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Un résistant nourri de l'Action française

Les heures glorieuses et difficiles
du colonel Rémy

Par Perceval

L’entrée en résistance de Gilbert Renault qui deviendra le prestigieux colonel Rémy et qui gardera définitivement son nom de guerre, ne provient nullement du hasard. Bien après l’événement il déclarera en 1974 : « Le réflexe qui m’a fait partir pour l’Angleterre trouvait son origine dans l’enseignement que depuis vingt ans je recevais quotidiennement sous la signature de Charles Maurras. Nourri de l’Action française, il ne m’était pas possible de reconnaître comme définitive la défaite de la France. J’allais tout naturellement là où m’apparaissait qu’on allait continuer à se battre. » À partir de cette décision toute l’existence de Rémy sera orientée vers le même idéal qui unit l’honneur de la France à l’amour de la Patrie. Pour ceux qui ne l’auraient pas connu, Guy Perrier va prendre en quelque sorte le rôle d’un Plutarque qui évoquerait pour nous la vie d’un homme illustre de la France du XXe siècle. Son essai biographique (1) commence par un portrait physique et moral : « Bel homme à la solide carrure, l’œil toujours fureteur, l’esprit en éveil, portant bien la toilette, Gilbert a de plus l’élocution facile et le compliment enjôleur. Bref, c’est un charmeur. Chaleureux, un rien hâbleur, fier et impulsif, il se décide vite, trop vite parfois. Heureusement, il possède une extraordinaire capacité de rebondissement : toute son existence [...] sera jalonnée par une succession de pics et de creux [...] »

Quant au moral, il y a chez Rémy un catholicisme exigeant, une foi profonde, une dévotion à la Vierge Marie qui guideront aussi bien sa vie privée que ses interventions politiques et militaires.

La fondation de la C.N.D.

Le 20 juin 1940, après avoir eu le téméraire courage de laisser sa femme et ses enfants, Rémy s’embarque sur un bateau norvégien, le Lista, en partance pour l’Angleterre. Le lendemain, il débarque à Falmonth. « Dès le lendemain de leur arrivée, Claude (jeune frère de Rémy) et Gilbert se sont présentés au quartier général de la France libre à Saint-Stephen’s House. » Ils sont déçus par un premier accueil assez froid et attendent d’être convoqués. Rémy s’impatiente, revient et déclare à l’officier qui l’avait accueilli qu’il peut se déplacer facilement en Espagne et qu’il souhaite effectuer une mission en France. On lui demande alors de se présenter au capitaine Dewavrin qui deviendra le colonel Passy. Chargé du 2e Bureau Dewavrin fondera le B.C.R.A. (Bureau central de Renseignement et d’action).

Rémy est vite agréé, part pour l’Espagne après avoir été initié aux techniques de l’agent secret. Au cours de sa première mission importante en France occupée, Rémy se présente au lieutenant de vaisseau Philippon, commandant en second du sous-marin Ouessant et qui fait partie des quelques marins français autorisés à rester à Brest. Après un premier entretien réservé, Philippon apprendra plus tard à Rémy « qu’il a demandé à son supérieur, le capitaine de corvette Courson, s’il y avait incompatibilité entre le serment prêté au Maréchal et le fait de transmettre des renseignements aux Anglais, Courson lui ayant répondu que s’il en avait l’occasion, il le ferait sans hésiter, Philippon, rassuré, accepte d’entrer dans le réseau de Rémy et reçoit le pseudonyme d’Hilarion. Cette rencontre procure à Rémy une riche moisson de renseignements : “sept sous-marins basés à Brest” et, selon le succès de leurs opérations, ils sont accueillis avec enthousiasme : « musique, fleurs, champagne ». Rémy recueille en outre des précisions sur les mouvements des submersibles. Le réseau de Rémy s’organise, il devient opérationnel. Les dangers ne manquent pas mais « ...chaque fois qu’il est en danger, il implore la Vierge Marie et prie, puisant dans la prière une force et un réconfort nouveaux [...] » Guy Perrier relate en ces termes le “baptême” du réseau de Rémy : « le 5 janvier 1942, vers 7 heures, par un froid glacial, Rémy passe devant l’église Notre-Dame-des-Victoires. Il entre et s’agenouille au pied de la statue de la Vierge [...]. Depuis plusieurs semaines il est obsédé par la dénomination de son réseau. Mais là, il a le cœur en fête car, en un éclair, le nom s’est imposé à lui : la confrérie Notre Dame. Puisque Louis XIII a placé la France sous la protection de la Vierge, pourquoi lui, Rémy , ne s’en inspirerait-il pas, d’autant plus que le véritable ciment du réseau – en dehors de l’objectif commun de chasser les Allemands – est une réelle fraternité entre tous ses membres ». La C.N.D. fondée notons son bilan, “éloquent” malgré sa sécheresse numérique : « De novembre 1940 à septembre 1944, 66 courriers sont parvenus à Londres ; de 1941 à 1944, 3.000 messages ont été envoyés. Les renseignements fournis aux Alliés ont été à l’origine de succès importants, qu’il s’agisse de la surveillance des bases sous-marines de l’Atlantique, des plans du mur de l’Atlantique, de la traque des croiseurs allemands ou de l’opération coup de croc (Biting). De novembre 1940 à septembre 1944, le réseau C.N.D-Castille a compté 1.540 agents, 537 ont été arrêtés, dont 380 déportés, parmi ces derniers on compte 103 morts et 27 disparus. »

