Du coq à l’âne. Oui ! Mais encliquetage par-ci, encliquetage par-mi…

Par Adègne Nova

« À la session du baccalauréat de juin 2025, le taux de réussite global s’élève à 91,8% en France, il est en hausse de 0,4 point par rapport à celui de juin 2024 », indique le ministère de l’Éducation nationale. Magnifique ! Cette information me donne envie de parler un peu des diplômes en France…

En 1942, le 4 août, une loi diminue dangereusement la liberté dont avait joui jusqu’alors l’enseignement technique privé. C’est une loi d’étatisation. En effet, seul, désormais, l’État délivre des diplômes techniques, comme seul il donne le baccalauréat – et donner est vraiment le verbe adéquat – un master ou un doctorat. Sans doute, « les jurys d’examens devront comprendre, outre les représentants de l’État, des professeurs de l’enseignement public, des professeurs de l’enseignement privé et des représentants qualifiés de la profession », il n’en reste pas moins qu’à une époque où l’on s’élève de tout côté contre « le fétichisme des diplômés », on ne veut plus reconnaître de valeur, en certains lieux qu’au parchemin d’État. Ainsi, il est interdit aux écoles techniques d’enseignement libre de délivrer autre chose qu’un certificat de scolarité, sans notes ni appréciations, ou une attestation de participation à leurs élèves…

Si cette loi, dont on vante les pures intentions, servait l’intérêt général, si les élèves étaient mieux formés, peut-être pourrions-nous nous incliner, mais est-ce le cas ? En rentrant dans ce carcan étatique de normes, l’instruction devient rigide, lente à s’adapter aux changements dus au contexte lié à l’industrie, au commerce, au tertiaire, à la start-up nation quoi ! Comment adapter aux découvertes nouvelles, aux méthodes actuelles un examen public à l’issue d’un programme public ? Tout le monde sait qu’un examen public ne se modifie pas en deux secondes. Entre réunions, concertation, tractations, imagination d’une ébauche de nouveauté… les nouvelles épreuves naissent toujours avec trois wagons de retard.

Avant la 2de Guerre mondiale, la chambre de commerce du Rhône s’était mise à la disposition des écoles techniques libres pour veiller à ce que leur enseignement soit de grande qualité et adapté, ayant également un œil sur la délivrance de leurs diplômes. Les hommes de la chambre de commerce savent mieux que beaucoup l’importance d’une bonne formation, de fait, quand ils visitent les écoles en question, ce n’est pas pour une inspection superficielle et toute d’apparat revêtue. Non, non ! Ils examinent attentivement les travaux, lisent les notes des élèves avec lesquels ils prennent le temps de beaucoup parler, les font comparaître même, les interrogent. On est bien loin avec eux d’obtenir une signature sur un diplôme les yeux fermés.

Ce qui était fait là, dans ce domaine particulier, peut être adopté par toutes les familles professionnelles. Pourquoi vouloir à tout crin uniformiser ? Si un enseignement doit s’adapter à toutes les nécessités régionales et même locales, c’est bien l’enseignement technique : on ne travaille pas en zone de neige comme en bord de Manche ! Pourquoi enfermer cet enseignement dans l’appareil administratif ? Il faut cesser de penser que pour que ce soit bien il faut nécessairement que ce soit par l’État. Pour être vivant, il faut être libre ! Ce qui n’est pas le cas quand l’État met son nez quelque part.

Vous me direz, « Oui mais, là, vous parlez d’une loi de Vichy. Beurk, caca ! » Certes, ladite loi n’est plus aujourd’hui en vigueur sous sa forme initiale, modifiée qu’elle a été par la loi 530 du 4 octobre 1943 – ça ne compte pas, c’est toujours le Maréchal – puis par l’article 7-39 de l’ordonnance 549 du 15 juin 2000 – ah, là, on est bien, c’est l’ancien vendeur de L’Humanité de la rue de Vaugirard qui est à la tête de l’État –, il n’empêche que sur les diplômes c’est toujours la signature d’un représentant de l’État qui est apposée. Et zouip, pas d’État, pas de diplôme technique professionnel.

La république est tellement heureuse de centraliser, de contrôler, de sanctionner, de tout dominer qu’elle n’allait tout de même pas jeter ce qui va dans son sens – Tabula rasa d’accord mais seulement pour ce qui concerne avant 1789, tout le monde sait bien que la république est parfaite et ne travaille que pour le bien (ben voyons !) – ; que ça vienne de Vichy ou d’ailleurs – bon, aujourd’hui « les idées » arrivent plutôt de Bruxelles ou de Washington, parfois de façon plus exotique de Kiev ou de Gaza… – tout est bon pour être fort avec les faibles que sont devenus les Français.

Bref, il est évident, cela se vérifie une fois encore ici, que la centralisation, la mainmise exercée par l’État républicain sont sa marque de fabrique essentielle. Son autorité n’étant pas naturelle, il n’a d’autre moyen que de s’imposer par la force et le contrôle de tous les domaines de la vie. C’est l’encliquetage fatal que connaît toute démocratie, chaque jour contrainte un peu plus à avancer sur la voie de la centralisation. Un excellent ouvrage de Cellerier explique que l’encliquetage rend tout retour en arrière impossible et que, dans les démocraties, il s’appelle… il s’appelle « régime électif » ! Pour rappel, et parce que j’aime beaucoup relire André Buffet qui l’a clairement expliqué, redisons ici ce qu’est le principe de ce mécanisme : « Les républicains se garderont bien de décentraliser. Ils ne le peuvent tout simplement pas. En effet, tout pouvoir républicain sort de l’élection. S’il veut se maintenir à l’élection suivante, l’élu, ministre ou député a besoin de tenir de près ses électeurs. Qui tient l’électeur ? Le fonctionnaire. Qui tient le fonctionnaire ? L’élu, ministre ou député par la chaîne de la centralisation… Décentraliser l’administration c’est couper cette chaîne de sûreté, c’est rendre au fonctionnaire une part d’indépendance et à l’électeur la liberté correspondante. Le ministre ou le député perd ses atouts électoraux… » Alors ? Alors dès qu’un élu arrive sur son siège tout frais, son premier geste vise à abaisser immédiatement le cliquet qui empêche de revenir en arrière, et ainsi de suite au fil des élections, et IIIe, IVe, Ve République même combat : ne rien lâcher ! Le parti au pouvoir est menacé : encliquetage. Le gouvernement est en danger : encliquetage. Et les électeurs sont tenus par des fonctionnaires toujours plus nombreux…

Ah si les Français savaient ce qu’est réellement le décentralisme, le provincialisme, voire plus, peut-être ouvriraient-ils les yeux. Ne serait-il pas temps de leur expliquer le principe ?

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