L’é­di­to­rial de Fran­çois Mar­cil­hac

L’é­di­to­rial de Fran­çois Mar­cil­hac

UN ÉTAT ÉCO-POLICIER POUR UNE SOCIÉTÉ ÉCO-CONCENTRATIONNAIRE ?

Une actua­li­té chas­sant (presque) l’autre, les médias mains­tream ne parlent plus, ou presque, que des 150 pro­po­si­tions for­mu­lées par les 150 « tirés au sort » de la Conven­tion citoyenne (sic) pour le cli­mat, vou­lue par Macron, à la suite de la crise des Gilets jaunes, afin de mon­trer son atta­che­ment à la démo­cra­tie directe. Quoi de mieux, alors, que d’imiter un mode de fonc­tion­ne­ment héri­té de la démo­cra­tie athé­nienne, mère de toutes les démo­cra­ties, à savoir le tirage au sort ? Celui-ci est, par défi­ni­tion, sans mali­gni­té.

UNE IMPOSTURE

Sauf que le nou­veau monde macro­nien n’a rien à voir avec la démo­cra­tie athé­nienne, et que, même le tirage au sort que, du reste, les Athé­niens n’employaient pas dans le cadre d’une quel­conque conven­tion, mais pour dési­gner les magis­trats et les bou­leutes (les conseillers), a été revi­si­té, puisque c’est l’ins­ti­tut Har­ris Inter­ac­tive qui a été char­gé de choi­sir les « bons » tirés au sort, par­mi les­quels, au départ, s’est trou­vé — coquin de sort ! — Daniel Cohn-Ben­dit en per­sonne, qui, devant la gros­seur de la ficelle, a tout de même décli­né l’invitation ! Ou quand, en macro­nie, l’expression pré­ten­due du pays réel est cyni­que­ment rem­pla­cée par les ins­ti­tuts de son­dage, qui sont la cour­roie de trans­mis­sion du pays légal… Nous revien­drons sur le sujet dans un pro­chain édi­to­rial.

Cha­cun peut trou­ver sur inter­net les 150 pro­po­si­tions, cer­taines, comme le pas­sage à 110 kilo­mètres heure sur auto­route, ayant été lar­ge­ment média­ti­sées en rai­son de leur carac­tère arbi­traire. Ce qu’il est impor­tant de com­prendre, c’est l’imposture — nous venons d’en tou­cher un mot — qui sous-tend cette démarche et, sur­tout, l’idéologie qui fonde cette impos­ture.

L’imposture n’est pas tant dans le mode de dési­gna­tion offi­ciel (le tirage au sort) de ces 150 citoyens-et-citoyennes, que dans le men­songe qui l’enveloppe : car c’est la plus grande opa­ci­té qui a pré­si­dé à leur dési­gna­tion, puisqu’ils ont bien été dési­gnés et nul­le­ment « tirés au sort », dési­gna­tion confiée à un ins­ti­tut pri­vé lié à l’oligarchie en place. Il s’agissait, en fait, de com­po­ser un échan­tillon — par­don, un panel : par­lons la langue de nos élites — repré­sen­ta­tif de l’opinion avec laquelle le pou­voir sou­haite « échan­ger », comme disent éga­le­ment nos élites. Il s’agissait donc de com­po­ser de toutes pièces cette opi­nion en fonc­tion du résul­tat atten­du — pra­tique démo­cra­tique habi­tuelle : cela s’appelle « for­ger l’opinion », le pré­ten­du tirage au sort ne venant que cou­vrir un arti­fice poli­tique. Il est donc évident que les Gilets jaunes, pour­tant sou­te­nus par une large majo­ri­té de Fran­çais, n’y avaient pas leur place. Il était évident éga­le­ment que les membres de ladite conven­tion n’avaient d’autre fonc­tion que d’écouter, avec bien­veillance, la bonne parole des « sachants », avant de pondre, sous leur dic­tée, les « bonnes mesures » — un peu comme au sein des par­le­ments d’enfants : nous sommes ain­si arri­vés au stade ultime de cette infan­ti­li­sa­tion des citoyens, auprès des­quels les poli­tiques, depuis plu­sieurs décen­nies, se consi­dèrent comme devant faire tou­jours plus de « péda­go­gie ». Telle était éga­le­ment la fonc­tion des quelques mesures déma­go­giques — par exemple, le pas­sage aux 28 heures heb­do­ma­daires : des­ti­nées à prou­ver la diver­si­té de l’échantillon choi­si, leur rejet final mon­trait com­bien la rai­son l’emportait au sein de cette pre­mière conven­tion citoyenne. Nous avons à faire avec des enfants qui ont bien appris leur leçon.

