Michel Maf­fe­so­li : “Le grand sou­lè­ve­ment qui vient”

Michel Maf­fe­so­li : “Le grand sou­lè­ve­ment qui vient”

Par Michel Maf­fe­so­li

« Le grand sou­lè­ve­ment qui vient », Michel Maf­fe­so­li | L’inactuelle

Le fami­lier des pro­me­nades en mon­tagne ne manque pas de remar­quer que les beaux lacs ponc­tuant les hautes val­lées alpines sont on ne peut plus calmes en leur sur­face. Mais leurs bas-fonds sont ani­més par de constants grouille­ments. De temps à autre ces der­niers appa­raissent à l’extérieur sous formes de bulles géantes trou­blant la quié­tude du lac. Bulles aus­si sou­daines qu’éphémères. Dis­pa­rais­sant, en effet, pour renaître plus tard quand le grouille­ment inté­rieur se fait à nou­veau trop pressant !

Voi­là une image qui per­met de com­prendre les sou­lè­ve­ments qui, actuel­le­ment, troublent la vie de nos socié­tés. Il s’agit bien, en effet, de bulles explo­sives, appe­lées à se renou­ve­ler, en ce qu’elles expriment le grouille­ment, à la fois pro­fond et violent, ani­mant une socié­té offi­cieuse ne se sen­tant plus du tout « repré­sen­tée » par la socié­té offi­cielle ayant le pou­voir ins­ti­tu­tion­nel. D’où l’ambiance insur­rec­tion­nelle carac­té­ris­tique de toute fin d’époque.

La fin d’un monde.

Dans notre pro­gres­sisme natif, nous avons du mal à accep­ter que les époques se suivent et ne se res­semblent pas. Des esprits aigus ont pu noter, à juste titre, la « fin de l’ère des révo­lu­tions » (E. Hobs­bawm). Si nous savons voir, avec luci­di­té, l’architecture des socié­tés contem­po­raines, nous pou­vons dire, avec assu­rance, que nous assis­tons à la nais­sance de l’ère des sou­lè­ve­ments populaires.

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