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Après le virus bio­lo­gique, les virus intel­lec­tuels : conni­vence, vacui­té, igno­rance, défaitisme

Par Hen­ri Temple

Les Fran­çais se croient libres, intel­li­gents et ins­truits. Si tel était le cas, notre sys­tème poli­tique, éco­no­mique, juri­dique, de san­té auraient été bien conçus, et nos résul­tats seraient bons en tous domaines. 

L’admirable et héroïque Marc Bloch (L’étrange défaite) consta­tait déjà en 1940 que c’est la chaîne du com­man­de­ment qui avait failli, et cau­sé la débâcle. Il pré­co­ni­sait de sup­pri­mer les Grandes Écoles (dont il était lui-même sorti). 

Pour­tant, peu de médias et de poli­tiques le suivent et font la rela­tion des consé­quences (la cala­mi­teuse pré­pa­ra­tion et ges­tion de la crise épi­dé­mique et éco­no­mique), avec leur cause (les failles béantes de notre sys­tème d’instruction). Or, toute erreur de déci­sion est le résul­tat d’un défaut de méthode (ou d’une com­pro­mis­sion). Le défaut de méthode pro­vient d’un sys­tème d’instruction détruit : école abais­sée par les ”péda­go­gistes”, ensei­gne­ment supé­rieur effon­dré sous le poids d’effectifs arti­fi­ciel­le­ment mas­sifs, dont 80 % ne ter­minent pas leur cur­sus, mise à sac des pro­grammes d’histoire et de lit­té­ra­ture, aban­don du latin et du grec, le tout maths et tech­niques, et sur­tout l’abandon des dis­ci­plines essen­tielles à la pen­sée et à son expres­sion (dia­lec­tique, séman­tique, rhétorique). 

L’état des capa­ci­tés intel­lec­tuelles natio­nales est désor­mais désastreux. 

Des méde­cins ont éta­lé : igno­rance pon­ti­fiante, contra­dic­tions, jalou­sies et ani­mo­si­tés. Les poli­ti­ciens aux affaires ont don­né un spec­tacle d’indécision, d’incompétence et même d’absence de simple bon sens. Le masque, à lui seul, est le sym­bole de cette faillite. 

Effa­rés, les Fran­çais découvrent que leur indus­trie, délo­ca­li­sée, épar­pillée, ven­due au plus offrant, a per­du en 20 ans la moi­tié de sa part du PIB, et des mil­lions d’emplois. Le jour­na­lisme est bâclé, pipo­li­sé, la bien-pen­sance unique est tou­jours prête à lyn­cher les dis­si­dents, et la finance exerce des pres­sions sou­ter­raines (sur les médias, les éco­no­mistes, les juristes, le corps médi­cal) : la crise sani­taire, comme aupa­ra­vant les guerres per­dues, met à nu notre indi­gence intel­lec­tuelle. Cepen­dant l’opinion sent bien que désor­mais l’enjeu vital, est de remettre l’économie sur ses rails. 

Mais déjà les virus intel­lec­tuels sont à l’œuvre. 

Certes, les médias, les poli­tiques, Bruxelles, s’affairent au sujet du ”tsu­na­mi éco­no­mique” qui vient. Tou­te­fois, on est catas­tro­phé de la teneur de cer­taines réponses à l’effondrement éco­no­mique et social qui va frap­per notre pays. Les com­plexés du show­biz, s’imaginent en graves pen­seurs : Hulot en appelle à un ”lob­by des consciences” (?), fai­sant écho à son ancien patron (”sachons nous réin­ven­ter” sic). La culmi­na­tion vient d’un tut­ti frut­ti de 200 artistes et quelques scien­ti­fiques (?) qui en appellent à la ”fin du consu­mé­risme” (dont ils n’ont qu’une com­pré­hen­sion vague) ; comme si le consu­mé­risme avait fabri­qué et répan­du le virus. Conster­nant que Le Monde édite un tel texte alors qu’il cen­sure des éco­no­mistes dis­si­dents de très haut niveau. 

La griffe de la Finance ? Les lob­bys appoin­tés, d’Euronews au Cercle des éco­no­mistes, en pas­sant par la Fon­da­tion Schu­man, res­sassent leurs antiennes, comme les duet­tistes Cohn-Ben­dit et Fer­ry, en siné­cure sur LCI. Pour que rien ne change, et sur­tout pas la mon­dia­li­sa­tion, Bruxelles et la finance. Certes, cer­tains accusent le libé­ra­lisme mon­dia­liste. Certes, Onfray fait œuvre salu­taire avec son cercle de réflexion sou­ve­rai­niste, droite et gauche. S’agissant de la thé­ra­peu­tique, et non plus du diag­nos­tic, l’impensable Tri­chet res­sasse ses man­tras de direc­teur de la BCE : le mul­ti­la­té­ra­lisme, la ges­tion bud­gé­taire ”sage” (res­treindre la dépense publique et sociale, aug­men­ter la fis­ca­li­té, rem­bour­ser la dette). Soit conti­nuer à chaud la poli­tique qui a déjà tel­le­ment échoué à froid… 

C’est bien à sa racine qu’il fau­dra tuer le mal : le sys­tème d’instruction devra déve­lop­per la tech­nique de rai­son­ne­ment et dif­fu­ser les prin­cipes de l’intérêt supé­rieur de la nation et de la liber­té de choi­sir démo­cra­ti­que­ment son destin. 

Alors que les Fran­çais découvrent que leur pays est inca­pable de pro­duire des masques, des tests, des médi­ca­ments, des res­pi­ra­teurs, il est odieux de lire ici ou là que les relo­ca­li­sa­tions seraient un ”mirage”, une ”illu­sion”. 

Dans la France d’avant-guerre, un virus inca­pa­ci­tant avait déjà atta­qué le cer­veau natio­nal. Lire, sur ces sujets essen­tiels, les opi­nions scien­ti­fiques de Lafay, Gréau, J.Sapir, Wer­re­brouck, P‑Y Gomez et du regret­té Allais (Nobel d’économie).

Après le virus bio­lo­gique, les virus intel­lec­tuels : conni­vence, vacui­té, igno­rance, défaitisme