L’éditorial du Bien Commun par François Marcilhac

L’éditorial du Bien Commun par François Marcilhac

LES FRANÇAIS, CES GOUJATS

Qu’écrire en cette extrême fin du mois de mars, qui ait quelque chance d’être toujours pertinent début avril, à la parution de votre mensuel préféré ? C’est un exercice dont la difficulté coutumière est redoublée par la grande précarité des informations dont nous disposons, tant sur l’évolution d’une pandémie qui confine désormais tous les Français chez eux, que sur celle de la doctrine sanitaire, que le gouvernement modifie au gré… nous aimerions bien savoir de quoi  ! La doctrine selon laquelle tests et masques ne sont guère efficaces au plan général, nous le savons désormais, dissimulait une impéritie criminelle, dont le gouvernement actuel n’est que le dernier maillon dans la chaîne des responsabilités. Puisque le sujet est grave, il faut aller à l’essentiel et chercher chez «  notre Homère  », comme disait Sainte-Beuve, en l’occurrence La Fontaine, la leçon. Non pas dans Les Animaux malades de la peste, comme on aurait pu le croire, mais dans Le Renard et les raisins  :  

Certain Renard Gascon, d’autres disent Normand,
Mourant presque de faim, vit au haut d’une treille
Des Raisins mûrs apparemment,
Et couverts d’une peau vermeille.
Le galand en eût fait volontiers un repas ;
Mais comme il n’y pouvait atteindre :
«  Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats.   »
Fit-il pas mieux que de se plaindre ?

En un régime, où, par définition, n’importe qui peut arriver aux fonctions suprêmes, même des galants, en l’occurrence des gens sans scrupule, peuvent y tenir lieu de prince, de ministres et de conseillers… Comment ne pas voir qu’il a été plus facile à nos responsables politiques, tel au renard de la fable, plutôt que de reconnaître leur impéritie et l’impossibilité dans laquelle ils étaient d’ordonner immédiatement les bonnes pratiques, faute d’en pouvoir atteindre les moyens, de faire croire à tous ces goujats que nous sommes, que les raisins étaient trop verts et ces mêmes moyens, qui pourtant ont fait leur preuve en Asie, inefficaces ? Belle leçon politique que nous donne La Fontaine  ! Boutang avait bien raison, après Platon, de ne voir en la démocratie, définie comme le régime des partis et des conflits d’intérêts — un scandale dépassant celui du sang contaminé est peut-être sur le point d’éclater, à propos de la chloroquine —, qu’une simple théâtrocratie, où chaque membre du pays légal joue un rôle, qui n’est même pas toujours le sien, en dehors de toute préoccupation du bien commun. 

On accuse le «  mondialisme  » de la pandémie, oubliant que si, aujourd’hui ce sont les aéroports, dans les siècles passés, c’étaient les ports, qui servaient de point d’entrée. Ce qui est vrai, en revanche, c’est que les politiques, ayant trahi, au profit du seul rationalisme financier, leur raison d’être, à savoir le bien commun des peuples qui leur sont confiés, ont abdiqué devant les conséquences du mondialisme en matière de division internationale du travail et d’ouverture des frontières, faisant de la libre circulation des biens et des personnes un dogme à caractère religieux. Dans le même temps, au nom du même rationalisme financier, ils fermaient des dizaines de milliers de lits d’hôpitaux et fragilisaient les moyens de l’hôpital public tant en personnels qu’en matériels, allant jusqu’à préférer la gestion des stocks en flux tendus, même en matière de santé  !

D’aucuns se demandent déjà si l’Europe institutionnelle survivra au Covid-19 : c’est prendre ses désirs pour la réalité. Certes, le mammouth bruxellois, par lourdeur tant idéologique qu’administrative, a fait preuve de son incurie congénitale. Si certains États, réputés pour la plupart illibéraux, ont su rapidement prendre les décisions qui s’imposaient, c’est qu’ils ont su s’affranchir, en matière d’épidémie comme d’immigration, du poids de l’idéologie. En France, au contraire, les responsables passés et présents du pays légal se serrent déjà les coudes, pour justifier vingt ans de renoncement national et d’impéritie sanitaire. Surtout, ne brisons pas la nécessaire unité nationale ! On connaît le refrain. Et on peut leur faire confiance pour taire la vérité aux goujats que nous sommes !