Quand Bou­tang se fait entendre à Ver­sailles, à la ter­rasse d’un café…
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Quand Bou­tang se fait entendre à Ver­sailles, à la ter­rasse d’un café…

L’a­près-midi durant laquelle le pré­sident de la Répu­blique s’ex­pri­mait devant le Congrès, j’é­tais aus­si à Ver­sailles, « cer­né » par les nom­breux camions de forces de l’ordre qui sur­veillaient sans trop d’in­quié­tude le quar­tier. Les longues files de véhi­cules de gen­dar­me­rie sem­blaient for­mer un pai­sible cor­don de sécu­ri­té autour du parc royal, sans trou­bler le vol rapide des per­ruches et des mar­ti­nets qui sillon­naient le ciel en le striant de leurs cris stri­dents. En somme, une belle jour­née de lun­di, jour tra­di­tion­nel­le­ment calme pour la cité des rois.

Le dis­cours pré­si­den­tiel était sui­vi d’un œil indif­fé­rent et d’une oreille dis­traite par quelques clients des cafés alen­tours, et la place du Mar­ché par­lait d’autre chose, des épreuves du bac­ca­lau­réat aux pré­pa­ra­tifs de vacances : la poli­tique, fut-elle si proche sur le plan topo­gra­phique, sem­blait s’être toute entière retran­chée der­rière les grilles du châ­teau. Et pour­tant ! A la ter­rasse d’un esta­mi­net répu­té pour abri­ter quelques esprits non-confor­mistes, un écri­vain fameux pour sa faconde et ses éclats de voix sem­blait incar­ner à lui seul la forte pro­tes­ta­tion de l’es­prit fran­çais contre les faci­li­tés du moment. M’a­per­ce­vant et me hélant joyeu­se­ment, il se sai­sit du livre que j’a­vais alors en main et se mit à en lire à haute voix la der­nière page, sus­ci­tant la sur­prise des tables voi­sines, sur­prise qui n’ex­cluait pas une part de curio­si­té, voire d’in­té­rêt, tan­dis que ses inter­lo­cu­teurs cher­chaient à suivre le débit rapide et furieux du liseur impro­vi­sé.

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