Face à Erdo­gan, il n’y a plus que Poutine…et les Grecs !

Face à Erdo­gan, il n’y a plus que Poutine…et les Grecs !

Par Antoine de Lacoste

Le néo-sul­tan Erdo­gan, l’homme qui rêve de réta­blir la splen­deur de l’Empire otto­man, fait feu de tout bois. 

​En Syrie, il a misé sur la chute de Bachar el-Assad et n’a pas ména­gé son sou­tien aux pires isla­mistes : la plu­part des volon­taires inter­na­tio­naux de Daech ont ain­si tran­si­té par la Tur­quie qui était le che­min natu­rel pour le grand dji­had. Pré­tex­tant un ima­gi­naire dan­ger ter­ro­riste kurde, il a ensuite enva­hi le nord-ouest et une par­tie du nord de la Syrie.

​En Médi­ter­ra­née orien­tale, il s’appuie sur l’occupation illé­gale du nord de Chypre, pour pré­tendre empê­cher la Syrie, le Liban, Israël et la par­tie libre de Chypre d’exploiter un sous-sol fort riche en gaz. Les inti­mi­da­tions de la marine mili­taire turque contre les com­pa­gnies gazières pré­sentes (comme l’italien ENI) sont fré­quentes et plu­sieurs ten­ta­tives de forages illé­gaux ont été obser­vées.

​En Libye, il pro­fite de la guerre civile qui oppose le très isla­miste Sar­raj au moins isla­miste Haf­tar. Ce der­nier, non recon­nu par la com­mu­nau­té inter­na­tio­nale bien que régu­liè­re­ment reçu par elle, était en passe de l’emporter. Erdo­gan a pro­po­sé son aide à Sar­raj qui l’a bien sûr accep­té. De nom­breux mili­ciens isla­mistes syriens ont été envoyés sur place, enca­drés par des offi­ciers turcs. Anka­ra a recon­nu l’envoi de plu­sieurs cen­taines de com­bat­tants (il y a même eu un vote du Par­le­ment turc l’approuvant), mais ils seraient près de 6000 selon cer­tains jour­na­listes comme Georges Mal­bru­not. L’offensive d’Haftar a de ce fait été arrê­tée aux portes de Tri­po­li.

​Si l’on ajoute une pré­sence turque active au Koso­vo et en Bos­nie, c’est fina­le­ment tout le ter­ri­toire de l’ancien Empire otto­man qui est ain­si qua­drillé.

​Il est frap­pant de consta­ter que cette acti­vi­té se fait dans le sillage de toutes les déci­sions absurdes ou iniques prises ces der­nières années par l’Europe et les États-Unis : sou­tien aux isla­mistes bos­niaques ou koso­vars (alba­nais en fait) dans les Bal­kans, recon­nais­sance de Sar­raj comme gou­ver­ne­ment légi­time en Libye, pas­si­vi­té com­plice sur l’occupation de Chypre et bien sûr appui des isla­mistes en Syrie avec une admi­rable constance.

​Face à lui, un seul homme : Pou­tine. La Rus­sie est inter­ve­nue pour sau­ver la Syrie d’une vic­toire isla­miste et a lais­sé par­tir plu­sieurs cen­taines de mer­ce­naires en Libye sou­te­nir Haf­tar. C’est le fameux groupe Wag­ner, créé par un oli­garque russe proche du Krem­lin. 

​Lors des récents com­bats qui ont embra­sé la pro­vince d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, occu­pée par la Tur­quie et des milices isla­mistes, Erdo­gan a envoyé des troupes en masse pour reprendre le ter­rain per­du. L’armée russe a métho­di­que­ment contré le sul­tan en lui impo­sant ensuite un accord humi­liant. La réponse des Etats-Unis a été de pro­po­ser à Erdo­gan de lui vendre des mis­siles Patriot…

​Mécon­tent de la tour­nure prise à Idleb, Erdo­gan a envoyé quelques mil­liers de migrants à sa fron­tière grecque pour apprendre à ses alliés de l’OTAN de ne pas le sou­te­nir assez. Sur­prise : la Grèce a résis­té, rejoi­gnant ain­si la cou­ra­geuse petite cohorte des pays d’Europe cen­trale qui ne sont pas d’accord pour deve­nir un jour isla­mistes.

​Ain­si, le monde Médi­ter­ra­néen est main­te­nant domi­né par la Rus­sie et la Tur­quie : la roue de l’histoire tourne.