Les tensions montent entre Chypre et la Turquie

Les tensions montent entre Chypre et la Turquie

Par Guillaume Staub

Se souvient-on encore qu’un des pays membres de l’Union européenne a 39 % de son territoire occupé par une force armée étrangère  ? N’est-ce pas inimaginable ? Et pourtant, cette situation est celle de l’île de Chypre depuis l’invasion turque de 1974 qui vit la partition de son territoire et la création d’une république turque de Chypre du Nord uniquement reconnue par la Turquie. 

Depuis, les conflits sont nombreux et les exactions courantes à l’instar de la récente destruction des mosaïques de l’égliseSaint-Eulalios, dans la partie de Chypre occupée par les Turcs, qui entraîna une déclaration écrite du député européen Costas Mavridis (chypriote) qui dénonce cette situation. De la mêmemanière, en 2007, l’église Sainte-Anastasie à Lapitho fut transformée en hôtel et l’église Saint-Charalampos, dans le village Trimithi, en four à céramiques et cylindres à gaz. 

En ce début d’année, les tensions sont encore montées entre Chypre et la Turquie qui se disputent l’exploitation de gisements d’hydrocarbures en Méditerranée. Pour la Turquie, Chypre est le maillon faible d’une alliance qui s’oppose à l’hégémonie d’Ankara en Méditerranée orientale où elle cherche à conforter son influence et où furent trouvés ces dernières années de nombreux gisements gaziers. Le 16 janvier, le président turc a affirmé que les forages commenceraient «  dès que possible » et ce malgré l’opposition des États-membres de l’Union européenne qui sont parvenus à s’entendre pour sanctionner ces activités. Face à la Turquie, les chefs des gouvernements israélien, chypriote et grec répliquèrent en signant un accord sur le projet de gazoduc EastMed, censé relier les gisements de Méditerranéeorientale au sud de l’Europe ; ce gazoduc devant traverser des zones maritimes revendiquées par Ankara. 

C’est dans ce contexte de fortes tensions que Chypre acommandé des missiles anti-aériens et anti- navires Exocet, qui équiperont une batterie côtière, auprès du géant européenMBDA pour 240 millions d’euros. Cette course à l’armement fut cependant initiée par Ankara qui envoya un premier drone armé à Chypre-Nord (zone occupée) et qui envisagerait de construire également une base navale. Si les tensions continuent de monter, il semble peu probable que la situation puisse dégénérer en conflit armé, la Turquie ayant alors tout à perdre.