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Augustin Cochin

Les sociétés de pensée
et la démocratie moderne

Par Pierre Lafarge

Augustin Cochin est né à Paris le 22 décembre 1876 dans une famille d’intellectuels et d’hommes politiques catholiques. Son père est député royaliste et sera même ministre durant le premier conflit mondial. Major de l’École des Chartes, Augustin Cochin se spécialise dans l’histoire de la Révolution française. Monarchiste, il collabore à la Revue grise de l’Action française dès 1904. Mobilisé, capitaine d’infanterie, il meurt au front le 8 juillet 1916.

Ses deux principaux ouvrages, Les sociétés de pensée et la démocratie moderne et La Révolution française et la libre pensée demeurent malheureusement inachevés mais permettent de saisir la profondeur et la pertinence de la pensée de Cochin. Pour Maurras, « il est le premier qui aura fait voir et sentir avec clarté, avec intelligence, selon les règles de la méthode rationnelle et critique, la part que prirent les sociétés secrètes, les "sociétés de pensée" au mouvement de 1789 » (1).

Histoire sociologique

Augustin Cochin s’inscrit, comme historien de la Révolution dans les pas du Taine des Origines de la France contemporaine. Comme lui, il réfute au nom des faits l’histoire idéologique, « patriote » et jacobine qui entend faire « œuvre de défense républicaine ». En 1909 il polémique avec Aulard, un historien jacobin opposé à la démarche historique de Taine, alors que ce dernier a le mérite de s’en tenir aux faits et aux seuls faits. Pour autant Taine ne va pas assez loin pour Cochin. Son œuvre relève de l’histoire psychologique, celle qui pénètre dans la pensée et les réflexes profonds des révolutionnaires. S’il analyse remarquablement les aspirations profondes du jacobin, Taine, selon Cochin, a le défaut de ne pas s’attacher à distinguer les causes réelles de la Révolution ni sa mécanique. Taine décrit à merveille la société révolutionnaire, il n’explique pas sa gestation.

Cochin propose, lui, de recourir à l’histoire sociologique pour saisir les causes profondes des événements de la Révolution française. Non qu’il occulte les autres causes de 1789 (cause fiscales, naturelles…) mais il les considère comme secondaires par rapport aux mécanismes sociaux qu’il décrit. Bien plus que Durkheim, c’est Frédéric Le Play qui influence ici profondément Cochin.

Clubs et loges

Pour Cochin la cause profonde de la Révolution réside dans les sociétés de pensée. Ces clubs, loges et associations diverses se développèrent à partir de 1750 sur tout le territoire national en un étroit maillage. Elles vont rapidement constituer non un État dans l’État, mais bien une nation dans la nation : en 1789 elles se voudront la nation contre l’état royal. En attendant, pendant toute la seconde moitié du XVIIIe siècle, elles diffusent la pensée des lumières et agissent au nom d’une liberté abstraite. Cochin démontre également qu’un tel mouvement présupposait que la France soit un État prospère et riche, assurant la tranquillité publique et le fleurissement des arts, lettres et sciences : la France des Bourbons.

Ces sociétés de pensée sont, malgré leur diversité, soumises à des principes de fonctionnement communs : unité de direction, discipline interne, interdépendance, centralisation. Les sociétés de pensée et leur sociabilité sont donc à l’opposé des communautés naturelles. Elles ne sont pas fondées sur la solidarité du lieu (commune, province), du sang (famille) ou du métier (corporation) mais sur le seul exercice de la discussion : elles sont en tout point coupées du réel. Là où Tocqueville voyait une société d’Ancien Régime exsangue et des communautés naturelles vidées de leur substance, Cochin défend la capacité de la monarchie française à se réformer. De l’homme des sociétés de pensée, Cochin dit encore : « C’est la société qui a orienté son esprit à l’inverse du réel, elle encore qui le lie à ses frères de toute la force de son intérêt ; comme elle a formé son intelligence, elle tient sa volonté. »

Il aura fallu attendre un esprit aussi indépendant que celui de François Furet et son livre Penser la Révolution française (2) pour rendre la place de premier plan qui revenait à Augustin Cochin dans l’historiographie de cette période capitale et tragique.

* Augustin Cochin. Les sociétés de pensée et la démocratie moderne, Copernic, 1978.

(1) Charles Maurras : Tombeaux, N.L.N., 1921, p. 164.

(2) François Furet : Penser la Révolution française, Folio histoire n°3.

L'Action Française 2000 - 3 février 2005



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