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Charles Saint-Prot sur la monar­chie marocaine

Les incon­tes­tables suc­cès du Maroc (retour à l’Union afri­caine, ouver­ture de consu­lats étran­gers au Saha­ra maro­cain) en rela­tion avec le dos­sier du Saha­ra maro­cain s’expliquent par plu­sieurs rai­sons. Il y a d’abord l’effondrement des régimes tota­li­taires com­mu­nistes qui prive le régime algé­rien, seul vrai res­pon­sable de ce conflit arti­fi­ciel, de ses anciens alliés mar­xistes car de plus en plus de peuples reven­diquent leur libé­ra­tion face aux Etats voyous qui ont sou­te­nu le séparatisme.

Il est notable que ne reste que des régimes aus­si mépri­sables que la Corée du Nord, le Vene­zue­la, l’Iran et quelques autres pour sou­te­nir l’aventurisme algé­rien. Et même dans ces Etats, le peuple, qui ne pense qu’à sur­vivre et à trou­ver du pain, se dés­in­té­resse tota­le­ment des agi­ta­teurs séparatistes.

Ensuite, il y a le fait que le Royaume – fort de l’unanimité sur la ques­tion natio­nale – a une vision claire et pré­cise qui tranche évi­dem­ment avec les pan­ta­lon­nades et les hypo­cri­sies de ses adversaires

Enfin, et sur­tout, il y la déter­mi­na­tion de la poli­tique maro­caine ins­pi­rée par la monar­chie qui a un cap pré­cis. Ce cap est l’intérêt natio­nal dont le Roi est le meilleur garant.

Les Etats-Unis recon­naissent la maro­ca­ni­té du Sahara

Il est indé­niable que la recon­nais­sance par les Etats-Unis de la maro­ca­ni­té des ter­ri­toires saha­riens est un fait majeur car il s’agit de la recon­nais­sance sans ambi­guï­té des droits du Maroc par la plus grande puis­sance du monde. Désor­mais plus rien ne pour­ra être comme avant et la com­mu­nau­té inter­na­tio­nale a le choix entre nier l’évidence ou admettre la maro­ca­ni­té sur Saha­ra. Je sou­haite pour ma part, qu’elle fasse enfin montre de cou­rage sur ce dos­sier arti­fi­ciel qui n’est qu’un triste reli­quat de la guerre froide. En tant que citoyen fran­çais, j’émettrais cepen­dant le regret que la France n’ait pas été la pre­mière grande puis­sance à recon­naitre cette maro­ca­ni­té alors qu’elle a tou­jours été du côté du Maroc depuis 1975. Il y a des moments où il faut savoir sor­tir du méli­mé­lo de l’en même temps et faire des choix pré­cis. Mais cela demande du courage…

Pour ce qui concerne les Etats-Unis, on ne voit pas com­ment l’administration Biden qui a suc­cé­dé à celle de Donald Trump pour­rait reve­nir sur la parole des Etats-Unis sans ridi­cu­li­ser ce pays. Le pré­sident Trump avait décla­ré que « la pro­po­si­tion sérieuse, cré­dible et réa­liste du Maroc sur le plan d’autonomie est la seule base pour une solu­tion juste et pérenne afin d’assurer la paix et la pros­pé­ri­té ! ». C’est l’évidence même et elle doit s’imposer à tous les Etats sérieux.

Je ne pense pas que Biden se don­ne­ra le ridi­cule de chan­ger de poli­tique sur ce point, d’autant qu’il est atta­ché à ce que Rabat entre­tienne des liens avec l’Etat israé­lien, chose qui serait natu­rel­le­ment remise en ques­tion si les Etats-Unis modi­fiaient leur posi­tion sur la maro­ca­ni­té du Saha­ra. Tout le pro­blème est de ser­vir la cause de la paix et de la sta­bi­li­té régio­nale, aus­si bien au Saha­ra qu’en Pales­tine où le Roi Moham­med VI a rap­pe­lé que la paix passe par la créa­tion de deux Etats viables avec Jéru­sa­lem-est comme capi­tale de la Pales­tine, ce qui est pré­ci­sé­ment le plan arabe de paix sur la table depuis des lustres. Il faut espé­rer que le nou­veau gou­ver­ne­ment israé­lien s’investira davan­tage pour la paix entre les deux peuples et comme me disait Yas­ser Ara­fat jadis que les Israé­liens trou­ve­ront un de Gaulle pour faire la paix. En tout cas il est rai­son­nable de pen­ser que lare­con­nais­sance de la maro­ca­ni­té du Saha­ra par Washing­ton ne sera pas remise en cause par le nou­veau pré­sident Joe Biden.

La déter­mi­na­tion du Royaume

 Dans plu­sieurs inci­dents récents de rela­tions étran­gères, notam­ment l’affaire “Ben­bat­touche” (Bra­him Gha­li) avec l’Espagne, la diplo­ma­tie maro­caine semble avoir chan­gé de peau et devient de plus en plus agis­sante et intran­si­geante sur la ques­tion du Saha­ra. Cela marque la déter­mi­na­tion du Royaume

De récents évé­ne­ments – avec le régime de Fran­çois Hol­lande, avec l’Allemagne et main­te­nant avec l’Espagne – ont démon­tré que le Maroc ne se laisse pas insul­ter et mépri­ser. C’est un prin­cipe de droit inter­na­tio­nale, qui découle des trai­tés de West­pha­lie, selon lequel la sou­ve­rai­ne­té des Etats et leur digni­té doivent être pré­ser­vées. Lorsque cer­tains diri­geants, comme Pedro San­chez, se croient reve­nus au temps du pro­tec­to­rat, il convient de leur rap­pe­ler avec force les droits impres­crip­tibles des nations. C’est ce qu’a fait le Royaume du Maroc dont la posi­tion n’a pas varié depuis 1975 car il s’agit d’une cause natio­nale de la même nature que celle de l’Alsace ‑Lor­raine qui fut occu­pée par l’Allemagne. Il est sûr que tout ce qui peut rap­pe­ler le droit sacré des Etats est utile.

