Abbé Guillaume de Tanoüarn : « L’Église devient comme une sorte d’ONG »

Abbé Guillaume de Tanoüarn : « L’Église devient comme une sorte d’ONG »

Une sta­tue en bronze repré­sen­tant 140 migrants sur une embar­ca­tion a été éri­gée à l’occasion de la 105e jour­née mon­diale du migrant et du réfu­gié. Cette sta­tue a été ins­tal­lée place Saint-Pierre au Vati­can. Cette déci­sion a fait réagir. Cer­tains y voient un très beau signe de fra­ter­ni­té, d’autres au contraire un signe de déma­go­gie. Quel est votre point de vue ?

Je crois que c’est ni la fra­ter­ni­té ni la déma­go­gie que ce groupe sculp­té signi­fie, mais une nou­velle concep­tion de l’Église. L’Église jusqu’à main­te­nant été l’arche du salut pour les indi­vi­dus et les socié­tés. Son rôle, his­to­ri­que­ment dans cette reli­gion de salut qu’est le chris­tia­nisme, est de prê­cher ce salut spi­ri­tuel, ce salut sur­na­tu­rel. Or, beau­coup d’hommes d’Église ont été sen­sibles à la phi­lo­so­phie de Pol­na­reff, vous savez : « on ira tous au para­dis, même moi ». La ques­tion du salut est com­plè­te­ment démo­né­ti­sée aujourd’hui. Par­mi les intel­lec­tuels, elle ne signi­fie plus rien.
C’est la marque de l’insignifiance de sa mis­sion d’origine qui a pous­sé l’Église à deve­nir quelque chose comme une O.N.G., une orga­ni­sa­tion non gou­ver­ne­men­tale, au ser­vice de causes. Ces causes sont choi­sies et il ne me revient pas de juger de la légi­ti­mi­té du choix de cette cause des migrants. Il y a dans ce phé­no­mène beau­coup de détresse et tous les migrants ne sont pas des agres­seurs, même si dans le contexte social actuel ils sont per­çus comme tels, et on peut le com­prendre. La ques­tion n’est pas tel­le­ment le choix de tel ou tel sujet, mais le fait que l’Église soit en quête de sujets aux­quels se dévouer. Ce qu’on appelle en latin ins­tru­men­tum labo­ris, pour le synode ama­zo­nien qui aura lieu à Rome dans quelques jours, c’est exac­te­ment la même démarche avec un autre thème, celui de l’écologie. L’Église se met au ser­vice de la cause éco­lo­gique, comme elle se met au ser­vice de la cause des migrants.

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