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Ni Ségo, ni Sarko !

Par Pierre Pujo

François Bayrou était persuadé que son heure était venue. Bousculant les autres candidats à l'Élysée, il irait en finale et deviendrait le prochain président de la République. Quo non ascendet ? Partie de 6 % dans les sondages au début de l'année, sa cote n'avait cessé de monter. Elle doublait en mars et quadruplait en avril. Désormais il jouait dans la cour des grands. Il approchait de Ségolène. Il allait la dépasser et il s'imposerait en arbitre entre Mme Royal et son rival UMP. Au nom du TSS (Tout Sauf Sarkozy), il rassemblerait les opposants de droite et de gauche et s'installerait triomphalement à la présidence.

Le duo Bayrou-Royal

Las, M. Bayrou a dû déchanter. Il a terminé le premier tour assez loin (18 % des suffrages) derrière la candidate socialiste arrivée en seconde position. Il était éliminé ! Il ne s'en est pas remis. Dans les jours qui ont suivi le premier tour, il a tenté de continuer à exister, en laissant planer un doute sur son choix au deuxième, pour finalement ne pas choisir. Renonçant à réunir la droite et la gauche, il a annoncé la création d'un nouveau parti : le Parti démocrate (PD), sans prendre garde à la consonance fâcheuse de ces initiales. Il ne fasait que reprendre l'appellation du parti de Marc Sangnier d'avant la Seconde Guerre mondiale... Il n'avait cependant guère de vin nouveau à verser dans ses vieilles outres. Son erreur était de croire que 18 % des électeurs s'étaient convertis au centrisme parce qu'ils avaient voté pour lui. Ils avaient davantage manifesté leur aversion pour M. Sarkozy qu'adhéré à un corpus démo-chrétien et à une stratégie politicienne d'alternance entre la gauche et la droite.

Les deux-tiers des parlementaires de l'U.D.F. se sont en fait déclarés pour Nicolas Sarkozy. M. Bayrou se devait d'en tenir compte. C'est pourquoi, tout en flirtant avec Mme Royal il s'est gardé de s'engager trop loin avec elle, sous peine de perdre une bonne partie de ses soutiens électoraux et de compromettre l'avenir.

Mais Mme Royal a poursuivi M. Bayrou de ses assiduités. Le candidat centriste représentait un fort paquet de voix. Il  serait bon, pensait-elle, de s'en assurer le contrôle, moyennant quelques promesses de collaboration, sous forme d'un gouvernement socialo-centriste, social-démocrate ou social-libéral... Michel Rocard et Bernard Kouchner ont prêché dans ce sens. Sous prétexte de réunir les contraires, le futur gouvernement irait de la communiste Marie-Georges Buffet au centriste Bayrou. Cela promettait de beaux tiraillements internes. Finalement, il n'est rien résulté de ces tractations sinon qu'avec la complicité des médias audiovisuels on a amusé le tapis pour mettre en vedette Mme  Royal. C'était l'objectif recherché.

Si Mme Royal désire tant s'emparer des suffrages qui se sont portés sur M. Bayrou, c'est qu'elle n'a guère de réserves à gauche. Les six (sur un total de douze !) candidats d'extrême-gauche du premier tour ne totalisent que 10,57 % des voix. À supposer qu'elles se reportent toutes sur la candidate socialiste, elles ne suffiraient pas à lui assurer une majorité. Après avoir été désignée par le Parti socialiste, Mme Royal a cherché ces derniers mois à s'en affranchir pour montrer qu'une fois élue elle mènerait sa politique personnelle sous le signe du "pacte présidentiel". Sa marge d'autonomie est étroite car les "éléphants" du PS n'ont pas renoncé à prendre leur revanche. L'accroissement promis du rôle du Parlement leur donnerait le moyen de contrôler ses initiatives.

Coûteux "désirs d'avenir"

Avec elle, il faut s'attendre à une forte augmentation des charges financières de l'État, des aides et des subventions de toutes sortes. Elle assure que les dépenses nouvelles seront financées par la croissance. Mais elle n'a pas dit comment elle stimulerait celle-ci. Et si la croissance était au contraire découragée par le laxisme de la présidente socialiste ? Au cours de sa campagne, elle s'est surtout appliquée à compatir au malheur des gens. Il lui faudra donner des satisfactions à un grand nombre d'entre eux. Dans de multiples domaines elle se trouvera coincée entre sa prise en compte des "désirs d'avenir" et la nécessité de maintenir certaines disciplines, sous peine de tomber dans l'anarchie.

C'est peut-être sur le plan international que son entrée à l'Élysée risque d'être le moins catastrophique. Jean-Pierre Chevènement et l'ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine pourraient garantir la prise  en compte prioritaire des intérêts français mais on ne se méfiera jamais trop d'un idéologue comme Dominique Strauss-Kahn entiché d'intégration européenne, comme un grand nombre de socialistes. Confusion politique, affaiblissement économique, affaiblissement international, voilà ce que nous promet Ségolène Royal.

Faut-il alors placer ses espoirs dans Nicolas Sarkozy qui a réuni au premier tour près du tiers des suffrages (31,18 %). Le personnage est dévoré par une ambition immodérée. Il est prêt à toutes les promesses, à toutes les concessions, pour satisfaire sa soif de pouvoir. Il s'est emparé de quelques idées de bon sens comme d'imposer des limites à État -providence, de rétablir la responsabilité  individuelle, de remettre la France au travail. Ces objectifs sont justifiés à condition, évidemment, de ne pas laisser la bride sur le cou au libéralisme et à une mondialisation incontrôlée.

Un choix impossible

Le plus inquiétant chez lui touche à la politique extérieure. Il se montrera plus complaisant à l'égard des États-Unis que Jacques Chirac et moins désireux que lui de maintenir avec la Russie des relations de compréhension mutuelle. Au Proche-Orient, ses sympathies, il ne s'en cache pas, vont à Israël beaucoup plus qu'aux Palestiniens.

C'est à propos de l'Union européenne que M. Sarkozy inquiète le plus. Il est prêt à consentir à tous les abandons de souveraineté et à s'aligner sur l'Allemande Angela Merkel qui ne cache pas ses projets fédéralistes... Ses conseillers "européens" s'appellent Michel Barnier, Alain Lamassoure, Pierre Lelouche. Ils nous inspirent du point de vue français la plus grande méfiance.

Le second tour de l'élection présidentielle impose aux Français un choix impossible. Les deux candidats ont approuvé la Constitution européenne en 2005 et ne le regrettent pas, au contraire. Leurs flatteries des dernières semaines adressées aux patriotes français ne doivent pas tromper. L'un et l'autre représentent un danger pour l'existence d'une France souveraine. Quel que soit l'élu, il faudra continuer la bataille souverainiste et y entraîner nos compatriotes. En attendant, le vote blanc s'imposera le dimanche 6 mai.

Limites de l'action électorale

Il est permis de regretter l'absence du souverainisme dans la compétition finale. Jean-Marie Le Pen a perdu son pari d'être présent au second tour. Au moins le Front national peut-il se flatter de voir ses principaux concurrents reprendre quelques unes de ses idées sur la sécurité, l'immigration, l'identité nationale. Tant mieux pour la France. Tiendront-ils leurs engagements ? Il faudra être vigilant. L'échec du candidat du Front national marque les limites d'une action électorale dans un régime dont l'idéologie dominante est foncièrement hostile aux idées nationales. Avant d'obtenir le changement politique il faut travailler à changer les mentalités.



Centre royaliste d'Action française

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