Par Rodolf Hertig
Ah le héros…
Ce grand homme, et parfois dame, qui nourrit nos esprits, inspire notre combativité et nous laisse rêveur quant à la beauté de son destin.
Ah le héros…
Cet homme à qui l’histoire a souri et qui se meut au panthéon (le vrai) des héros de notre patrie et de nos cœurs. Cet homme qui a su combattre et s’armer de toutes les qualités du genre humain…
Mais il y a un hic ! Ce héros n’existe pas. Il est un idéal, une construction soigneusement élaborée pour susciter l’admiration et les rêveries des petits et des grands. Or, que se passe-t-il lorsque l’on rêve ?
Eh bien, lorsque l’on rêve, nous n’agissons pas – sauf à être somnambule, mais passons sur le contre-exemple évident. Et à ne pas agir, nous laissons filer le temps et comme dirait l’autre : « L’homme passe son temps à ne rien faire, à mal faire et à se dire qu’il aurait pu mieux faire ». En fait, le héros est un gigantesque gouffre de respect, d’honneur, de drapeaux, de belles armes et de hauts faits. Qu’il est agréable de visiter un si beau lieu et d’y contempler tant de grandeur. Si agréable d’ailleurs que nous serions tentés d’y demeurer. C’est souvent le cas…
Ériger des héros, c’est parfois se fixer des horizons indépassables. Indépassables car les dépasser c’est leur ôter leurs privilèges de héros et donc les réduire. Alors nous disons : « De Gaulle a dit », « Maurras a dit », « ils ont fait ». Nous les citons et restons dans leur ombre. Pourquoi ne pas oser penser pour nous-mêmes, remanier, agir, réagir sans leurs regards pesants et permanents ?
Il paraît peu probable que l’entièreté de notre lâcheté leur incombe. En revanche, il est clair qu’ils nous obligent et nous contraignent. Nous nous retrouvons alors entravés, enchaînés. Nous ne pouvons donc pas nous « libérer de nos chaînes » comme dirait le Hutin. Nous ne pouvons donc pas être réellement français.
Finalement, le héros n’est-il pas d’abord celui des petites choses ? Celui qui vit au mieux en faisant et pensant par lui-même ? Sans faire de bruit mais s’investissant pour les causes lui semblant justes ? Celles où, pour lui, « tendre l’autre joue » est exclu… Nous sommes tous de ce héros.
Au feu les liens qui nous étreignent ; brisons ces chaînes qui nous contraignent.




