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1872-1955

Maurice Pujo

Né le 26 janvier 1872, Maurice Pujo n’a pas vingt ans lorsque l’Institut couronne son mémoire sur La morale de Spinoza. Il lance alors La Revue jeune, qui deviendra L’Art et la Vie et durera plusieurs années. C’est un foyer de vie intellectuelle et artistique. Parmi ceux qui le fréquentent, se trouve le compositeur belge Guillaume Lekeu qui mourra à l’âge de vingt-quatre ans de la tuberculose en laissant une très belle Sonate pour piano et violon.

En 1894 Maurice Pujo publie son premier livre, Le règne de la grâce, un essai inspiré par la philosophie de l’Allemand Novalis. Jean Jaurès salue cette publication dans La Petite République par un grand article en première page intitulé Vers le socialisme... Il estimait que le jeune chef de file intellectuel était bien parti pour rallier ses chères utopies !

Les événements vont décider autrement de l’évolution de Maurice Pujo et le conduiront à rejoindre le camp nationaliste. En avril 1898, tandis que l’affaire Dreyfus bat son plein, un cercle d’intellectuels de gauche dont Pujo fait partie, l’Union pour l’action morale, se range dans le camp des dreyfusards qui insultent la patrie et l’armée. Henri Vaugeois et Maurice Pujo s’en séparent pour fonder un premier comité d’action française.

Le 19 décembre 1898, Pujo publie dans le quotidien L’Éclair un article intitulé L’Action française dans lequel il dénonce la carence de l’État républicain devant la subversion dreyfusarde qui met la France en péril. Cependant il ne croit pas à la possibilité d’une restauration monarchique. Il ne deviendra royaliste que quelques années plus tard après avoir lu l’opuscule de Charles Maurras, Dictateur et Roi.

Maurice Pujo fait partie du groupe qui lance au printemps 1899 l’Action française autour d’Henri Vaugeois et de Charles Maurras. Désormais il a trouvé sa voie. Il a souvent souligné dans ses écrits que Maurras lui avait fait découvrir la notion du réel et de la vérité objective alors que lui-même était perdu dans les brumes de la philosophie allemande.

À l’automne 1908, Maurice Pujo est l’animateur des manifestations qui, durant plusieurs mois, mettent le Quartier latin en état de siège. Il s’agit d’empêcher un certain Thalamas, qui insulte Jeanne d’Arc de poursuivre ses cours en Sorbonne. Bagarres, arrestations, condamnations se succèdent, avec diverses péripéties. Finalement, Thalamas devra abandonner la partie.

Le maître de l’action

Les Camelots du Roi – fondés par Maurice Pujo et Maxime Real del Sarte – ont reçu leur baptême du feu avec l’affaire Thalamas. Ils vont bientôt imposer à la république le culte officiel de Jeanne d’Arc, au prix de dix mille jours de prison... Maurice Pujo dirige cette campagne. Par la suite, il demeurera le représentant des Comités directeur auprès des Étudiants d’Action française et inspirera de nombreux “coups” des Camelots. Charles Maurras saluera en lui dans son ouvrage La Contre-Révolution spontanée celui qui a su « concevoir et conduire de 1899 à 1940 tout ce qui fut de pure action dans la vie de l’Action française ». Il lancera notamment l’Affaire Stavisky et organisera toutes les manifestations de janvier et février 1934.

Durant la Grande Guerre, Maurice Pujo avait été mobilisé sur le front. Il devient ensuite le rédacteur en chef de L’Action Française. Il demeure aux côtés de Charles Maurras à Lyon sous l’Occupation. Il est l’auteur de la fameuse manchette La France, la France seule... qui figura durant quatre ans en tête du journal. En juin 1944, il est emprisonné durant trois semaines par la Gestapo et manque de peu d’être déporté.

Cela ne l’empêche pas d’être traduit avec Charles Maurras devant la Cour de Justice du Rhône en janvier 1945 pour crime de fidélité au maréchal Pétain. Il est condamné à cinq ans de détention. Il reste auprès de Maurras dans leurs prisons successives de Lyon, Riom et Clairvaux jusqu’à ce qu’il soit libéré en octobre 1947. Il assure alors la direction politique d’Aspects de la France jusqu’à sa mort survenue le 6 septembre 1955.

Jacques Cépoy

L'Action Française 2000 - Numéro hors-série - Printemps 1999



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