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Vive la colonisation !

Par Pierre pujo

Parce qu’un groupuscule gauchiste antillais a découvert que Napoléon avait rétabli l’esclavage, nos dirigeants ont renoncé à célébrer le bicentenaire de la victoire d’Austerlitz, le 2 décembre; En juin dernier ils avaient délégué le porte-avion Charles De Gaulle au bicentenaire de notre désastre naval de Trafalgar célébré par les Anglais. Le masochisme est une spécialité nationale et Charles Maurras a titré un ouvrage : Quand les Français ne s’aimaient pas. Mais quand même ! Les “princes qui nous gouvernent” passent les bornes de la décence et ont perdu tout sens de la dignité.

Il y a beaucoup à reprocher à Napoléon dont le coup d’État du 18 brumaire a plongé la France dans une aventure catastrophique et sans lequel la monarchie capétienne aurait été plus tôt restaurée, au bénéfice du pays. Il reste que royaliste, bonapartiste ou républicain, on se doit de reconnaître dans Austerlitz une grande victoire militaire française qui a impressionné l’Europe. Comme l’a rappelé à ce propos ces jours-ci Yves Guéna, ancien président du Conseil constitutionnel, « Tout ce qui est national est nôtre », en citant la formule du duc d’Orléans Philippe VIII (qui est aussi la devise de l’Action française !)

Lâcheté de nos gouvernants

La lâcheté de nos gouvernants s’est aussi manifestée dans un autre débat historique ouvert par la loi du 23 février 2005, dont l’article 4 reconnaît « le rôle positif de la présence de la France outre-mer ». Les parlementaires socialistes avaient voté cette loi destinée à exprimer « la reconnaissance de la nation » aux Français d’outre-mer victimes de la décolonisation. Cependant les députés socialistes se sont ravisés et ont demandé le 30 novembre que l’article en question soit aboli, ce que les députés U.M.P. ont refusé de faire, n’acceptant pas de revenir sur leur vote de février. Depuis lors, la gauche a déchaîné une campagne pour tenter d’obtenir satisfaction. Au lieu d’affronter le débat nos dirigeants ont adopté un profil bas, proclamant que le Parlement n’avait pas à légiférer en matière historique mais qu’ils ne pouvaient aller contre le vœu de la majorité parlementaire.

M. Chirac a même nommé Jean-Louis Debré à la tête d’une “mission” pour définir les limites du rôle du Parlement... Une attitude pitoyable qui conduit nos gouvernants à désavouer un texte dont on peut, certes, estimer qu’il est insolite dans une loi mais qui n’en constitue pas moins un acte de justice à l’égard du passé colonial de la France, trop souvent calomnié.

MM. Chirac et de Villepin soutiennent qu’il n’y a pas d’histoire officielle en France. Cela est faux : l’histoire officielle ne résulte pas d’une loi, elle est entretenue par l’intelligentsia et les enseignants avec le soutien d’hommes politiques de gauche, mais aussi de droite. Elle transparaît dans les manuels scolaires, les émissions radiophoniques et télévisées. La colonisation y est le plus souvent présentée comme un ensemble d’entreprises d’asservissement de peuples libres, livrés à la cupidité et à la répression. La gauche a oublié la mission qu’un Jules Ferry ou un Albert Sarraut avait, sous la IIIe République, assigné à la colonisation : apporter aux peuples d’outre-mer la “civilisation” démocratique.

Le positif supérieur au négatif

Il est permis de critiquer cette conception idéologique qui conduisait à nier les cultures et l’organisation sociale des territoires sur lesquels la France établissait sa souveraineté. Il n’en reste pas moins que le positif l’a largement emporté sur le négatif. Les peuples parmi lesquels les Français se sont installés ont bénéficié des progrès matériels de la vie moderne, d’équipements médicaux et de soins dont ils ignoraient tout auparavant, de possibilité d’enseignement pour leurs enfants et d’accès à la culture. Surtout la colonisation a permis aux colonisés de faire l’apprentissage du français, une langue de communication universelle au contenu civilisateur. De la même façon les Gaulois ont-ils eu la chance d’être colonisés par Rome, même si les méthodes de César furent brutales. Par Rome, la Gaule s’est enrichie de tout le patrimoine de la civilisation antique.

Voilà ce qu’on aimerait entendre dans la bouche de M. Chirac et de M. de Villepin au lieu de leurs propos tortueux et timorés où l’on sent le désir de satisfaire la gauche tout en ménageant l’électorat pied-noir. Quand ils parlent des “mémoires” diverses de notre passé colonial en souhaitant que leurs représentants dialoguent entre eux, ils tiennent un langage de politiciens inconsistants. Mais c’est sans doute trop leur demander que d’attendre d’eux le moindre souci de défendre la vérité historique; Leur seule préoccupation est de rassembler et de conserver une clientèle électorale...

La décolonisation

Et puis, tant qu’à faire un bilan de la présence de la France outre-mer, il faudrait établir aussi celui de la décolonisation. Celui-ci est largement négatif à l’exception de pays comme le Maroc et la Tunisie qui possédaient déjà des structures politiques et sociales solides. Voyez l’Algérie livrée à l’anarchie, à la corruption et à la misère depuis que les Français en sont partis. Il est vrai que de Gaulle lui a imposé l’indépendance en la livrant à la terreur du F.L.N. qui ne représentait qu’une petite minorité. La grande majorité des Algériens voulaient rester avec la France. C’est pourquoi tant d’entre eux – et pas seulement les harkis rescapés du massacre de 1962 – sont venus en métropole et que tant d’autres voudraient s’y installer. La modernité, pour les Algériens d’aujourd’hui est largement représentée par la France. Il est vrai que celle-ci commence à être concurrencée outre-Méditerranée par le “modèle” américain...

Le grand mérite de l’article 4 de la loi du 23 février est d’avoir soulevé la question de la réhabilitation de l’œuvre coloniale de la France. Louange au député Vanneste à qui on le doit ! Ce texte a bousculé les fausses certitudes sur lesquelles la gauche était installée.

Cela dit, il ne faut pas attendre de M. de Robien, ministre de l’Éducation “nationale”, qu’il prenne des décrets d’application de la loi contestée. Il faudra aussi veiller à ce que M. Chirac ne tente pas de faire réviser la loi du 23 février 2005. À cet égard, on ne peut que soutenir l’initiative de Jeune Pied Noir (B.P. 4, 91570 Bièvres) qui lance une pétition pour s’y opposer.

Il reste que la controverse historique est lancée. Il appartiendra aux historiens, professeurs d’histoire, éditeurs de livres scolaires, producteurs de radio et de télévision de faire progresser la vérité par leurs travaux et leurs débats. La colonisation n’est pas, soulignons-le, la seule tranche de notre passé sur laquelle on a menti aux Français depuis des décennies. Nos compatriotes vivent sous l’emprise d’un terrorisme intellectuel, ce qui ne les empêche pas de se croire libres !

L'Action Française 2000 - 15 décembre 2005



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