Du gaul­lisme au néo-conser­va­tisme, com­ment la diplo­ma­tie fran­çaise est deve­nue atlantiste

Du gaul­lisme au néo-conser­va­tisme, com­ment la diplo­ma­tie fran­çaise est deve­nue atlantiste

Cré­dits pho­to : PIERRE VERDY/AFP

FIGAROVOX. – Qu’est-ce que « l’at­lan­tisme » ? Une supré­ma­tie ou une sou­mis­sion ? Peut-on aus­si l’en­tendre comme une coopé­ra­tion d’égaux ?

Hadrien DESUIN. – L’at­lan­tisme est un cou­rant de pen­sée très ancien. Dès la Pre­mière Guerre Mon­diale, des per­son­na­li­tés poli­tiques comme Léon Bour­geois prônent la mise en place d’une diplo­ma­tie à l’a­mé­ri­caine, ce que Pierre Hass­ner a appe­lé « wil­so­nisme bot­té ». Léon Bour­geois fut le pre­mier pré­sident de la SDN en 1919. Le Pré­sident Wil­son, fils de pas­teur pres­by­té­rien de Vir­gi­nie, vou­lait en finir avec la vieille diplo­ma­tie euro­péenne. Selon lui le droit et la morale devaient rem­pla­cer les notions d’é­qui­libre des forces et de concert des Nations. Avec le trai­té de Ver­sailles impo­sé à l’Al­le­magne et à l’Au­triche-Hon­grie, il pro­po­sait à l’an­cien monde une évan­gé­li­sa­tion démo­cra­tique sous garan­tie amé­ri­caine. Avec les résul­tats que l’on sait.

Dans la rela­tion trans­at­lan­tique, il faut, au-delà des grands dis­cours, mesu­rer le rap­port de forces entre alliés. L’A­mé­rique n’est certes plus l’hy­per­puis­sance des années 90. Elle n’en reste pas moins la pre­mière puis­sance au monde et son bud­get mili­taire est encore supé­rieur à la tota­li­té de ses concur­rents ou par­te­naires. Elle finance à 70% la défense euro­péenne grâce à l’O­TAN. Il n’y a donc pas d’é­ga­li­té dans les rap­ports trans­at­lan­tiques. Les puis­sances euro­péennes sont lar­ge­ment mor­ce­lées et dis­pro­por­tion­nées. L’Eu­rope de la défense, dépen­dante de Bruxelles est conge­lée à l’é­tat embryon­naire depuis dix ans. Sur le conti­nent euro­péen, seules les armées fran­çaises et bri­tan­niques sont encore « auto­nomes », la Tur­quie étant un cas à part.

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