Par Jean Charpentier
C’est du plus anciens des journaux français qu’il convient de célébrer le bicentenaire. Il est né sous Charles X. C’est une feuille « littéraire et satyrique » qui crie « Vive le Roi quand même ! », bénéficiant de cette liberté de la presse amenée par la Restauration et qu’un projet de loi funeste voulu amender en juillet 1830.
La modeste gazette prend son essor grâce à Villemessant sous le Second empire. D’emblée, Le Figaro s’impose comme un journal où la littérature et la critique tiennent une place essentielle. Très « parisien », le journal n’hésite pas à créer des rubriques qui lui valent une belle clientèle, à commencer par la rubrique mondaine dont les annonces nécrologiques sont une nouveauté.
Interdit par la Commune de Paris en 1871, avec la paix retrouvée, Le Figaro devient pour longtemps le quotidien de l’aristocratie et de la grande bourgeoisie parisienne. Il est de toutes les controverses du temps et c’est Le Figaro qui même le combat en faveur de Dreyfus. Autant dire que le journal ne sera pas un ami de l’Action française naissante. Et pourtant, la plupart des plumes proches de Maurras et du mouvement royaliste y trouvent une place de choix.
C’est ainsi que Paul Bourget usa de son influence pour permettre, six mois durant, en 1901-1902 à Maurras et à d’autres, de publier des articles propres à diffuser la doctrine royaliste touchant ainsi un public nouveau et influent. Cet épisode, relaté dans Une campagne royaliste au « Figaro », est important pour Pujo et Maurras car il encouragea et permit le passage de la revue grise au journal quotidien en 1908.
Pour la suite, ce fut une histoire parallèle où les rencontres se firent surtout par le talent des lettres. Lors de l’occupation, Le Figaro et l’Action française sont repliés en zone sud. Le Figaro s’interrompt après l’invasion allemande de novembre 1942. En 1945 il aura le droit de reparaître à la différence de son concurrent Le Temps, sabordé le lendemain de la date retenue pour la proscription et dont la confiscation profitera à des anciens Vichystes de gauche qui fondent Le Monde. Quant à l’AF, on sait ce qui est advenu. Durant cette dure période, le journal dirigé par Brisson ne fut pas tendre avec Maurras ; il est vrai qu’il avait beaucoup à se faire pardonner. La plume de François Mauriac, qui avait brûlé les maîtres de sa jeunesse, fut sans pitié. Plus tard, Le Figaro fit bon accueil aux anciens jeunes amis de Maurras comme Michel Déon ou Michel Mohrt. Dans les années de Guerre froide, l’intellectuel dominant dans les pages du quotidien c’est Raymond Aron que Boutang considérait comme un successeur de Bainville, tant ses chroniques de politiques étrangères reflétaient les mêmes inquiètes préoccupations. Et puis il y a eu la période de Robert Hersant et du Figaro Magazine dirigé par des gens de talent comme Henri-Christian Giraud. Aujourd’hui Le Figaro est le deuxième journal « national » en tirage et reste une référence, Beaumarchais aurait apprécié.
Il y aurait beaucoup à dire sur ce patriarche de la presse française. Et s’il nous arrive de le lire avec, parfois, une salutaire irritation, souhaitons-lui bon anniversaire.




