Léon Dau­det, la cri­tique sans moraline

Léon Dau­det, la cri­tique sans moraline

Un aveu d’abord : j’ai peu lu, pour ne pas dire rien, de Léon Dau­det. Son natio­na­lisme anti­sé­mite me rebu­tait. J’avais mieux à faire que de perdre mon temps avec un col­la­bo­ra­teur de l’Action fran­çaise. Ce qui le sau­vait néan­moins à mes yeux, c’est que Mar­cel Proust lui devait en 1919 le Gon­court pour À l’ombre des jeunes filles en fleurs. Léon Dau­det disait merde à la patrie dès qu’il s’agissait de lit­té­ra­ture et pré­fé­rait le roman d’un juif drey­fu­sard mon­dain aux Croix de bois de Roland Dor­ge­lès, pour­tant ancien com­bat­tant. On peut être réac­tion­naire jusqu’à la moelle et pour­tant juger de la lit­té­ra­ture sans œillère.

Ses articles réunis sous le titre Écri­vains et Artistes, certes datés, m’amènent à regret­ter d’être pas­sé à côté de cet admi­ra­teur d’Henri Mas­sis et de Charles Maur­ras. Ses ren­contres avec Oscar Wilde sont par­ti­cu­liè­re­ment savoureuses.

Le rôle de l’écrivain n’est plus d’être déplai­sant mais anxiolytique

Et c’est Jérôme Leroy qui, dans une pré­face étin­ce­lante, donne la mesure du talent géné­reux de Léon Dau­det cri­tique, un homme qui refu­sait de faire de la lit­té­ra­ture une assi­gna­tion, une cita­tion à com­pa­raître, un homme qui n’aurait jamais signé, comme la plu­part des auteurs de Gal­li­mard, une péti­tion pour licen­cier un auteur, en l’occurrence Richard Millet, pour incor­rec­tion politique.

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