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Le Pre­mier ministre viet­na­mien était en France la semaine der­nière, silence assour­dis­sant de la presse

Par un ano­nyme bien informé…

Le Pré­sident de la Répu­blique Emma­nuel Macron a reçu le Pre­mier Ministre de la Répu­blique socia­liste du Viet­nam M. Pham Minh Chinh jeu­di 4 novembre au Palais de l’Élysée, pour un déjeu­ner de travail.

Le Pre­mier ministre viet­na­mien était en visite offi­cielle en France du 3 au 5 novembre 2021. Une belle visite. Vous n’en avez pas enten­du par­ler ? Rien de plus nor­mal. Il était impos­sible de le savoir. La presse natio­nale n’a qua­si­ment pas tiré une ligne sur cette visite.  Seule la Tri­bune de l’Économie et quelques titres spé­cia­li­sés ont rédi­gé des articles trai­tant des accords de coopé­ra­tion et contrats signés à cette occa­sion. Et je ne vous parle même pas des chaînes de télé et de radios. Nous n’avons pas même eu droit aux autre­fois habi­tuels – et légi­times – articles sur les jour­na­listes indé­pen­dants condam­nés pour leur cri­tique ouverte du par­ti com­mu­niste au pou­voir. Rien, vous dis-je !

Une vision équi­li­brée de la colonisation

Mais, mon brave mon­sieur, pour­quoi diable nos jour­na­listes auraient-ils par­lé de ce pays de près de cent mil­lions d’habitants qui connait l’une des crois­sances les plus fortes du monde depuis trente ans ? Pour­quoi par­ler d’un chef du gou­ver­ne­ment qui décide d’effectuer en France sa pre­mière visite bila­té­rale depuis (le début de) la fin du Covid-19, plu­tôt que de se rendre en Corée, au Japon ou en Chine, ses prin­ci­paux par­te­naires éco­no­miques ? Non, aucune raison. 

Les entre­prises fran­çaises se démènent pour accroître leur pré­sence dans ce pays et elles ont rai­son. Le gou­ver­ne­ment fran­çais s’est mis en quatre pour cette visite et il a bien fait…

Pour­quoi irait-on, en 2021, par­ler d’un ancien pays colo­ni­sé qui appré­cie la France, a une vision équi­li­brée, et fina­le­ment plu­tôt posi­tive, du legs colo­nial ? Les Viet­na­miens sont admi­ra­tifs de ce que nous avons lais­sé chez eux : des infra­struc­tures solides qui fonc­tionnent tou­jours aujourd’hui, des bâti­ments magni­fiques deve­nus patri­moine natio­nal dont ils sont fiers, une concep­tion moderne de l’État et de l’administration. Pire encore, aucun pro­cès en accul­tu­ra­tion. Les anciens parlent avec admi­ra­tion et recon­nais­sance de l’instruction qu’ils ont reçue dans les écoles fran­çaises jusqu’en 1954 dans le nord, jusqu’en 1975 dans le sud. Aujourd’hui encore, les deux lycées fran­çais et les écoles pri­vées fran­çaises conti­nuent d’accueillir chaque année les enfants des grandes familles vietnamiennes.

En Asie, pas de pos­ture victimaire !

Le cas de ce peuple est déci­dé­ment bien grave. Com­ment vou­lez-vous inté­res­ser les médias fran­çais, si vous faites des sou­rires à la France, dites du bien de son action pas­sée et de sa culture ? Si au moins, ils pou­vaient nous trai­ter de cri­mi­nels contre l’humanité et prendre une pos­ture victimaire !

Même ce qui pour­rait jouer en leur faveur tourne mal. Le Viet­nam, contrai­re­ment à l’Algérie, nous a vain­cu les armes à la main, à Dien Bien Phu, dans une bataille où le cou­rage et l’esprit de sacri­fice furent dans les deux camps durant près de deux mois. Une bonne occa­sion pour nous, Fran­çais, de dénon­cer notre mili­ta­risme colo­nial, de célé­brer notre défaite à la fois morale et mili­taire, me direz-vous ? Encore raté. Il fau­drait pour cela que le Viet­nam nous fasse une demande de répa­ra­tion, un acte de repen­tance, même sym­bo­lique, pour inté­res­ser les foules. Mais même pas ! Ces Viet­na­miens se contentent de nous avoir bat­tu « à la loyale », ne voient aucune rai­son d’en remettre une couche, ont très tôt pris la main que la France leur a ten­due après la défaite de 1954 et conti­nuent d’aimer la France. Jamais le pou­voir viet­na­mien n’a ima­gi­né faire de la haine de notre pays son fonds de com­merce et sa légi­ti­mi­té poli­tique. Déci­dé­ment pas comme les autres, ces Asiatiques.

Allons voir du côté de l’immigration, peut-être y a‑t-il un os à ron­ger ? Un peu de dis­cri­mi­na­tion, voire des traces de racisme anti-nha-quê, comme on disait de manière condes­cen­dante au temps de la colo­niale ? Hélas, trois fois hélas. La dia­spo­ra viet­na­mienne s’assimile par­fai­te­ment bien, ses enfants sont brillants à l’école, trouvent faci­le­ment le che­min de l’ascenseur social et, indé­crot­tables, n’émettent aucune reven­di­ca­tion com­mu­nau­taire sur laquelle s’appuyer pour dénon­cer l’oppression de la majo­ri­té fran­çaise sur son propre ter­ri­toire. (Ndr : je sou­mets une idée à tout hasard. Exi­ger du riz blanc et de la sauce de pois­son dans les can­tines à tous les repas. Sur les chaînes d’information, avec un peu de mau­vaise foi et des larmes sur de beaux yeux bri­dés, ça pour­rait peut-être mar­cher). 

Plus de 6% de crois­sance annuelle

Bon, il n’y a donc rien à grat­ter de ce côté-là non plus. Ce peuple se sent déses­pé­ré­ment bien chez nous. Le Viet­nam n’est pas un pays à pro­blème. Vrai­ment pas un bon client…

Mais ces­sons de railler. À l’écart des colonnes des jour­naux, les spé­cia­listes, cher­cheurs, hommes d’affaires et admi­nis­tra­teurs qui tra­vaillent à la coopé­ra­tion entre nos deux pays étaient tous sur le pont pour faire avan­cer les dos­siers et les inté­rêts de la France dans cette région. Car le Viet­nam est deve­nu un poids lourd en Asie du Sud-Est auquel nous avons tout inté­rêt à nous inté­res­ser. Il est, avec la Chine et la Corée du sud, le pays qui a connu le plus spec­ta­cu­laire déve­lop­pe­ment éco­no­mique depuis trente ans. À plus de 6% de crois­sance annuelle de moyenne, le PIB par habi­tant est pas­sé de 95$ en 1990 à 2 785 $ en 2020 (PIB/hab en $ cou­rants). Il a encore cru de +2,9% en 2021 quand la France connais­sait un reten­tis­sant ‑7,9. Les entre­prises fran­çaises se démènent pour accroître leur pré­sence dans ce pays et elles ont rai­son. Le gou­ver­ne­ment fran­çais s’est mis en quatre pour cette visite et il a bien fait. Le Pre­mier ministre viet­na­mien a été reçu par l’Élysée, à Mati­gnon et par les Pré­si­dents des deux assem­blées. Les Viet­na­miens sont repar­tis contents, à juste titre. Nos deux pays ont tou­jours un ave­nir à écrire ensemble. Et après tout, on vit très bien sans article dans le Monde ou le Figa­ro