Recom­po­si­tions

Recom­po­si­tions

La recom­po­si­tion de la classe poli­tique ne fait que com­men­cer, en ce début d’an­née 2018. À gauche, le Par­ti socia­liste voit chaque jour un nou­veau can­di­dat se décla­rer pour le pro­chain congrès qui devrait dési­gner, en avril, à Auber­vil­liers, le nou­veau Pre­mier secré­taire. Najat Val­laud-Bel­ka­cem ayant renon­cé à se pré­sen­ter et s’é­tant, comme son clone du centre-droit, Natha­lie Kos­cius­ko-Mori­zet, reti­rée pro­vi­soi­re­ment de la vie poli­tique, la dépu­tée Del­phine Batho est pour l’heure la seule femme, aux côtés des dépu­tés Oli­vier Faure et Luc Car­vou­nas, de Sté­phane Le Foll, dépu­té et ancien ministre, et d’Em­ma­nuel Mau­rel, dépu­té euro­péen, avant que Julien Dray, dino­saure mit­ter­ran­dien, ne fran­chisse bien­tôt lui aus­si le pas, à pré­tendre à la direc­tion d’une orga­ni­sa­tion qu’il serait pré­ma­tu­ré de décla­rer mori­bonde. Si le PS est dans cet état, c’est non pas parce que la tra­di­tion sociale, laïque et répu­bli­caine de gauche, qu’il était cen­sé incar­ner, est morte, mais bien parce qu’il n’a plus su la repré­sen­ter, s’é­tant conten­té, de 2012 à 2017, de gérer les affaires cou­rantes pour Bruxelles et Mme Mer­kel. Le mariage pour tous, c’est bien maigre comme bilan, quand l’in­dus­tria­li­sa­tion du pays conti­nue de s’ef­fon­drer, le chô­mage d’aug­men­ter, la pau­vre­té de s’ag­gra­ver, l’im­mi­gra­tion et l’in­sé­cu­ri­té de peser tou­jours davan­tage sur le pays réel. 

La voca­tion de l’Ac­tion française

Il est vrai que le Par­ti socia­liste a connu d’autres creux dans son his­toire : Gas­ton Def­ferre fait 5 % – moins qu’­Ha­mon en 2017 – à la pré­si­den­tielle de 1969, ce qui n’empêche pas, douze ans plus tard, Mit­ter­rand de suc­cé­der au cen­triste Gis­card. Or douze ans, à l’é­chelle de l’his­toire d’un pays, ce n’est rien, ou presque. Du moins lorsque la nation n’est pas mena­cée d’une dis­pa­ri­tion pro­gram­mée. Ou qu’elle n’a pas à affron­ter un tra­gé­die natio­nale. Dans le cas contraire, c’est beau­coup. Beau­coup trop ! En disant cela, nous ne pen­sons évi­dem­ment pas au temps néces­saire au PS pour se refaire, puisque les patriotes que nous sommes n’at­tendent rien de lui : inter­na­tio­na­liste, euro­péiste, immi­gra­tion­niste, socié­ta­liste, com­mu­nau­ta­riste, éco­lo­giste au sens le plus déma­go­gique du terme, dépour­vu de tout pro­jet indus­triel pour la nation, le PS n’a, d’une cer­taine façon, pas besoin de se refaire puisque son pro­gramme est appli­qué à la tête de l’É­tat. Et que sa ten­dance libé­rale-liber­taire, deve­nue majo­ri­taire en son sein depuis 2005 – le débat sur le trai­té consti­tu­tion­nel euro­péen fut déci­sif en la matière – a fait sa mue dans cette Répu­blique en marche qui a réus­si à conci­lier son pro­jet avec celui d’un centre qui lui a tou­jours fait les yeux doux. Macron a réus­si ce que Valls a lamen­ta­ble­ment échoué à réa­li­ser : la créa­tion d’une force cen­tri­pète neu­tra­li­sant une gauche et une droite de convic­tion. Tel avait été le pro­jet de Gis­card en 1974, mais celui-ci dépen­dait encore trop de l’é­lec­to­rat gaul­liste pour pou­voir voler de ses propres ailes, ce que Chi­rac lui a rap­pe­lé tout d’a­bord en démis­sion­nant en 1976 puis en le fai­sant battre en 1981. Las pour la droite ! C’est Chi­rac qui, ensuite, fai­sant une poli­tique de centre après avoir suc­cé­dé à Mit­ter­rand, en tra­his­sant – une voca­tion chez lui – les espoirs que la cam­pagne menée sur le thème de la frac­ture sociale avait sus­ci­tés, a lui-même scié la branche sur laquelle il était assis en se cou­pant de son élec­to­rat popu­laire de droite et en offrant au centre l’hé­gé­mo­nie. En quelque sorte, c’est Chi­rac qui a réa­li­sé le plan de Gis­card, l’im­pos­ture sar­ko­zyste n’ayant réus­si que pro­vi­soi­re­ment à frei­ner la pro­gres­sion d’un FN qui recueillait les déçus de la droite par­le­men­taire tout autant que ceux de la gauche.

