You are currently viewing « Lettres d’Ailleurs au Prince qui vient » : Louis XIV au prince Jean de France
||

« Lettres d’Ailleurs au Prince qui vient » : Louis XIV au prince Jean de France

« Mon cher neveu,

Et aus­si pour une part que j’ai trop aimée, mon cher fils, ce que j’ai à vous dire est simple et grave. Mais c’est moi,et moi seul qui puis vous le dire. Vous êtes l’héritier légi­time, le seul héri­tier légi­time du trône de France, au regard des lois de suc­ces­sion, du droit inter­na­tio­nal, du droit interne et du res­pect de mes volon­tés qui ont été déter­mi­nées par le seul inté­rêt de la France et de la paix en Europe.

Quand, j’ai envoyé la chair de ma chair et le sang de mon sang régner sur le Trône d’Espagne, ce fut, à la condi­tion expresse, abso­lue, irré­vo­cable, jurée devant l’Europe entière sur ce que nous avons de plus sacré, que ceux qui deve­naient ain­si les Bour­bons d’Espagne s’attachaient à l’Espagne et, en preuve irré­vo­cable de cet atta­che­ment, renon­çaient, pour eux et pour leurs des­cen­dants, à toute pré­ten­tion à la cou­ronne de France. Ce qui est dit est dit. Ce qui est juré est juré. Le res­pect de la parole don­née, la foi jurée des trai­tés sont les condi­tions pre­mières de la vie natio­nale et inter­na­tio­nale. Nous ne sommes pas de la race de ceux qui renient ou les déchirent comme chif­fon de papier. Nous nous inter­di­sons de reve­nir des­sus. Nul n’a le droit de rendre ses ancêtres parjures.

Depuis la fin de l’ère féo­dale et l’émergence des nations chré­tiennes, les dynas­ties des grandes nations, et de la France en tout pre­mier lieu, sont natio­nales. Ce qui signi­fie qu’elles épousent le sort de leur peuple, qu’elles vivent avec lui, en lui, de ses espoirs et de ses craintes. Elles sont dans le cœur du peuple comme le peuple est pré­sent dans leur cœur. C’est pour que mes enfants servent loya­le­ment l’Espagne que j’ai accep­té qu’ils ne soient plus Fran­çais, espé­rant que par ce sacri­fice, qui n’est pas sans ana­lo­gie avec celui qui fut deman­dé à Abra­ham (…), je ferai d’une Europe d’adversaires une Europe de frères ou de cou­sins, seul façon plau­sible d’en faire une Europe de paix. Mais je savais aus­si, par expé­rience acquise comme par rai­son natu­relle et leçon d’histoire, que chaque famille, chaque nation doit d’abord être maî­tresse chez elle.

La suite