En DVD : La Rébel­lion cachée

En DVD : La Rébel­lion cachée

Par Guil­hem de Tarlé 

La Rébel­lion cachée, un film fran­co-amé­ri­cain de Daniel Rabour­din, avec la par­ti­ci­pa­tion de Sté­phane Cour­tois et Rey­nald Secher.

Sté­phane Cour­tois, direc­teur de recherches au CNRS et ancien mili­tant maoïste, est un spé­cia­liste de l’histoire du com­mu­nisme et l’auteur de nom­breux ouvrages dont, avec d’autres, Le livre noir du com­mu­nisme, dans lequel il écrit : « Lénine assi­mi­lait les Cosaques à la Ven­dée pen­dant la Révo­lu­tion fran­çaise, et sou­hai­tait leur appli­quer le trai­te­ment que Grac­chus Babeuf qua­li­fiait dès 1975 de « popu­li­cide ».
Rey­nald Secher, qui reven­dique ses ori­gines ven­déennes, est titu­laire d’un doc­to­rat d’Etat de sciences his­to­riques et poli­tiques, et auteur de nom­breux ouvrages dont Le géno­cide fran­co-fran­çais / La Ven­dée –Ven­gé.

La guerre de Ven­dée a été qua­li­fiée par Napo­léon de « guerre de géants », et pour­tant, dans son His­toire de France, Jacques Bain­ville y consacre seule­ment 4 phrases éparses : « Au prin­temps (1993), l’enrôlement for­cé de 300.000 hommes, ajou­té à la guerre reli­gieuse et à l’exécution de Louis XVI, avait défi­ni­ti­ve­ment sou­le­vé la Ven­dée qui n’estima pas que la conscrip­tion et la caserne fussent des conquêtes de la liber­té. (…) En octobre… l’insurrection ven­déenne recu­lait (…) En décembre, la Ven­dée sera défi­ni­ti­ve­ment vaincue ». 

L’insurrection date en effet des 10 et 11 mars 1793, en l’an I de la Répu­blique, quand la Conven­tion giron­dine pro­cède dans les vil­lages au tirage au sort des conscrits : « On a tué notre roi, on a chas­sé nos prêtres, et ven­du les biens de notre Église, où est l’argent ? Ils ont tout man­gé ; ils veulent à pré­sent nos corps ; non, ils ne les auront pas ».
Les débuts furent vic­to­rieux, à Che­mil­lé, à Cho­let, le 14 mars, mal­heu­reu­se­ment non exempts de mas­sacres comme les « cha­pe­lets » de Mache­coul, mal­gré la pré­sence de char­rette… « Il faut tuer tous les patriotes comme des chiens »…   ( dans sa décla­ra­tion du 2 février 1963, le colo­nel Bas­tien-Thi­ry déplo­rait : « dans presque toute guerre, à for­tio­ri  dans les insur­rec­tions, il y a des excès ; et les troupes de Jeanne d’Arc elle-même se sont livrées plu­sieurs fois à des mas­sacres »). 
A Paris les jour­nées révo­lu­tion­naires des 31 mai et 2 juin trans­fé­rèrent le pou­voir à la Conven­tion mon­ta­gnarde et au Comi­té de Salut Public qui ont chan­gé la donne en mobi­li­sant les armées répu­bli­caines. Les Ven­déens seront vain­cus à Cho­let (17 octobre), écra­sés au Mans (13 décembre), exter­mi­nés à Save­nay (23 décembre)… Le géné­ral Wes­ter­man écri­ra à la Conven­tion : « Il n’y a plus de Ven­dée, elle est morte sous notre sabre libre, avec ses femmes et ses enfants. Je viens de l’enterrer dans les marais et les bois de Save­nay, sui­vant les ordres que vous m’avez don­nés. J’ai écra­sé les enfants sous les pieds de mes che­vaux, mas­sa­cré les femmes qui, au moins pour celles-là, n’enfanteront plus de bri­gands. Je n’ai pas un pri­son­nier à me repro­cher. J’ai tout exter­mi­né… (…) Les routes sont semées de cadavres (…) Klé­ber et Mar­ceau sont là : nous ne fai­sons pas de pri­son­niers, car il fau­drait leur don­ner le pain de la liber­té et la pitié n’es pas révolutionnaire » !

La Rébel­lion cachée dénonce un géno­cide. D’octobre 1793 à février 1794, Jean-Bap­tiste Car­rier orga­nise les noyades de Nantes, de 8 à 10 000 vic­times, avec notam­ment les « mariages répu­bli­cains » qui consis­taient à ligo­ter ensemble un homme et une femme pour les pré­ci­pi­ter dans la Loire. De décembre 1793 à juin 1794 les Colonnes infer­nales de Tur­reau  mas­sacrent, incen­dient, détruisent… La com­mune du Petit Luc est rayée de la carte le 28 février 1794, après le pas­sage de la colonne Cor­de­lier qui a tué, et brû­lé l’église où les habi­tants s’étaient réfu­giés (564 vic­times dont 110 enfants de moins de 7 ans).

On me par­don­ne­ra d’émettre des réserves sur le docu­film de Daniel Rabour­din et de ne pas être convain­cu par sa réa­li­sa­tion qui pré­tend inté­grer une « saga fami­liale » au docu­men­taire. Il n’en reste pas moins que les ana­lyses des inter­ve­nants sont pas­sion­nantes, les pro­pos des vic­times, qui nous sont rap­por­tés, émou­vants, et ceux des bour­reaux déca­pants ( pour ne pas dire « déca­pi­tants »). 
Qu’il en soit cha­leu­reu­se­ment remer­cié et féli­ci­té ! Sont – ils si nom­breux ceux qui ont évo­qué pour le grand public ces « heures sombres de notre His­toire » ? je cite­rai seule­ment André Cas­te­lot dans ses Drames et tra­gé­dies de l’Histoire
Oui, vrai­ment Rey­nald Secher a rai­son de par­ler de mémoricide.