Le ralliement des communistes

Inconditionnellement disciplinés, par leur stricte application des accords Hitler-Staline, les communistes français ont apporté une contribution décisive à notre défaite de 1940. Le sabotage systématique de nos usines d’armement représentait un somptueux cadeau pour les troupes de l’envahisseur nazi. L’heureuse folie de Hitler qui attaque la Russie le 22 juin 1941 va changer la donne de fond en comble. Le parti communiste va vérifier une fois de plus la pénétrante formule de Georges Sorel : « Le marxisme est le frère ennemi du militantisme prussien ». Les “partisans” sont disciplinés, souvent fanatisés et leur courage est immense. Cependant, leur visée essentielle n’est pas la libération de la France, mais la révolution sociale et politique, d’où leur action terroriste dont ne voulaient ni De Gaulle, ni les Anglais.

C’est bien Rémy qui établit le contact avec les F.T.P. et le comité central du P.C.F. S’il le fait c’est d’abord en vue d’une alliance tactique précieuse dans la perspective d’une insurrection générale. Ce qui est indiscutable, c’est que l’arrivée de Fernand Grenier à Londres, son ralliement officiel à De Gaulle (ce qui donne à ce dernier une stature internationale), montrent que Rémy a bien travaillé pour son chef. Ce qui n’est pas d’un piètre politique. De Gaulle en est parfaitement conscient qui écrit en ces termes aux membres du comité central, le 10 février 1943 : « L’adhésion du parti communiste au comité national qu’il m’a apportée en votre nom, la mise à ma disposition en tant que commandant en chef des Forces françaises combattantes des vaillantes formations de francs-tireurs que vous avez constituées et animées, voilà autant de manifestations de l’unité françaises, voilà une nouvelle preuve de la volonté de contribuer à la libération et à la grandeur de notre pays. Convaincu que votre décision apporte une contribution importante à l’intérêt national, je vous remercie sincèrement... »

Le pionnier de la réconciliation nationale

À l’automne 1949, Aspects de la France, organise aux Sociétés savantes, rue Danton, une réunion d’hommage à Maurras emprisonné après un procès inique. Gabriel Marcel, Daniel Halévy, Pierre Boutang, prennent parole. À cette occasion, Maurice Pujo, compagnon de Maurras, et Rémy, se serrent la main. Il ne semble pas que Rémy ait été, selon la formule de Guy Perrier « un piètre politique ». Il a bien fait de divulguer la formule gaullienne des “deux cordes” nécessaires à l’arc de la France : « Il lui fallait la corde De Gaulle. Il lui fallait aussi la corde Pétain » (2). L’authenticité de cette déclaration fut formellement confirmée par De Gaulle au Prince Murat. Là encore Rémy militait pour son chef, et pour lui promettre une gloire immense s’il avait opéré la réconciliation nationale...

(1) Guy Perrier : Rémy, l’agent secret n° 1 de la France libre

(2) La justice et l’opprobre, article de Rémy publié dans Carrefour du 11 avril 1950.

L'Action Française 2000 - 3 janvier 2002



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