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Cor­po­ra­tisme et roya­lisme social

Par Jean Phi­lippe Chauvin

Pour la néces­saire jus­tice sociale !

Par­tie 1 : Quand la Répu­blique se veut mon­dia­li­sée et oublie le sort de la socié­té et du Tra­vail français.

Aujourd’hui et plus que jamais, alors que la crise sani­taire fra­gi­lise des pans entiers de notre socié­té et du Tra­vail fran­çais, la ques­tion sociale mérite que l’on y prête atten­tion et que l’on y réponde, autant que pos­sible et selon les règles d’une jus­tice sociale que nombre de nos conci­toyens semblent par­fois avoir oubliée : il est vrai que la lec­ture des manuels sco­laires ou uni­ver­si­taires démontrent une cer­taine négli­gence sur le sujet, comme on peut le consta­ter dans les manuels de géo­gra­phie de Pre­mière des nou­veaux pro­grammes qui n’évoquent la ques­tion du chô­mage en France, par exemple, que par le biais d’une pho­to ou d’un titre de presse, sans s’y attar­der plus lon­gue­ment, comme si les quelques cinq mil­lions de Fran­çais confron­tés à ce drame étaient des­ti­nés à l’invisibilité ! Com­ment pour­rait-il en être autre­ment quand la mon­dia­li­sa­tion, van­tée sous tous les angles et cou­plée avec une métro­po­li­sa­tion conqué­rante, est pré­sen­tée comme le pro­grès par excel­lence, ce pro­grès obli­ga­toire et « évi­dem­ment accep­té par tous » (ou presque), désor­mais un peu ver­di par les pro­jets dits de déve­lop­pe­ment durable, un pro­grès auquel il faut s’adapter pour accroître « l’attractivité », nou­veau maître-mot des pro­grammes d’aménagement du ter­ri­toire ? Du coup, chô­meurs et ter­ri­toires en déshé­rence ne sont plus vus que comme les « per­dants de la mon­dia­li­sa­tion », for­mule dont, le plus sou­vent, on ne retient que le pre­mier mot, péjo­ra­ti­ve­ment pro­non­cé et com­pris comme sym­bole d’un échec à impu­ter, non au sys­tème éco­no­mique ou poli­tique, mais aux seuls chô­meurs ou aux ter­ri­toires déser­tés… Le plus grave est peut-être que cette opi­nion néga­tive est inté­grée par les vic­times mêmes de cette situa­tion, un peu de la même manière que lorsque les petits Bre­tons ou Basques étaient moqués pour leurs langues et cou­tumes par­ti­cu­lières dans l’école de Jules Fer­ry, au nom d’un pro­grès qui, à l’époque, se décli­nait dans les manuels sco­laires sous la for­mule de « Répu­blique une et indi­vi­sible », et qu’ils en déve­lop­paient par­fois un com­plexe d’infériorité.

Le mou­ve­ment des Gilets jaunes (du moins celui des ori­gines, à l’automne 2018) a réveillé ce « peuple des per­dants » comme le nom­mait récem­ment un socio­logue sans acri­mo­nie à leur égard, et la Répu­blique en a trem­blé quelques semaines avant de reprendre ses mau­vaises habi­tudes de déni social et de suf­fi­sance. Que le gou­ver­ne­ment nom­mé par M. Macron (désor­mais Cas­tex après avoir été Phi­lippe), et mal­gré quelques bonnes volon­tés en son sein qu’il ne s’agit pas de déni­grer (preuve de la com­plexi­té du régime macro­nien, de cet « enfer pavé de bonnes inten­tions » selon un de ses adver­saires), appa­raisse comme le « bras armé poli­tique de la mon­dia­li­sa­tion en France », n’est pas un contre­sens mais bien une triste réa­li­té qu’il s’agit, elle, de dénon­cer et de vou­loir chan­ger, non par pur idéa­lisme, mais par sou­ci poli­tique de la jus­tice sociale. Cette der­nière ne naît pas natu­rel­le­ment du monde diri­geant et déci­sion­naire de l’économie, de cette oli­gar­chie qu’il fau­drait plu­tôt nom­mer plou­to­cra­tie si l’on veut être com­plè­te­ment hon­nête, mais c’est bien par le moyen du poli­tique, de l’exercice de l’État qu’elle peut être res­pec­tée et hono­rée comme elle doit l’être. La Répu­blique peut-elle être cet État sou­cieux de la jus­tice sociale, elle qui semble par­fois avoir rem­pla­cée la main de jus­tice par la matraque de Marianne et qui paraît trem­bler devant le fouet d’une BCE loin­taine et si peu com­pré­hen­sive du sort des peuples ? Il est pos­sible d’en dou­ter for­te­ment, et la crise sani­taire actuelle pour­rait bien, après la peur du déclas­se­ment qui sourd sous celle de la mala­die, lais­ser place à une crise sociale plus vio­lente encore que celle des Gilets jaunes…