Par Marc Desgorces–Roumilhac
On ne le répètera jamais assez, les mots sont prioritaires et déterminants. Ils ne constituent pas seulement la forme exprimée d’un fond pensé, ils sont consubstantiels de l’idée qu’ils nomment. Ils revêtent même plus d’importance, en matière de communication, que la pensée d’un locuteur ou d’un scripteur, puisqu’ils représentent la manifestation première – dans tous les sens du terme – de sa pensée.
Ainsi en est-il du vocable « fasciste », employé de l’extrême-gauche à l’extrême-droite en passant par l’extrême-centre, à propos du meurtre de Quentin à Lyon. On avait déjà eu à souffrir depuis longtemps de cette confusion de langage à l’ordinaire. Mais à l’occasion de ce drame, c’est un leitmotiv aussi faux que paroxystique qui revient sans cesse dans les médias.
Toute honte bue, la Lie Factieuse et Infectieuse (LFI) explique que l’assassinat de Quentin doit être compris (entendre : excusé) par un contexte dans lequel les violences de la Jeune Garde et de LFI constitueraient des réactions d’autodéfense face aux menaces et attaques permanentes des « fascistes ». C’est ignoble et abject, bien sûr. Au point que même le Premier ministre l’a relevé. Mais enfin ils ont osé ! Audiard nous aurait dit que c’est même à ça qu’on les reconnaît…
De leur côté, Jean Messiha et Yvan Rioufol ont, vraisemblablement sans le savoir, plagié l’immense Henri Béraud. L’écrivain et surtout le journaliste le plus lu de l’entre deux guerres, l’homme de gauche radicale qui fut saisi d’une prise de conscience patriotique au lendemain des tragiques événements du 6 février 1934. Au point que ses anciens camarades de gauche et d’extrême-gauche l’accusèrent de collusion idéologique avec les ligues nationalistes et patriotiques. Ce à quoi il répondit, en tonnant avec sa faconde lyonnaise, son fameux « les fascistes, c’est vous ! ». Oui, mais voilà, les circonstances ne sont plus les mêmes. Le fascisme était vivant dans les années 1930, juste de l’autre côté des Alpes. Aujourd’hui, le fascisme, en France, n’est qu’un petit théâtre factice animé par les marionnettistes socialistes, de l’aveu de Lionel Jospin lui-même. Par ailleurs, ni Messiha ni Rioufol en 2026, même s’ils se croient de droite ou aimeraient être considérés comme tels, ne possèdent la carrure du Béraud de 1936, loin s’en faut. Lui a toujours refusé d’être catalogué comme de droite, il n’avait pas besoin de cette étiquette pour dénoncer crimes et complicités de la gauche. Il savait, il avait été dupé, trahi par rapport à ses illusions et convictions de jeunesse, il avait compris de l’intérieur.
L’accusation réciproque de fascisme, de fasciste, de méthodes fascistes, c’est une fausse voie exonératoire, c’est un abus de langage, c’est une imposture historique. C’est le point Godwin du débat, l’insulte disqualifiante aux relents usurpés de nazisme. C’est ce qui empêche, précisément et à dessein de la part de la gauche, le débat. Car la gauche sait qu’elle est battue, idéologiquement et historiquement, si un jour la confrontation des idées et des bilans est permise.
Lénine a écrit que le gauchisme est la maladie infantile du communisme. On ne saurait mieux avouer la parenté biologique entre communisme, socialisme, gauchisme et gauche. Quand nous disons la gauche, soyons clair, net et précis : il n’existe aucune différence entre gauche et gauchisme, pas plus qu’entre LFI, NFP, le Parti communiste, le Parti socialiste ou les prétendus écologistes. Ni même l’extrême-centre. De Macron-Wauquiez-Bertrand à Mélenchon-Arnaud-Hassan, il n’y a nulle opposition sur l’objectif, tout juste quelques nuances sur l’agenda et le mode opératoire. Trêve de délicatesses sémantiques, qui relèvent plus de l’autocensure et de la pusillanimité que de la réalité et la vérité. Il faut, d’urgence, à la fois refuser les accusations en fascisme de la gauche et l’inversion accusatoire des autoproclamés antifascistes. Il ne faut pas non plus essayer maladroitement de renvoyer à la gauche la grenade dégoupillée du fascisme. Peine perdue, si vous employez les mots de l’adversaire, il a déjà gagné. La solution : faire entendre que ni fascisme ni antifascisme ne sont pertinents. Ces concepts datés n’ont tout simplement pas leur place dans le débat politique français contemporain.
