Le second tour des élections municipales

Le second tour des élections municipales

Par Jeanne Estérelle

Qu’il célèbre Marseille ou Martigues, Charles Maurras évoque le passé, Jacques Gelu, «  archevêque au temps de Jeanne d’Arc, dont il fut le soutien  »1, ou «  le bienheureux Gérard Tenque, fondateur des Moines hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem  »2. Son amour des «  républiques urbaines  »3 s’enracine dans l’histoire et, quand elle ne fait pas croître ses craintes, elle le fait se «  retourner vers le bel avenir  », dans l’illusion de «  l’Etat nouveau, l’Etat du Maréchal  ».4

Bien que Maurras soit resté fidèle à son premier élan monarchiste, «  Les libertés, en bas  », son extrême lucidité a donné au projet de l’été 1899, comme à l’analyse qui le justifiait, la dimension d’une uchronie qui a, paradoxalement, désarmé plusieurs générations de royalistes. S’engager dans une campagne municipale exige, en effet, de traiter avec des citoyens retournés «  à la condition individualiste du sauvage et du primitif. »

Mais à l’heure où tombent en désuétude toutes les libertés, à l’heure où les métropoles étouffent les dernières initiatives communales, osons nous battre pour le candidat chez lequel l’Etat n’a pas encore atrophié «  la fonction civique  » ! Refusons d’être «  traité(s) en mineur(s)  » !

Elu député du troisième secteur de Paris, le 16 novembre 1924, Léon Daudet a de quoi nous surprendre ! Suivons-le en promenade ! «  Il y a non loin de Toulon, à l’entrée des gorges d’Ollioules, un hameau, formé de quelques vieilles demeures, aussi ancien et mystérieux que les Beaux, nommé «  Evenos  », l’évènement, en provençal. Que s’est-il passé là, dont la trace est demeurée dans la dénomination ? Je l’ignore.  »5 Tant mieux ! Evenos ! Créons l’évènement dans l’histoire de l’Action Française ! Agissons au second tour des élections municipales !

Dans l’interruption du scrutin, voyons la continuité du dessein providentiel que nous célébrons ! Jeanne la Pucelle n’a-t-elle pas repris l’épée de Godefroy de Bouillon ? N’a-t-elle pas été logée dans la Tour du Coudray où fut emprisonné Jacques de Morlay ? N’a-t-elle pas agi dans la continuité de l’Ordre du Temple ? L’épée de Jeanne est le signe d’une victoire dont nous pouvons suivre la trace, dans le calcul même de la défaite.

1 Marseille en Provence, Les tables claudiennes, Lardanchet, Lyon, 1944, p 88
2 Candide, 18 août 1944
3 Action Française, 21 mars 1941
4 Candide, 18 août 1944
5 Léon Daudet, Les universaux, Essai sur les mouvements et les figures des idées et des passions humaines, Bernard Grasset, Paris, 1935, p 22