par Jean Charpentier
Il y a 35 ans, le 3 octobre 1990, l’Allemagne s’unifiait à nouveau. Plus exactement, l’Allemagne de l’Ouest annexait l’Allemagne de l’Est. Fait inimaginable deux ans auparavant, la réunification des zones d’occupation de 1945 devait marquer à jamais la fin de la guerre froide en Europe et le triomphe de la démocratie libérale sur le communisme. À y regarder de près, cette réunification – outre son imprévision –ne fut pas du goût de tous.
À l’origine, il y a Mikhaïl Gorbatchev qui lance en 1985 la Perestroïka en Union soviétique. Cette réforme économique qui doit être aussi, selon son promoteur, une réforme politique sans abandonner le projet socialiste, n’est pas acceptée des dirigeants Est-allemands. Dans la RDA, en 1989, commence une série de protestations contre le parti d’Honecker. À l’été, ils sont des milliers à franchir le rideau de fer par la Hongrie qui décide de démanteler les barbelés. Face aux manifestations notamment à Dresde et à Leipzig, le nouveau patron du parti, Egon Krenz, demande l’aide de l’Armée soviétique qui stationne sur place. Un refus poli lui est adressé. Dès lors, tout s’enchaîne. En novembre, le mur « tombe » à Berlin, puis c’est la chute du gouvernement communiste de Hans Modrow. La République démocratique allemande s’émancipe. Lothar de Maizière devient, après les premières élections libres, Premier ministre le 12 avril 1990. Entre temps, Moscou accepte le principe d’un traité prévoyant la fin de l’occupation des Allemagne et la possibilité d’une unification.
Mais, durant l’année 1990, l’avenir de l’Allemagne fait l’objet d’âpres discussions. L’Union soviétique plaide pour la neutralisation de l’Allemagne et la création d’une « maison commune européenne ». Du côté polonais, on s’inquiète d’éventuelles revendications territoriales en Silésie ou en Poméranie, l’Allemagne de l’ouest n’ayant pas reconnu les frontières polonaises après 1945. À Paris, Mitterrand fait savoir son hostilité à une réunification unilatérale qui fait surgir une puissance en Europe centrale et changer les équilibres géographiques au détriment de la France. Enfin, Lothar de Maizière, malgré l’impatience de ses concitoyens à profiter de la prospérité de l’ouest, campe sur l’idée d’une Allemagne neutralisée qui préserve les intérêts de la RDA. Les Anglo-saxons, de leur côté, soutiennent Helmut Kohl le champion de la réunification par annexion. On sait la suite, Moscou cède, et le malheureux Lothar de Maizière ne fait pas le poids. Le traité de Moscou signé le 12 septembre entérine l’indépendance de l’Allemagne fédérale, mettant fin à la situation provisoire du 8/9 mai 1945. Son article 2, affirme le caractère pacifique de l’Allemagne : « Les actes susceptibles de troubler les relations pacifiques entre les nations ou entrepris dans cette intention, notamment en vue de préparer une guerre d’agression, sont anticonstitutionnels et constituent une infraction punissable ». Quant à l’élargissement de l’OTAN, il reste possible en RDA mais un verbatim indique que l’Alliance ne peut s’étendre au-delà.
35 ans plus tard, les craintes de Mitterrand, lecteur de Bainville, sont vérifiées ; l’Allemagne est devenue la principale puissance de l’Europe avec une mise à l’écart – sinon sous tutelle – de la France. Pire, la France a payé au prix fort l’unité allemande, le traité de Maastricht en est la conséquence directe, avec l’Euromark géré à Francfort. Bruxelles devient la capitale décentrée du nouveau Reich. L’axe Berlin-Washington est raffermi – au moins jusqu’à Trump, mais les dernières déclarations de celui-ci montrentqu’il y aura une continuité du soutien. L’ancienne RDA est aussi perdante dans l’affaire, les scores de l’AFD le montrent aujourd’hui. Et puis, le traité de Moscou est piétiné avec le réarmement allemand actuel qu’a précédé l’extension de l’UE puis de l’OTAN à l’est.