L’IDÉOLOGIE DE L’ÉCOCIDE

L’idéologie, elle, est conte­nue dans l’inscription dans la Consti­tu­tion et par voie de réfé­ren­dum de la lutte contre le réchauf­fe­ment cli­ma­tique et de la pré­ser­va­tion de l’environnement, avec, notam­ment la notion d’écocide, dans le droit fil du bavar­dage consti­tu­tion­nel chi­ra­quien — charte de l’environnement et prin­cipe de pré­cau­tion. Mais avec l’écocide, nous fran­chi­rions un degré sup­plé­men­taire, s’il est per­mis de par­ler ain­si, dans le réchauf­fe­ment idéo­lo­gique, puisque cette notion, ins­crite, de plus, dans la Bible de la Répu­blique, serait, dans la pen­sée de ses pro­mo­teurs, l’équivalent laïque du déi­cide. Sur fond de catas­tro­phisme cli­ma­tique, cha­cun com­prend aisé­ment com­bien nous pas­se­rions alors d’une éco­lo­gie puni­tive déjà dénon­cée par­tout, à une éco­lo­gie inqui­si­to­riale. La judi­cia­ri­sa­tion à outrance qui en décou­le­rait ne mena­ce­rait pas que les grandes entre­prises qui ont les moyens finan­ciers de se moquer réel­le­ment de l’environnement. Chaque citoyen ver­rait cette épée de Damo­clès pendre au-des­sus de sa tête. Faire un feu de che­mi­née l’hiver, au retour d’une pro­me­nade dans les bois, si tant est qu’on soit encore auto­ri­sé à fou­ler la bio­di­ver­si­té, ou un bar­be­cue l’été, entre amis, dépas­ser le 110 kilo­mètres à l’heure sur auto­route, uti­li­ser sa voi­ture lorsqu’il aurait été pos­sible de prendre son vélo, voire, demain, avoir plus de deux enfants — d’autant que les migrants attendent à la porte ? Pêle-mêle, autant d’écocides, de nature et d’importance variée… Car tout devien­dra pos­sible, comme a été pos­sible, sur fond de peur sani­taire, le confi­ne­ment de 65 mil­lions de Fran­çais à moins d’1 kilo­mètre de chez eux. Cer­tains esprits mal-pen­sants n’ont-ils pas fait remar­quer que la limite des 100 kilo­mètres, impo­sée dans un deuxième temps, était tirée du roman de George Orwell 1984 ? Demain, fau­dra-t-il jus­ti­fier ses dépla­ce­ments eux-mêmes, don­ner la clé de sa voi­ture à la gen­dar­me­rie ou au com­mis­sa­riat, pour ne la reprendre qu’avec une per­mis­sion expresse ? Peut-être même la pos­ses­sion d’une voi­ture sera-t-elle inter­dite, au pro­fit de sa loca­tion, plus trans­pa­rente pour les auto­ri­tés. Fau­dra-t-il jus­ti­fier de la néces­si­té de prendre un billet de train, car le train pol­lue aus­si — ne par­lons pas de l’avion ? Après tout, Mme Borne, la ministre de l’écologie, alors ministre des trans­ports, n’avait-elle pas décla­ré, lors de l’examen de la loi sur les « mobi­li­tés », que la bonne mobi­li­té est celle qu’on n’effectue pas ? A côté de l’antiracisme, l’écologisme sera-t-il le com­mu­nisme du XXIe siècle ? Au nom de la Terre, un pas­se­port inté­rieur devien­dra-t-il néces­saire ? Sur­tout, demain, fau­dra-t-il jus­ti­fier le fait même d’exister, puisque exis­ter pol­lue et qu’au nom de la Terre tout doit deve­nir pos­sible ? Tout doit être réin­ven­té ?

Oui, c’est bien la peur, en l’occurrence la peur cli­ma­tique qu’instille métho­di­que­ment les médias depuis des années. Et puisque nous n’avons qu’une seule terre, qu’une seule Gaïa, et puisque, oui, « la mai­son (oïkos) brûle », l’écocide devient bien, dans une socié­té maté­ria­liste, indif­fé­rente à la trans­cen­dance, l’équivalent du déi­cide. Le crime contre l’humanité lui-même est, dans cette logique, appe­lé à deve­nir secon­daire. Qui ne voit que l’idéologie anti­spé­ciste pousse, comme un cham­pi­gnon, sur le fumier de l’écologisme, idéo­lo­gie par défi­ni­tion fon­da­men­ta­liste, dont l’antispécisme n’est que l’excroissance la plus nihi­liste ? Qui ne voit que l’écologie humaine, dont le pape Fran­çois a rap­pe­lé le carac­tère pre­mier, est mépri­sée de nos éco­lo­gistes qui sont presque tous favo­rables aux pires dérives arti­fi­cia­li­santes, lorsqu’il s’agit de l’être humain, comme si l’homme devait désor­mais subir ce qu’il a fait stu­pi­de­ment et cri­mi­nel­le­ment subir et conti­nue encore lar­ge­ment de faire subir, sur fond d’industrialisation et de mon­dia­li­sa­tion, à la faune et à la flore ? Du reste, la volon­té de par­quer les hommes dans des cages à lapin, qui res­sort de la conven­tion, aux dépens de l’habitat indi­vi­duel — au nom de la lutte contre l’artificialisation des terres à laquelle les éoliennes par­ti­cipent pour­tant lar­ge­ment, elles aus­si — fait pen­ser à la géné­ra­li­sa­tion, pour les hommes, de l’élevage indus­triel. Comme si un nou­vel amé­na­ge­ment du ter­ri­toire, la fin de la métro­po­li­sa­tion, laquelle, il est vrai, est répu­tée éco­lo­gique, et la réha­bi­li­ta­tion de villes moyennes et de vil­lages entiers ne per­met­traient pas de redy­na­mi­ser le tis­su éco­no­mique dans une démarche éco­lo­gique res­pon­sable ! Nous assis­tons au contraire à un ren­ver­se­ment sai­sis­sant ! Alors que la cause ani­male pro­gresse, ce qui est un bien pour l’homme lui-même et son mode de vie, c’est à l’homme qu’on veut impo­ser des pra­tiques repro­duc­tives et des modes de vie pires que ceux qu’on dénonce aujourd’hui, à juste titre, s’agissant des ani­maux d’élevage… En revanche, s’agissant d’enracinement, nos éco­lo­gistes, tous immi­gra­tion­nistes, se révèlent les pires mon­dia­listes. On com­prend com­bien l’écologisme, qui est un néo­mon­dia­lisme, est soluble dans le macro­nisme…

