Taguieff : « Le déco­lo­nia­lisme est la mala­die sénile de la gauche intel­lec­tuelle contemporaine »
People take part in a march on July 18, 2020 in the Parisian suburban city of Beaumont-sur-Oise called by several civil rights and ecologist associations to commemorate Adama Traore, a black man who died in police custody four years ago, and to protest against police violence. (Photo by Bertrand GUAY / AFP)

Taguieff : « Le déco­lo­nia­lisme est la mala­die sénile de la gauche intel­lec­tuelle contemporaine »

FIGAROVOX. – Dans votre der­nier ouvrage L’imposture déco­lo­niale vous dites : « Le post­co­lo­nia­lisme (…) risque d’entraîner toutes les familles de la gauche dans l’adhésion à une vision iden­ti­taire ». Quelle est cette vision iden­ti­taire qui vous inquiète ?

Pierre-André TAGUIEFF. - Le post­co­lo­nia­lisme est, pour aller vite, la ver­sion soft du déco­lo­nia­lisme, lequel séduit non pas en rai­son de sa consis­tance théo­rique mais par sa « radi­ca­li­té » idéo­lo­gi­co-poli­tique. Les idéo­logues déco­lo­niaux appellent en effet à rompre tota­le­ment avec le pas­sé mau­dit de la France et plus lar­ge­ment de l’Europe et de l’Occident, dont il réduisent l’histoire à celle du racisme, de la traite négrière, du colo­nia­lisme et de l’impérialisme.

Ils rejoignent en cela les arti­sans-mili­tants d’une contre-his­toire dite « his­toire mon­diale » ou « glo­bale », obsé­dés par la décons­truc­tion du roman natio­nal fran­çais. Ils ne voient dans l’universalisme, celui du judéo-chris­tia­nisme comme celui des Lumières, que l’expression d’un euro­cen­trisme qu’ils s’efforcent fré­né­ti­que­ment de « décons­truire » en même temps qu’ils s’appliquent à « pro­vin­cia­li­ser » l’Europe et sa culture. Ils cri­mi­na­lisent au pas­sage la laï­ci­té, dans laquelle ils ne voient qu’intolérance et rejet de la diver­si­té, refus des saintes « dif­fé­rences ».

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