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Charles Maurras

Anthinéa

Par Sarah Blanchonnet

Anthinéa expose son lecteur à l’amertume et à la colère, non pas contre son auteur ou l’œuvre elle-même, mais contre le diktat intellectuel qui voue Maurras aux gémonies. Son style, ses descriptions, sa sensibilité devraient pourtant en faire un des maîtres de notre histoire littéraire. Mais toute l’affaire est là : avec Maurras, la politique n’est jamais loin. Il n’est donc pas possible d’adopter à son égard la même position schizophrène qu’avec Brasillach ou Céline qui consiste à distinguer l’auteur du politique.

Un rendez-vous d’amour

L’œuvre s’ouvre sur le rendez-vous d’amour de Maurras avec la Grèce, mais entendons-nous bien, celle de l’époque classique, du siècle de Périclès, des grands tragiques. Quand Maurras arrive à Athènes, on a l’impression que l’antique cité se présente à lui en masquant tout de sa modernité. On ne retient que les noms du Parthénon, des Propylées, de l’Acropole. Dans le choix que Maurras fait de ses textes pour Anthinea, le voyage d’Athènes ressemble moins à une couverture des Jeux Olympiques qu’à un pèlerinage dans une Grèce bien précise, celle de Maurras, purement hellène sans aucune influence asiatique ou orientale. Pour Maurras l’attique n’est beau que lorsqu’il est lui-même.

La Provence, une nouvelle Ithaque

Tel Ulysse à la fin de son Odyssée, Maurras après ses récits de voyages revient dans son Ithaque, la Provence. Pourtant elle ne l’a jamais quitté : où que Maurras aille, son étalon de référence reste toujours la terre de son enfance. Qu’il soit à Athènes, en Corse, ou en Toscane, tout lui est toujours comparé : les oliviers, les paysages, la lumière, l’architecture, les costumes locaux, les femmes… Anthinéa est donc aussi une ode à sa petite patrie. Après l’héritage civilisationnel et le legs spirituel, Maurras évoque avec la Provence un enracinement personnel, plus concret, l’amour d’une terre. Comme pour montrer sa double filiation avec la Grèce et la Provence, Maurras achève son Anthinéa par un dialogue avec un olivier, arbre commun à son pays et au Péloponnèse.

Esthétique et politique

De prime abord, on peut se demander ce qu’un récit de voyage peut avoir de polémique ou de politique surtout dans une œuvre du Maurras d’avant l’Action française (la rédaction d’Anthinéa s’étend en effet de 1890 à 1897). Seulement Anthinéa n’est pas un simple récit de voyage, une succession de déplacements dans l’espace. Dans cette œuvre Maurras nous conduit au pays de l’enracinement. De son voyage à Athènes pour la couverture des Jeux Olympiques, on le sait, Maurras est revenu plus anti-démocrate que jamais. Mais sa venue dans le pays “berceau de la Raison” l’amène à des considérations qui sont pour notre époque autant de leçons : « Le classique, l’attique est plus universel à proportion qu’il est plus athénien ».

Ce paradoxe s’explique par le fait que Maurras rejette en Grèce tout ce qui n’est pas grec. Remplaçons “attique” et “athénien” par “France” et “français”, la phrase ne perd rien de sa pertinence et de sa vérité. Notre pays ne fut-il pas plus universel quand il était lui-même ? La France classique n’enseigna-t-elle pas plus aux autres nations que la France sans identité au milieu d’une Europe à l’universalisme désincarné ?

Mais si Maurras aime la Grèce ce n’est peut-être pas tant pour elle-même que pour ce qu’elle nous a légué : « Aucune origine n’est belle, la beauté est au terme des choses ». Le voyage en Corse, le voyage en Toscane et même le retour en Provence sont autant de ponts entre le passé et le présent. « Tenons serré le lien qui nous tient réunis avec les Pères de notre esprit et de notre goût », c’est ainsi que se termine la préface de 1942. Moins politique, plus culturel, il affirme ici, selon la formule de Boutang, « la nécessité, pour un petit Français, de la culture gréco-latine ». Ancrer un homme dans une civilisation, en retracer la filiation à travers les siècles, voilà ce qu’illustre Maurras en tissant au fil des pages le lien qui unit Homère, Sophocle, la Renaissance, La Fontaine, Racine et sa terre natale. Et c’est là encore lutter contre les idéologies qui, à force de vouloir être appliquées et applicables en tout temps et en tout lieu, finissent par être, non pas universelles, mais vides de sens.

* Cf édition de 1942.

L'Action Française 2000 - 3 mars 2005



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