L’éditorial de Fran­çois Marcilhac

L’éditorial de Fran­çois Marcilhac

Macron, le pré­sident de l’effacement

Macron n’a pas atten­du la fin com­plète des res­tric­tions sani­taires pour, aux frais des contri­buables, entrer en cam­pagne pré­si­den­tielle au tra­vers d’un « pèle­ri­nage laïque » (sic) à tra­vers le pays, tout en don­nant au pas­sage un coup de pouce aux Mar­cheurs pour les régio­nales et les dépar­te­men­tales de fin juin. C’est qu’il veut prendre les devants, voyant déjà refleu­rir sur les ronds-points sa han­tise : les Gilets jaunes. Certes, ce retour n’est encore que sym­bo­lique, mais les Gilets jaunes, sous une forme ou sous une autre, demeurent la han­tise du chef de l’État. Il ne peut tolé­rer la voix du pays réel, dont l’expression le ren­voie à son propre mépris des Fran­çais, plus encore qu’à l’échec de sa poli­tique, car, pour par­ler d’échec, encore aurait-il fal­lu que Macron ait en vue le Bien com­mun. Or il ne pense qu’à l’intérêt de sa caste, lequel passe, pour le moment du moins, par sa réélec­tion. C’est pour­quoi il feint de ren­voyer aux calendes grecques la réforme des retraites, du moins dans la forme, « trop com­pli­quée », qui avait été la sienne, au départ. Elle n’en est plus à un an près, et Macron ne veut pas prendre le risque d’être accu­sé de divi­ser les Fran­çais à dix mois du pre­mier tour.

Oui, le pou­voir sait qu’il ne maî­trise plus rien et que les son­dages sont vola­tils. S’il béné­fi­cie encore de ce réflexe légi­ti­miste de ceux des Fran­çais qui ont peur — Hol­lande en avait éga­le­ment béné­fi­cié après les mas­sacres isla­mistes du Bata­clan et de Nice —, il n’est pas cer­tain que, l’effacement de la pan­dé­mie aidant, sa très rela­tive popu­la­ri­té conti­nue d’en béné­fi­cier. Les rai­sins de la colère pour­raient rapi­de­ment rem­pla­cer les fruits de la peur. Rien ne nous sera donc épar­gné, comme ces états-géné­raux de la jus­tice, dont il vient de faire l’annonce et qui pren­dront la forme d’une ren­contre entre les dif­fé­rents « acteurs » du droit — juges, poli­ciers, per­son­nels péni­ten­tiaires. Seuls seront abu­sés ceux qui le vou­dront bien. Comme le montre le récent débat à l’Assemblée natio­nale sur le pro­jet de loi visant à pré­ve­nir les actes ter­ro­ristes, la seule crainte du Gou­ver­ne­ment, en la matière, n’est pas la com­mis­sion de nou­veaux mas­sacres, mais la cen­sure du Conseil consti­tu­tion­nel, dont les dérives actuelles inquiètent de plus en plus de Fran­çais. Cer­tains par­le­men­taires ont beau s’en plaindre : c’est avec leur consen­te­ment, et celui du pou­voir exé­cu­tif, que nous sommes d’ores et déjà pas­sés sous le gou­ver­ne­ment des juges, fran­çais ou étran­gers, du reste…

Le sym­pa­thique Sté­phane Bern, entrant dans l’armure de Don Qui­chotte, voit, dans les éoliennes, une cause de sou­lè­ve­ment popu­laire. Avec la morgue de Macron dénon­çant les Amish, Pom­pi­li, la ministre de la tran­si­tion éco­lo­gique, lui a rétor­qué que contes­ter la dimen­sion éco­lo­gique des éoliennes reve­nait à affir­mer que la terre était plate. L’aveuglement du pou­voir est réel et ce n’est pas un tour de France tou­ris­tique et sur­pro­té­gé qui per­met­tra à Macron de renouer le dia­logue avec les Fran­çais, pour la simple et unique rai­son qu’un dia­logue sup­pose de par­ler la même langue, c’est-à-dire de par­ta­ger la même culture, par-delà les dif­fé­rences sociales. Or il n’y a aucune com­mu­nau­té de pen­sée entre les repré­sen­tants d’une caste inter­na­tio­na­li­sée qui s’appuie sur le pou­voir des tech­no­crates et un peuple mépri­sé dans sa chair et, plus encore, son esprit. « Nos » pay­sages ne disent rien ni aux éco­lo­gistes ni aux macro­niens, qui finissent de les détruire plus sûre­ment encore que ne l’avait fait le pre­mier capi­ta­lisme, celui-ci au nom de la pros­pé­ri­té, ceux-là au nom du Bien, ce qui est pire. L’écologisme appa­raît ain­si comme la nou­velle étape de l’arraisonnement du monde, mâti­née de bonne conscience.

Sté­phane Bern a‑t-il rai­son ? Nous ne pou­vons que l’espérer. Mais le sou­lè­ve­ment du peuple sera sur­tout le fruit d’une conjonc­tion de colères (y com­pris, celle, légi­time contre les éoliennes, sur terre ou mer) comme pré­mices à une conver­gence des luttes qu’il fau­dra savoir tra­duire en acte poli­tique. La gauche, lar­ge­ment res­pon­sable de la situa­tion actuelle, par son pro­gres­sisme scien­tiste, son mon­dia­lisme où l’immigré a rem­pla­cé le pro­lé­taire et son socié­ta­lisme pro­mo­théen, ne sau­rait être, idéo­lo­gi­que­ment, la matrice d’une quel­conque renais­sance. Par son indi­vi­dua­lisme consu­mé­riste, par son oubli de la nation et du peuple, par un immi­gra­tion­nisme, non pas idéo­lo­gique mais d’intérêt, par sa lâche­té et, fina­le­ment, sa vacui­té intel­lec­tuelle, la droite, ou du moins ce qu’on appelle encore ain­si, peine à exis­ter encore. La vic­toire de Macron est celle du consen­sus mou, mais mor­ti­fère, sur l’inéluctabilité d’un mon­dia­lisme d’effacement des peuples, dont la can­cel culture n’est au fond que l’expression idéo­lo­gique la plus radi­cale, c’est-à-dire la plus pure.

Mal­heu­reu­se­ment, per­sonne, en France, ne semble avoir, du moins par­mi le per­son­nel répu­bli­cain décla­ré, l’étoffe pour être capable de recons­truire la socié­té fran­çaise sur les décombres d’une entre­prise qui la nie fon­da­men­ta­le­ment. Ce n’est pas de bri­co­lage poli­tique que les Fran­çais ont besoin, mais d’une parole vraie, capable de les convaincre, afin de libé­rer en eux les forces vives de leur renais­sance. Cinq nou­velles années de Macron ne seraient pas cinq nou­velles années de per­dues. Ce seraient cinq années sup­plé­men­taires d’effacement de notre pays, de son iden­ti­té (immi­gra­tion­nisme, socié­ta­lisme, repen­tance) et de sa sou­ve­rai­ne­té (Europe, États-Unis) d’autant que, sachant qu’il ne pour­rait viser un nou­veau man­dat, comme Atti­la, ou les Van­dales, il fini­rait de mettre à sac la socié­té fran­çaise. La réélec­tion de Macron n’est pas une fata­li­té : il appar­tient aux patriotes, à tous ceux qui refusent l’effacement de la France, de le prouver.

Fran­çois Marcilhac