Par Jean Charpentier
Dans ces temps gris et tristes, il y a parfois quelques instants de félicité…
Une découverte exceptionnelle a eu lieu il y a quelques mois et fut rendue publique tout récemment. Un nouveau chef d’œuvre nous est donné grâce à un événement privé providentiel. Lors d’un inventaire pour une succession qu’il effectuait, le commissaire-priseur Osenat fut saisi par la beauté d’un Christ en croix, un tableau représentant la Passion, datant probablement du XVIIe siècle. Le Christ crucifié est représenté isolé, il est lumineux, le corps se détache vivement sur un ciel sombre et menaçant. Derrière le fond rocheux du Golgotha, apparaît au loin une vue de Jérusalem, illuminée en arrière-plan, mais apparemment sous un orage. En haut du tableau, à gauche, la lune se voile dans la lucarne d’un ciel orangé. L’éclipse rapportée par les Évangélistes est commencée. Le Christ a les bras levés, comme selon les représentations jansénistes du temps. Les clous sont enfoncés dans les poignets, ainsi que le suaire de Turin l’a montré contre la tradition picturale qui les représente dans les paumes. Un signe bien étrange. Ce tableau est une vraie profession de foi d’un artiste inspiré, un chef-d’œuvre absolu. Il est de Rubens !
L’attribution est une histoire digne d’un roman-feuilleton. Oublié depuis quatre siècles, le tableau a vraisemblablement été acquis par le peintre Bouguereau au milieu du XIXe siècle, puis il fut transmis par descendance familiale jusqu’à être accroché dans une chambre d’un appartement parisien. L’œil du commissaire-priseur l’a sorti de l’anonymat. Les analyses nécessaires furent faites pour dater la toile et les pigments, pour retracer aussi les étapes et comprendre les techniques de sa composition. Restait la question de l’attribution. Une gravure datant du règne de Louis XIII représentant un Christ en croix attribué à Rubens guida les recherches. Les plus grands spécialistes du peintre flamand furent donc sollicités. Le verdict est tombé récemment. C’est un Rubens ! Et un immense Rubens, un maître ici totalement touché par la Grâce de la Passion. On touche au sublime.
L’œuvre a été présentée au public le 11 novembre dernier dans l’Église Saint-Louis de Fontainebleau. Le tableau sera bientôt vendu aux enchères. L’estimation est de 1 à 2 millions d’euros. En réalité, ce chef d’œuvre n’a pas de prix. Une découverte comme celle-ci est rarissime tant ce tableau est une œuvre dans la lignée de celles des grands de la Renaissance et du Baroque. Espérons qu’un musée sera acquéreur, celui du Vatican en serait l’écrin le plus digne.


