Quand la Répu­blique veut inter­dire un pré­nom bre­ton en Bretagne…
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Quand la Répu­blique veut inter­dire un pré­nom bre­ton en Bretagne…

En France, la Répu­blique s’est construite contre les diver­si­tés fran­çaises, au nom d’une « uni­té et indi­vi­si­bi­li­té » qu’elle a ins­crite, dès ses ori­gines, dans ses textes, aus­si bien idéo­lo­giques que légis­la­tifs : ne s’a­gis­sait-il pas de lut­ter contre ces « reli­quats de l’An­cien régime » qu’é­taient, entre autres, les langues des pro­vinces et pays de France, si dan­ge­reuses pour ceux qui par­laient d’é­ga­li­té et la conce­vaient d’a­bord comme le moyen d’im­po­ser leur idéo­lo­gie à tous, comme la domi­na­tion d’un modèle qui était, d’a­bord, le leur ? Ain­si, l’ab­bé Gré­goire, l’un des grands noms de la Révo­lu­tion, déclare devant la Conven­tion en 1793, que, grâce à la seule langue fran­çaise dûment impo­sée à tous les Fran­çais, « les connais­sances utiles, comme la douce rosée, se répan­dront sur toute la masse des indi­vi­dus qui com­posent la nation ; ain­si dis­pa­raî­tront insen­si­ble­ment des jar­gons locaux, les patois de six mil­lions de Fran­çais qui ne parlent pas la langue natio­nale. Car, je ne puis trop le répé­ter, il est plus impor­tant qu’on ne pense en poli­tique d’ex­tir­per cette diver­si­té d’i­diomes gros­siers, qui pro­longent l’en­fance de la rai­son et la vieillesse des pré­ju­gés ».

La France qui « s’ap­pelle diver­si­té », selon Fer­nand Brau­del, devait ain­si céder le pas à une concep­tion uni­forme de la Nation à laquelle les répu­bli­cains mettent alors une majus­cule comme pour bien signi­fier sa trans­for­ma­tion, de terme abs­trait dési­gnant un fort ensemble de réa­li­tés (selon la défi­ni­tion maur­ras­sienne) en une idéo­lo­gie désor­mais obli­ga­toire pour qui veut res­ter fran­çais : ce « natio­na­li­ta­risme » uti­li­se­ra la contrainte et la régle­men­ta­tion admi­nis­tra­tive, mais aus­si l’é­cole à par­tir de Fer­ry, pour chas­ser les langues de France des lieux et mémoires de notre pays, au risque d’as­sé­cher la vita­li­té des par­ti­cu­la­ri­tés fran­çaises et de cou­per nombre de Fran­çais de leurs racines. La Répu­blique, en cela comme en d’autres domaines, ne fut pas l’ou­ver­ture et le dia­logue mais bien plu­tôt la fer­me­ture et la dic­ta­ture lin­guis­tique : que de liens avec une « his­toire d’his­toires » tran­chés par cette uni­for­mi­sa­tion nationalitaire !

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