L’A­frique Réelle N°89 – Mai 2017
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L’A­frique Réelle N°89 – Mai 2017

Som­maire

Actua­li­té :

  • - Libye : la guerre entre le géné­ral Haf­tar et Mis­ra­ta a éclaté
  • - Corne de l’Afrique : les consé­quences de la guerre du Yemen

Dos­sier : Kasaï, la résur­gence des réa­li­tés ethniques

  • - Les Lulua, les Luba-Kasaï et les autres
  • - Aux sources des actuels évènements
  • - L’ethno-fédéralisme congolais
  • - Le démem­bre­ment du Katan­ga et du Kasaï

Géo­po­li­tique :

Jour­née de la géo­po­li­tique de l’A­frique à l’île Maurice

His­toire :

« Les vam­pires » à la fin de la guerre d’Algérie

 

Edi­to­rial de Ber­nard Lugan

Dans les pays de l’hé­mi­sphère nord, la vie poli­tique repose sur des convic­tions com­munes et sur des pro­grammes poli­tiques trans­cen­dant les dif­fé­rences cultu­relles, sociales ou régio­nales. L’ad­di­tion des suf­frages indi­vi­duels y fonde la légi­ti­mi­té politique.
Dans les Afriques où les socié­tés sont com­mu­nau­taires, hié­rar­chi­sées et soli­daires, l’ordre social et poli­tique ne repose pas sur les indi­vi­dus, mais sur les groupes. Voi­là pour­quoi le prin­cipe démo­cra­tique du « one man, one vote » y conduit à l’impasse et au chaos.
La ques­tion de la redé­fi­ni­tion de l’E­tat, donc de la place des eth­nies dans la socié­té, consti­tue le prin­ci­pal pro­blème poli­tique et ins­ti­tu­tion­nel que l’A­frique doit résoudre. Mais, pour cela, il ne faut pas com­men­cer par nier la réa­li­té eth­nique. Or, tout à son uni­ver­sa­lisme, l’africanisme fran­çais et plus lar­ge­ment fran­co­phone, a déci­dé de ban­nir le fait eth­nique car jugé trop « iden­ti­taire ». Ses grands prêtres, à l’image de Jean-Pierre Chré­tien, de Jean-Loup Amselle, de Cathe­rine Coque­ry-Vidro­vitch, d’Elikia M’Bo­ko­lo et de leurs dis­ciples, vont même jusqu’à sou­te­nir, certes avec des nuances, que les eth­nies ont une ori­gine colo­niale. Une telle arro­gance doc­tri­nale sous-entend donc que les peuples afri­cains ont reçu des colo­ni­sa­teurs jusqu’à leur nom et leur iden­ti­té. Jean-Pierre Chré­tien est tout à fait clair à ce sujet quand il ose écrire que : « L’ethnicité se réfère moins à des tra­di­tions locales qu’à des fan­tasmes pla­qués par l’ethnographie occi­den­tale sur le monde dit cou­tu­mier ». Or, comme l’a remar­qué avec jus­tesse Axel Eric Augé, un socio­logue fran­çais d’origine gabo­naise : « En somme, les Afri­cains étaient une masse indif­fé­ren­ciée et atten­daient les Euro­péens pour res­sen­tir des phé­no­mènes identitaires ! ».