Au demeurant, de brillants et clairvoyants esprits l’ont déjà décelé et dénoncé : la gauche, c’est la culture de la mort. Xavier Moreau l’a parfaitement rappelé dans son Livre noir de la gauche française, réquisitoire implacable et documenté. Jean-François Chemain vient d’enfoncer le clou avec Notre amie la gauche. Plus que la culture, c’est carrément le culte de la mort que véhicule la gauche, française en particulier. Est célébrée la mise à mort des adversaires politiques, incriminés comme « ennemis », par exécution individuelle ou par massacre de masse. C’est partie prenante de l’ADN de ces gens-là. Depuis les origines. C’est inscrit dans le disque dur de leur logiciel. C’est la déshumanisation de tout ce qui et tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Ils préfèrent la voie et la voix de la haine. Permettant ainsi de justifier notre élimination, jusque physique.
Parfaite illustration du point Godwin que nous avons évoqué ci-dessus, remarquons que, au fur et à mesure que les langues se délient sur le coup de force terroriste que fut l’élection de Raphaël Arnaud à Avignon en 2024, il n’y a pas besoin de forcer le trait. Les faits se suffisent à eux-mêmes. Une grande partie des méthodes – propagande comme violence – utilisées par le fondateur de la Jeune Garde prétendument dissoute, camouflée sous le cache-sexe électoral la Lie Factieuse et Infectieuse (LFI) ou le Nouveau Fumier Puant (NFP, autoproclamé Nouveau Front Populaire) vient du national-socialisme allemand. Toutes les ficelles terroristes utilisées par Raphaël Arnaud sont exactement décrites par le docteur Joseph Goebbels. Dans son intéressant (et instructif pour les Dircoms) ouvrage de témoignage Combat pour Berlin. Àcroire que, idéologie comme passage à l’acte, le candidat LFI en avait fait son guide de campagne électorale. Alors, si nazisil y a, où sont-ils aujourd’hui ?
Le fascisme est historiquement mort en 1945. Et pas en France, de surcroît. De toute façon, les méthodes de ce régime furent infiniment moins violentes et mortelles que les exactions et les exécutions des régimes socialistes et communistes du XXe siècle (100 millions de morts au moins, tout de même). Régimes encore révérés, et toujours soutenus quant à ceux qui sévissent encore, par la gauche française de 2026. Alors, de grâce, que tout le monde arrête de parler de fascisme à tort et à travers, d’invectiver du terme supposé dévalorisant de « fascistes » ceux qui ne sont pas de son camp ! C’est dénué de sens dans la France de 2026. C’est justifier l’injustifiable tolérance envers les petits-bourgeois« antifas » et leurs commanditaires. À savoir la bourgeoisie de gauche bobo et centriste, les collabos de la fausse droite et les médias de grand chemin serpillères du sang des crimes socialo-communistes et des lécheurs de babouches.
En notre qualité de royalistes (nous pourrions dire de tout Français digne de ce nom, monarchiste royaliste ou pas), nous sommes non seulement en droit mais encore en pleine légitimité pour dénoncer l’amalgame récurrent et courant autour du mot « fasciste ». C’est Charles Maurras lui-même, avec une pertinence philosophique, métaphysique et politique inégalée, avec une culture historique prodigieuse, qui a parmi les premiers analysé les fondements conceptuels du fascisme (italien, pléonasme, mais peut-être des gens de gauche liront ce papier, donc pédagogiquement parlant il faut se mettre à leur portée). Ce faisant le Maître provençal a pointé les différences avec notre vision (française, précision toujours pour d’éventuels lecteurs de gauche) du monde.
Dès lors, sommes-nous fondés à exiger que les mots justes, exprimant la réalité vraie, soient employés. Non, tous les Français qui ne partagent pas les idées de LFI-La Jeune Garde-EELV-PC-PS-Macron-LR ne sont pas des « fascistes ». Non, pas plus, n’en déplaise aux droitistes se croyant malins en renversant l’accusation, les idées et les méthodes de La jeune Garde-LFI et autres racailles ne sont pas « fascistes ». Elles sont gauchistes. Pour ne pas dire de gauche. Tout simplement. Factuellement.