Je tiens à pré­ci­ser que le dif­fé­rend n’est pas entre le Maroc et l’Espagne, mais avec le seul régime socia­lo-gau­chiste de Pedro Sachez qui ne gou­verne qu’avec l’appui des ultra­gau­chistes de Pode­mos et des sépa­ra­tistes cata­lans. San­chez a choi­si de pri­vi­lé­gier l’idéologie socia­lo-gau­chiste sur la rai­son ; il paie­ra le prix de s’être ali­gné sur l’Etat voyou et sans aucune cré­di­bi­li­té qui tire les ficelles du pan­tin Poli­sa­rio. Il faut refu­ser toute euro­péi­sa­tion du dif­fé­rend. Le régime de San­chez est mal­hon­nête de cher­cher à impli­quer l’Union euro­péenne dans un conten­tieux qui n’est que bila­té­ral et qui concerne le ter­ri­toire maro­cain du Saha­ra. Bien enten­du cer­tains groupes par­le­men­taires gau­chistes ou des membres de l’eurocratie bruxel­loise sont tom­bés dans le piège comme le Vice-Pré­sident de la Com­mis­sion euro­péenne qui a avan­cé que « per­sonne ne peut inti­mi­der ou faire chan­ter l’Union euro­péenne ». Or, ce n’est pas le pro­blème. Le pro­blème est celui de l’ambiguïté de la posi­tion de San­chez à l’égard de la cause marocaine.

De fait, le régime espa­gnol porte toute la res­pon­sa­bi­li­té de la crise. Le gou­ver­ne­ment socia­liste espa­gnol tente de faire croire qu’il s’agit d’une ques­tion migra­toire, mais il s’agit bien de la com­pli­ci­té entre ce pou­voir et le régime néo-com­mu­niste algé­rien car le Poli­sa­rio n’est que le pan­tin d’Alger. De fait le régime espa­gnol s’enfonce dans le déni. Il s’est lais­sé pié­ger par l’Algérie et ne veut pas le recon­naitre. Pour qui concerne l’Union euro­péenne, il est temps de sor­tir de son ambi­guï­té et de prendre réso­lu­ment posi­tion. Les Etats, dont le gou­ver­ne­ment fran­çais en pre­mier lieu, doivent être plus cou­ra­geux en réaf­fir­mant net­te­ment les droits du Maroc sur son Saha­ra, comme l’on fait de nom­breux Etats dont les Etats-Unis qui ont ouvert un consu­lat à Dakhla.

La défense de la zone de Guergarate

Bien sûr, le Maroc doit faire face à l’acharnement de ses enne­mis. On sait que le régime algé­rien ‑aux abois- actionne son pan­tin du Poli­sa­rio pour pro­vo­quer des inci­dents, notam­ment dans la zone de Guer­ga­rate. Ces pro­vo­ca­tions sont régu­liè­re­ment dénon­cées par l’ONU car elles sont contraires au droit inter­na­tio­nal. Afin de pro­té­ger son ter­ri­toire, le Maroc a mis en place un mur en retrait de la fron­tière et il a volon­tai­re­ment éta­bli une zone tam­pon qui a reçu l’assentiment de l’Organisation des Nations Unies. Comme le sou­ligne le pré­sident du conseil scien­ti­fique de l’OEG, le juriste inter­na­tio­nal Jean-Yves de Cara, « le main­tien de la sécu­ri­té ou, sim­ple­ment, de la tran­quilli­té publique dans la zone peut jus­ti­fier une action limi­tée pour réta­blir l’ordre ». L’intervention des FAR a eu pour objet de main­te­nir « le carac­tère neutre et paci­fique de la zone pla­cée sous le contrôle de la Minur­so et garan­tir la cir­cu­la­tion sur un axe de com­mu­ni­ca­tion international ».

Le bien-fon­dé juri­dique de la défense de la zone tam­pon de Guer­ga­rate au Saha­ra maro­cain est donc indé­niable et il faut féli­ci­ter les FAR d’avoir agi avec effi­ca­ci­té et dis­cer­ne­ment. Elles ont, une fois de plus, démon­ter leur par­fait professionnalisme.

L’autre ingré­dient du suc­cès maro­cain dans cette affaire est la volon­té du Roi de pré­ser­ver à la fois les inté­rêts vitaux du Maroc ; d’assurer la sécu­ri­té d’une route inter­na­tio­nale et de pré­ser­ver autant que faire se peut la paix et la sécu­ri­té régio­nale. C’est véri­ta­ble­ment une chance pour le Maroc, et pour toute la com­mu­nau­té inter­na­tio­nale, d’avoir à Rabat un pou­voir res­pon­sable et res­pec­tueux du droit. Cette luci­di­té du pou­voir royal me fait pen­ser à ce que me disait Feu le Roi Has­san II : « Quand il y a un enne­mi dérai­son­nable, il faut être sage pour deux ».


*Dr Charles Saint-Prot Direc­teur géné­ral de l’Observatoire d’études géo­po­li­tiques Il a notam­ment publié Moham­med VI, ou la monar­chie vision­naire aux édi­tions du Cerf à Paris