciga­rettes, ça dis­cute, ça rigole, ça se moque, ça se repose aus­si, et nombre de mani­fes­tants sont assis sur le pas des portes, un masque de papier autour du cou pour la plu­part. Ici, beau­coup de jeunes, aux appa­rences très diverses, entre loden et blou­son de cuir, tenue de ville ou de sport, par­lant riche ou rural, voire ban­lieue. Des gens très dif­fé­rents qui, d’or­di­naire, ne se croisent ni ne se parlent… Magie de l’émeute !

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