La France contre la République 2.0

Critique élogieuse d’un livre signé Adrien Abauzit.

Dans un article célèbre publié en 2004 dans Le Figaro, Jean Raspail soutenait que la France avait été « trahie par la République  ». Une fois de plus, l’auteur du prophétique Camp des saints voyait juste  : les «  valeurs  » républicaines ne peuvent s’accommoder de la «  patrie  » française. Seulement, le texte était bien court et pouvait laisser sur sa faim  ; une idée, une formule, mais point de démonstration. Plus d’une décennie plus tard, l’avocat et essayiste Adrien Abauzit s’est chargé de monter le dossier «  France c/ République  ». Et le moins que l’on puisse dire c’est que les preuves sont accablantes.

Soucieux de bien rappeler les faits reprochés à la Gueuse, l’auteur consacre plus des deux tiers de l’ouvrage à des développements historiques souvent inspirés par la lecture d’Augustin Cochin. Il souligne ainsi avec enthousiasme les grandeurs de la monarchie française au Moyen Âge, mais c’est surtout sur la naissance et le triomphe de l’«  Antifrance  » que sa plume s’attarde. La frise est assez simple à suivre  : l’humanisme a tracé la voie vers les Lumières  ; les Lumières ont donné naissance à la Révolution dite «  française  »  ; la Révolution a engendré une nouvelle nation dans la nation. Cette nouvelle nation, qualifiée de «  jacobine  » et dont la gauche politique constitue le sanctuaire, a pour objectif la disparition de l’anthropologie française afin de favoriser l’émergence d’un «  nouvel Adam  » républicain. D’où, par exemple, sa haine profonde pour le maréchal Pétain et son expérience politique contre-révolutionnaire pour lesquels Adrien Abauzit peine à cacher son admiration. D’où surtout, tous les maux qui frappent aujourd’hui la société française  : déchristianisation, américanisation, immigration tiers-mondiste, émigration «  de souche  », incitation au métissage, mémoricide, avortement, etc. «  La France est au bord du précipice  », écrit avec gravité l’avocat  ; «  divisée contre elle-même, éclipsée par l’astre républicain, elle paraît condamnée à poursuivre sa décomposition sans que rien ni personne ne soit en mesure de lui faire quitter les rails du mondialisme  ».

Les réseaux en ligne, instrument de refrancisation

Toutefois, loin de sombrer dans la nostalgie ou le déclinisme, Adrien Abauzit reste plein d’espoir pour l’avenir. Pourquoi  ? En raison de l’émergence d’une «  nouvelle opinion publique  » sur Internet. Face aux contradictions des médias institutionnels, un nombre important de Français, souvent jeunes, utilisent la Toile comme outil de réinformation. Ce faisant, parfois même sans s’en rendre compte, ils prennent conscience de leur identité réelle et de la tartufferie républicaine  ; en un mot  : ils se «  refrancisent  ». Une minorité de ces débranchés de la matrice deviendront des militants politiques. Pour les autres, Adrien Abauzit suggère qu’ils quittent les grandes villes pour vivre à la campagne (ou dans le périurbain) afin de créer une contre-société  ; jusqu’au jour où une jonction se fera naturellement entre ces nouveaux corps intermédiaires et une partie des élites, trop soucieuses de conserver le peu qui leur restera face à la démographie galopante et à l’agressivité de certaines populations.

Bien du chemin a donc été parcouru depuis le précédent ouvrage de l’auteur, Né en 1984, encore teinté d’une certaine dose de républicanisme. Parfois avec humour, toujours avec cohérence, Adrien Abauzit se veut le porte-parole d’une génération sacrifiée et le héraut d’un nationalisme intégral du XXIe siècle  : jeune, lucide, connecté, décomplexé et, plus que jamais, français.

Arthur Delarbre