Fran­co­pho­nie : Macron apôtre, <em>en même temps</em>, du tout-anglais

Fran­co­pho­nie : Macron apôtre, en même temps, du tout-anglais

Sachant qu’en dépit d’un dés­in­té­rêt appa­rent, les Fran­çais sont atta­chés à la dimen­sion inter­na­tio­nale de leur langue, en rai­son même du sta­tut que celle-ci a acquis autant dans la défi­ni­tion de leur iden­ti­té que dans le pres­tige de leur pays, Macron ne pou­vait faire autre­ment que de don­ner un lustre par­ti­cu­lier à la pre­mière jour­née inter­na­tio­nale de la fran­co­pho­nie de son man­dat, le 20 mars. Aus­si est-il allé pro­non­cer à l’Académie fran­çaise un dis­cours sur la place du fran­çais dans le monde et son ave­nir, devant les aca­dé­mi­ciens et 300 jeunes choi­sis on ne sait com­ment. Peu importe. Invi­té, le matin même, dans la mati­nale d’Europe 1, l’a­ca­dé­mi­cien Jean-Chris­tophe Rufin s’est amu­sé des digres­sions de lan­gage habi­tuelles du pré­sident, héri­tage de son pas­sé pro­fes­sion­nel : « Comme beau­coup, il est pri­son­nier du fait que dans cer­tains milieux — notam­ment la banque et l’In­ter­net —, l’an­glais a pris une place consi­dé­rable. Il vient de ces mondes, et for­cé­ment, il en est mar­qué », ajou­tant, non sans iro­nie : « Toutes les conver­sions sont à prendre en compte, même si elles sont tar­dives », et de saluer le « sin­cère désir du pré­sident d’a­voir une grande poli­tique de fran­co­pho­nie ».

Des men­songes éhontés

Y croit-il vrai­ment ? Il est à craindre au contraire que la fran­co­pho­nie ne fasse par­ti­cu­liè­re­ment les frais de la vraie nature du « en même temps » pré­si­den­tiel — un faux prag­ma­tisme cachant un cynisme fon­cier et tota­le­ment déshi­ni­bé. Car les annonces pré­si­den­tielles, en vue de faire du fran­çais la troi­sième langue inter­na­tio­nale (après l’anglais et l’espagnol) la plus par­lée au monde en 2050, dis­si­mulent mal un sta­tut de sou­mis­sion par rap­port à l’anglais qui demeure, pour Macron, la seule langue ayant droit au sta­tut inter­na­tio­nal en ce que c’est la langue du mon­dia­lisme et que le mon­dia­lisme est l’horizon indé­pas­sable de notre gol­den boy.  Il a ava­li­sé le recul du fran­çais non seule­ment dans les domaines éco­no­mique et scien­ti­fique – si bien que le fran­çais ne peut plus appa­raître comme langue de l’innovation – mais éga­le­ment au sein des ins­tances inter­na­tio­nales et de l’Union euro­péenne, tout en encou­ra­geant même sa dis­pa­ri­tion comme langue diplo­ma­tique par sa pra­tique indigne de l’anglais dans les visites offi­cielles. Pour Macron — nous retrou­vons le « en même temps » et son cynisme —, par­ler anglais aide­rait même la fran­co­pho­nie ! « Je n’hé­site jamais à m’ex­pri­mer à la fois en fran­çais et en anglais, sur des scènes inter­na­tio­nales, devant des milieux d’af­faires. Je pense que ça ren­force la fran­co­pho­nie de mon­trer que le fran­çais n’est pas une langue encla­vée, mais une langue qui s’ins­crit dans le plu­ri­lin­guisme. Je consi­dère que c’est la bonne gram­maire pour défendre le fran­çais par­tout dans les enceintes inter­na­tio­nales », assure-t-il, avant d’a­jou­ter : « Je ne fais pas par­tie des défen­seurs grin­cheux ». Ne cher­chez pas à savoir ce que signi­fie ici « gram­maire », der­nier mot à la mode pour dire « méthode ». Mais oser affir­mer que le simple fait de par­ler fran­çais, c’est encla­ver notre langue et que pra­ti­quer le tout-anglais favo­ri­se­rait … la place du fran­çais dans le monde en fai­sant preuve de plu­ri­lin­guisme — un plu­ri­lin­guisme dont ne se sou­cient guère les anglo-saxons qui semblent tout à fait satis­faits de l’enclavement de leur langue —, seul Macron pou­vait oser une telle énor­mi­té, assé­née avec un tou­pet aus­si can­dide. Il ne recule devant aucun men­songe, fût-il le plus éhon­té : c’est mal­heu­reu­se­ment sa force. C’est aus­si sa fai­blesse pour qui perce à jour son cynisme.

Un sta­tut de langue régionale

C’est en fait un sta­tut de langue régio­nale que Macron des­tine au fran­çais Car cet ambas­sa­deur de la langue de l’oligarchie —  il n’a cure éga­le­ment de l’anglais : c’est le patois du monde des affaires qui l’intéresse — n’a qu’un seul objec­tif : endor­mir l’égo des Fran­çais en fai­sant du fran­çais la pre­mière langue afri­caine — et par contre­coup favo­ri­ser l’africanisation à venir de la France — tout en réser­vant, dans le reste du monde, le fran­çais aux classes moyennes supé­rieures qui ver­ront son appren­tis­sage par leurs reje­tons comme un « plus » qu’elles ne favo­ri­se­ront que tant que ce sera à la mode. Sa volon­té de dou­bler le nombre d’élèves en écoles fran­çaises à l’étranger manque d’ambition tout en cou­vrant un men­songe : jamais ces écoles n’ont vu leurs moyens  fondre autant que depuis l’arrivée de Macron à l’Elysée ! Une poli­tique offen­sive ne consis­te­rait pas à y dou­bler mais à y décu­pler le nombre d’élèves, tout n’étant qu’une ques­tion de prio­ri­té. Mais la fran­co­pho­nie, pour Macron, qui a sup­pri­mé tout poste minis­té­riel affé­rent, doit sur­tout viser à favo­ri­ser l’invasion migra­toire. D’où les moyens pro­mis, et on peut sup­po­ser que cette pro­messe-là sera tenue, amé­lio­rant l’apprentissage du fran­çais par de pseu­do-réfu­giés qui n’ont pour­tant pas voca­tion à res­ter sur le territoire.

Défendre le fran­çais contre l’Élysée

Par ailleurs il serait temps que nous ces­sions de nous dis­cul­per de mener, via la fran­co­pho­nie, une poli­tique colo­niale et de jus­ti­fier la défense du fran­çais par celle du plu­ri­lin­guisme ! Je ne sache pas que les Bri­tan­niques s’excusent à tout bout de champ de la place de l’anglais dans leurs anciennes colo­nies, ou dans les ins­tances inter­na­tio­nales, même celles qu’ils s’ap­prêtent à quit­ter ! La défense du fran­çais se suf­fit à elle-même. La fran­co­pho­nie va souf­frir davan­tage encore durant les pro­chaines années car, à l’indifférence de Sar­ko­zy ou de Hol­lande, a suc­cé­dé, à l’Elysée, une hos­ti­li­té décla­rée au sta­tut inter­na­tio­nal de notre langue. Il convient de lut­ter pied à pied pour la place du fran­çais dans le monde, quitte à paraître grin­cheux ou enclavés.

Fran­çois Marcilhac