Emma­nuel Macron pour­ra-t-il sau­ver le Liban ?

Emma­nuel Macron pour­ra-t-il sau­ver le Liban ?

Par Antoine de Lacoste

                La crise éco­no­mique majeure que connait le Liban, l’effondrement de sa mon­naie, la faillite de sa banque cen­trale, l’appauvrissement ful­gu­rant de la popu­la­tion n’ont pro­vo­qué que peu de réac­tions inter­na­tio­nales. Comme si le monde était fati­gué des éter­nels et inso­lubles pro­blèmes libanais.

                La ter­rible explo­sion du 4 août qui a rava­gé Bey­routh fut un élec­tro­choc. Cette fois il fal­lait agir et ne pas se conten­ter d’envois huma­ni­taires dont beau­coup n’arrivaient d’ailleurs jamais à destination.

                Mol­le­ment sou­te­nu par ses par­te­naires euro­péens, Emma­nuel Macron a pris le pro­blème à bras le corps, vou­lant ain­si être fidèle à la pro­tec­tion tra­di­tion­nelle de la France pour ce pays qu’elle a créé. Visi­tant Bey­routh dès le 6 août, sous les accla­ma­tions de la foule, il pro­mit de reve­nir le 1er sep­tembre et de trou­ver des solu­tions avec la classe poli­tique liba­naise au pouvoir.

                C’est là que les dif­fi­cul­tés ont com­men­cé. Et c’est aus­si là que l’on a pu obser­ver une cer­taine forme d’amateurisme face à des pro­fes­sion­nels qui se sont par­ta­gés le pou­voir à la fin de la guerre civile (1975 – 1990) et qui n’ont pas vu l’intérêt de le rendre. En réa­li­té, c’eût été l’intérêt du Liban mais pas de ceux qui le dirigent. Sans pou­voir de contrainte, la messe était dite.

                L’idée de départ n’était pas mau­vaise en vou­lant inclure tous les par­tis ou milices au pou­voir, y com­pris le Hez­bol­lah. Une réforme majeure en excluant la milice chiite sur­ar­mée avait en effet encore moins de chance d’aboutir. Les Amé­ri­cains ont vu cela d’un mau­vais œil et choi­sirent ce moment pour prendre des sanc­tions (une obses­sion chez eux) contre des diri­geants chiites et chré­tiens trop proches du Hez­bol­lah, ce qui n’a évi­dem­ment pas aidé aux négo­cia­tions. Quand les Amé­ri­cains s’occupent du Proche-Orient, on n’est jamais déçu.

                Quoi qu’il en soit, les diri­geants chré­tiens, chiites et sun­nites pro­mirent au pré­sident fran­çais tout ce qu’il vou­lait. Ce der­nier crut avoir avan­cé lorsqu’il obtint qu’un hon­nête diplo­mate, non cor­rom­pu semble-t-il, soit char­gé de for­mer un gou­ver­ne­ment. Il s’appelle Mus­ta­pha Adif et se mit à la tâche. Le 27 sep­tembre, il ren­dit son tablier : la planche était tel­le­ment savon­née que la mis­sion était réel­le­ment impossible.

                La confé­rence de presse convo­quée en urgence par Emma­nuel Macron à l’Élysée fut ter­rible : « tra­hi­son col­lec­tive », « sys­tème cra­pu­leux », « pro­fi­teurs », et l’on en passe. Il a conclu à l’adresse des jour­na­listes liba­nais pré­sents : « J’ai honte pour vos dirigeants ».

                Un troi­sième dépla­ce­ment était pré­vu fin décembre, mais il fut annu­lé, le Pré­sident étant malade.

                Que faire main­te­nant ? Il est tout de même dif­fi­cile de conti­nuer à don­ner de l’argent aveu­glé­ment, sachant que cela ne fait qu’enrichir la caste au pou­voir et n’engendre aucun inves­tis­se­ment utile pour le pays. Il fau­drait remettre le métier sur l’ouvrage mais les chances de réus­site sont minces : pour­quoi Nabih Ber­ri, par exemple, chef de la milice chiite Amal et pré­sident de la Chambre des dépu­tés depuis 1992, accep­te­rait de se reti­rer ? Et même s’il le fai­sait, ce serait néces­sai­re­ment au pro­fit d’un chiite d’Amal ce qui ne chan­ge­rait pas grand-chose à l’affaire.

                En réa­li­té, le com­mu­nau­ta­risme, inven­té au départ pour pro­té­ger les chré­tiens, bloque le pays, pro­tège les inté­rêts de chaque camp, et empêche tout renou­vel­le­ment. Sans comp­ter les recru­te­ments mul­tiples fait en fonc­tion du seul cri­tère com­mu­nau­ta­riste encou­ra­geant sclé­rose et corruption.

                Le sau­ve­tage du Liban passe par un chan­ge­ment com­plet de la vie poli­tique liba­naise et l’on ne voit vrai­ment pas qui pour­rait le mener.