Une France amé­ri­ca­ni­sée ?

Une France amé­ri­ca­ni­sée ?

Par Gérard Leclerc

La mani­fes­ta­tion qui a lieu, mar­di soir, au abords du nou­veau Palais de jus­tice de Paris consti­tue un évé­ne­ment d’une sin­gu­lière signi­fi­ca­tion, non seule­ment à cause des vio­lences aux­quelles il a don­né lieu. 20 000 per­sonnes réunies alors que tout ras­sem­ble­ment de foule demeure inter­dit, c’est déjà un motif de réflexion. Mais c’est sur­tout la cause de l’événement qui s’impose par sa gra­vi­té. Il s’agissait, en effet, de pro­tes­ter, quatre ans après la mort d’Adama Trao­ré, contre la vio­lence poli­cière qui serait à son ori­gine. Une farouche bataille judi­ciaire s’est enga­gée, à coup d’expertises et de contre-exper­tises, pour savoir si Ada­ma est mort, oui ou non, du pla­cage ven­tral dont il a été l’objet à la suite d’une arres­ta­tion mus­clée. La police refuse cette inter­pré­ta­tion, alors que la famille désigne le racisme poli­cier qui frap­pe­rait régu­liè­re­ment des per­sonnes en rai­son de leur peau noire.

Mar­di soir, la sœur d’Adama, Assa Trao­ré, en s’exprimant devant la foule ras­sem­blée, n’a pas hési­té à annon­cer que ce n’était que le début d’une offen­sive d’importance his­to­rique. Il est dif­fi­cile de prendre par­ti dans une que­relle aus­si dou­lou­reuse. Com­ment ne pas com­prendre le cha­grin et la colère d’une famille endeuillée ? Mais par ailleurs, on peut aus­si s’inquiéter des dimen­sions sociales, poli­tiques et idéo­lo­giques d’une affaire qui pro­voque une émeute, à l’image de ce qui se passe aux États-Unis après la mort de Georges Floyd. Peut-on par­ler, en France, de racisme ins­ti­tu­tion­nel, dont notre police serait cou­pable ? C’est déjà dis­cu­table. Mais les choses vont plus loin encore.

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