Où va la Grèce ?

Où va la Grèce ?

Par Guillaume Staub

«  Τι είδους Ελλάδα θέλουμε  ;  », «  Quel genre de Grèce voulons-nous ?  », demande aux grecs le métropolite de Kissamos et Selinos Amphiloque à la suite de nouveaux bouleversements sociaux en Grèce  : la fête des Trois Hiérarques ne sera plus un jour de congé pour les écoliers grecs.

Si la chose nous semble anodine – à nous qui vivons dans une société tant sécularisée -, il n’en est rien en Grèce où la commémoration des saints rythme la vie du pays et de ses habitants. Les trois saints hiérarques, à savoir saint Basile le Grand, saint Grégoire le Théologien et saint Jean Chrysostome, sont les saints patrons des écoles et de l’éducation nationale pour les fidèles orthodoxes. Leur fête – le 30 janvier -, fut célébrée traditionnellement par un jour de congé pour les écoles de Grèce. Or, le ministère grec de l’éducation nationale a annoncé qu’à partir de cette année, ce jour de congé sera aboli.

Le métropolite profite de cette occasion pour rappeler toutes les réformes sociétales mises en place récemment  : décembre 2015, un projet de loi ouvrant le pacte de vie commune aux couples de même sexe est adopté par le Parlement grec  ; mardi 10 octobre 2017, une loi est votée qui permet de changer de sexe à l’état-civil sans passer obligatoirement par une opération chirurgicale et ce dès 15 ans  ;  autorisation de l’incinération, tentative de séparation de l’Église et de l’État, lois sur l’enseignement des nouvelles religions, etc. Dans bien des domaines, le gouvernement d’extrême gauche d’Alexis Tsipras fit passer la Grèce – en un seul mandat – d’un des pays les plus conservateurs à un des pays les plus progressistes.

Mais cette évolution, non pas tant du pays réel qui reste le même, mais du pays légale et de ses dirigeants, n’est pas uniquement due aux gouvernements d’extrême gauche. La droite de Nouvelle Démocratie (Νέα Δημοκρατία) fit également adopter de telles lois  : en 2009, elle a aboli, par exemple, l’obligation des cours de religion orthodoxe et aujourd’hui, il s’agit de la suppression de ce jour de congé.

C’est d’ailleurs sous le nouveau gouvernement de Kyriakos Mitsotakis (Nouvelle Démocratie), élu le 7 juillet 2019, que la première présidente de Grèce fut élue par les députés par 261 voix sur 300 le mercredi 22 janvier 2020. Cette élection fit largement consensus sur l’échiquier politique et ce de l’extrême gauche à la droite  ; le parti Syriza l’avait même proposée en octobre 2018 pour la présidence du conseil d’État. Cette mère divorcée est réputée pour son progressisme et son combat pour l’environnement, c’est-à-dire qu’elle semble parfaitement convenir aux exigences de la modernité. Se pliera-t-elle aux traditions de la société grecque ou sera-t-elle un nouvel instrument au service de la destruction de ce pays  ? Allons-nous continuer à voir en Grèce «  un pays où tout est détruit, vendu et nivelé au nom d’une prétendue ‘modernisation’ et du ‘progrès’  » (Métropolite Amphiloque)  ?

Source  : Romfea