UNE DÉMARCHE COERCITIVE

Qui lit les 150 mesures ne peut qu’être frap­pé par la démarche coer­ci­tive qui pré­side à leur adop­tion. Non que cer­taines, comme d’en finir avec les pas­soires ther­miques, le plas­tique jetable, une agri­cul­ture des­truc­trice de l’écosystème ou l’élevage indus­triel, ne soient pas bonnes en soi. Mais la coer­ci­tion et la judi­cia­ri­sa­tion pour les citoyens — tous les pro­prié­taires vus comme des nan­tis, par exemple, ou les agri­cul­teurs comme des pol­lueurs alors qu’ils ont été contraints par l’Europe de pra­ti­quer depuis plu­sieurs décen­nies une agri­cul­ture anti­éco­lo­gique, dont ils sont les pre­mières vic­times — n’a aucun répon­dant du côté de l’Etat, sinon dans l’obligation d’en exi­ger tou­jours plus des citoyens et dans une inten­si­fi­ca­tion à l’école de l’endoctrinement éco­lo­giste, sous la volon­té de géné­ra­li­ser « l’éducation à l’environnement et au déve­lop­pe­ment durable dans le modèle sco­laire fran­çais ». Oui, sur fond de peur, toutes les inter­dic­tions, toutes les coer­ci­tions, tous les endoc­tri­ne­ments seront per­mis puisque, comme l’a décla­ré un des porte-parole de la conven­tion, c’est « pour le bien de nos conci­toyens et de la Terre ». Mani­fes­te­ment, les dégâts bien réels que cette chan­son tota­li­ta­ro-uto­pique a pro­vo­qués au XXe siècle n’ont pas ser­vi de leçon…

Cette conven­tion ne serait-elle qu’une étape dans la consti­tu­tion d’un État éco-poli­cier au ser­vice d’une socié­té éco-concen­tra­tion­naire ?

Fran­çois Mar­cil­hac

PS 1 : Plus pro­saï­que­ment, c’est-à-dire élec­to­ra­le­ment, nous ne pou­vons pas res­ter indif­fé­rents au second tour des muni­ci­pales, dimanche pro­chain, d’autant qu’il concer­ne­ra, pour un grand nombre d’entre elles, des villes impor­tantes au plan natio­nal. L’écologie étant une chose trop sérieuse pour être confiée aux éco­lo­gistes, on ne peut évi­dem­ment qu’appeler à faire bar­rage à tous les can­di­dats éco­lo­gistes ou sou­te­nus par eux. Cela va sans dire à Paris, mais aus­si dans ces villes cœurs de métro­poles que les éco­lo­gistes pour­raient rem­por­ter soit direc­te­ment soit dans le cadre d’une alliance. Fai­sons éga­le­ment bar­rage aux can­di­dats du pou­voir. Quel que soit l’opposant ? Soyons sérieux ! L’échec de Phi­lippe au Havre aurait cer­tai­ne­ment un effet plus posi­tif au plan natio­nal, en fra­gi­li­sant la majo­ri­té, que la vic­toire du can­di­dat com­mu­niste n’aurait d’impact néga­tif sur la ville. Et bien sûr, quand c’est pos­sible, votons pour les can­di­dats patriotes. Pour le second tour des muni­ci­pales, qui est poli­tique, en votant local, pen­sons natio­nal !

PS 2 : L’Action fran­çaise a récem­ment publié un remar­quable ouvrage sur la ques­tion éco­lo­gique : j’y ren­voie évi­dem­ment. Il s’agit de Quelle éco­lo­gie pour demain ? sous la direc­tion de Fran­cis Ven­ci­ton et Enzo San­dré, avec une pré­face de Jacques de Guille­bon. En vente à la Librai­rie de Flore. https://www.librairie-de-flore.fr/produit/quelle-ecologie-pour-demain/