Rede­ker : « Les Fran­çais se livrent aux idoles et méprisent les héros »
This picture taken on October 8, 2018 shows the Pantheon in Paris. (Photo by Ludovic MARIN / AFP)

Rede­ker : « Les Fran­çais se livrent aux idoles et méprisent les héros »

L’ins­crip­tion « Aux grands hommes, la Patrie recon­nais­sante » figure sur la façade du Pan­théon à Paris. LUDOVIC MARIN/AFP

Des parents d’é­lèves et des élus de gauche se sont dres­sés pour empê­cher qu’un lycée, à Car­que­fou, por­tât le nom d’une très grande figure de la Résis­tance, Hono­ré d’Es­tienne d’Orves. En l’oc­cur­rence, la ten­ta­tive de cen­sure – un peu comme Sta­line effa­çant des pho­tos les alliés et com­pa­gnons pas­sés de sai­son – était idéo­lo­gique : cette gauche repro­chait à ce héros ses pen­chants monar­chistes. Ces incultes eussent pré­fé­ré, selon leur aveu, que cet éta­blis­se­ment s’ap­pe­lât lycée Hubert Reeves, ou bien lycée Michel Serres – noms tout à fait esti­mables, conve­nons-en. A Mar­seille, les élus de gauche viennent de refu­ser qu’une place devienne Place Arnaud Bel­trame, au motif que ce nom ris­que­rait de cho­quer une par­tie de la popu­la­tion. Mani­fes­te­ment, la France d’au­jourd’­hui, sur­tout celle de gauche, a du mal avec ses héros. Un constat s’im­pose : cette France se livre sans pudeur aux idoles – des chan­teurs, des spor­tifs, des ani­ma­teurs télé – et fuit les héros, qui ont don­né leur vie pour elle.

Nous vivons le temps des idoles. Des idoles fabri­quées dans des usines affec­tées à cet effet : les indus­tries pla­né­taires du diver­tis­se­ment, dont la télé­vi­sion, la radio, et inter­net, four­nissent les trois prin­ci­paux dis­tri­bu­teurs. Ce sont des idoles bien peu exi­geantes : elles ne dérangent pas notre confort, elles nous endorment, nous ensom­meillant dans la consom­ma­tion pas­sive. La cri­tique pas­ca­lienne du diver­tis­se­ment s’ap­plique : ces idoles nous éloignent du cœur de la vie humaine, de l’im­por­tant, de ce qui dif­fé­ren­cie l’homme des bêtes. La vie humaine n’est pas la vie domes­tique, a noté Han­nah Arendt. Mais c’est quoi, deman­de­ra-t-on, une vie humaine ? C’est une vie dont le but n’est pas la sur­vie, mais la liber­té. Et la liber­té, c’est quoi, conti­nue­ra-t-on ? C’est l’empire sur soi-même, la mise-à-dis­tance de ses envies et dési­rs, la capa­ci­té de renon­ce­ment. Être libre, c’est échap­per à la domi­na­tion des désirs.

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