Telle est la situa­tion dont Wau­quiez hérite, au len­de­main d’une élec­tion tout à fait hono­rable à la tête des Répu­bli­cains : la recom­po­si­tion annon­cée du mou­ve­ment à droite voit les barons du cen­trisme par­tir ou se mettre en congé les uns après les autres. Le der­nier en date : le Macron-com­pa­tible Jup­pé qui vient d’an­non­cer qu’il ne paie­ra pas sa coti­sa­tion l’an­née pro­chaine. Nous nous deman­dions dans un pré­cé­dent édi­to­rial si le cos­tume ne serait pas trop grand pour Wau­quiez : à savoir s’il com­pren­drait que ces départs sont, pour lui, la chance his­to­rique de rompre défi­ni­ti­ve­ment avec le chi­ra­quisme, dont l’im­passe poli­tique a fini d’é­car­ter la droite par­le­men­taire du retour aux affaires. Il est évi­dem­ment encore trop tôt pour le dire, et une nomi­na­tion mal­adroite ici ou là (notam­ment celle du cen­triste et déplo­rable Leo­net­ti à la tête du Conseil natio­nal du mou­ve­ment, lequel déter­mine, dans l’in­ter­valle des ses­sions du Congrès, les orien­ta­tions poli­tiques) n’au­gure rien de bon sans tou­te­fois hypo­thé­quer l’avenir. 

Un bou­le­vard devant Wauquiez

C’est que Wau­quiez, entre un PS inau­dible au moins jus­qu’en mai pro­chain, une France insou­mise qui se dis­cré­dite devant les Fran­çais en deve­nant le canal poli­tique, au Par­le­ment, de l’is­la­mo-gau­chisme et un Front natio­nal qui s’a­bîme dans des consi­dé­ra­tions nom­bri­listes plu­tôt que de por­ter la voix du pays réel – seule Emma­nuelle Ménard, qui n’a du reste pas sa carte au FN, est acti­ve­ment pré­sente à l’As­sem­blée –, oui, Wau­quiez a devant lui un bou­le­vard, s’il le veut, pour recréer un grand mou­ve­ment de droite popu­laire. Car la ques­tion n’est pas déjà, ni peut-être du tout, de savoir si, à terme, il convient de parier pour une alliance, au moins élec­to­rale, entre la droite par­le­men­taire et un FN réno­vé. La ques­tion est de savoir si Wau­quiez sau­ra prendre sa part de l’es­sen­tiel, à savoir dans la renais­sance d’une droite de convic­tion, c’est-à-dire qui n’ait plus honte d’elle-même, et d’a­che­ver ain­si le cycle né, il y a cin­quante ans, avec 1968. Il a tou­jours exis­té, à droite, et c’est heu­reux, dif­fé­rentes sen­si­bi­li­tés – plus ou moins sociales, éta­tistes, conser­va­trices –, mais toutes doivent s’ap­puyer sur un même socle : indé­pen­dance de la nation, res­pect de la loi natu­relle, s’a­gis­sant notam­ment de la famille, par­tage d’une même culture fon­dée sur plus de quinze siècles de chris­tia­nisme. Face à la poli­tique mor­ti­fère de Macron, dont l’embellie dans les son­dages ne fait que tra­duire le vide actuel de la vie poli­tique fran­çaise, il est néces­saire de créer une dyna­mique patrio­tique forte : les pré­oc­cu­pa­tions poli­ti­ciennes vien­dront prendre leur part du phé­no­mène – et le déna­tu­rer – bien assez tôt. L’es­sen­tiel est de créer cette dyna­mique, pour chan­ger la donne poli­tique, condi­tion du renou­veau. Savoir se his­ser au niveau des inté­rêts vitaux de la nation est la marque des hommes d’É­tat. Mal­heu­reu­se­ment, il n’est pas cer­tain que la Répu­blique, qui en a évi­dem­ment déjà four­ni dans son his­toire, soit encore capable de le faire. 

Nos princes tou­jours par­mi nous

Nous disions plus haut qu’il avait fal­lu douze ans au Par­ti socia­liste pour renaître au siècle der­nier. Nous ne sommes pas cer­tain q les patriotes aient encore douze ans devant eux pour agir : que sera la France en 2030 ? Quel visage lui auront don­né l’Eu­rope, l’im­mi­gra­tion, le com­mu­nau­ta­risme, le renie­ment de sa culture, les réformes socié­tales, son déclin indus­triel et agri­cole ? Les roya­listes ne sont pas de meilleurs patriotes que les répu­bli­cains ; ils sont des patriotes plus consé­quents. Défi­nis­sant la monar­chie comme le natio­na­lisme inté­gral, ils ont com­pris que c’est en écar­tant le pou­voir suprême de la com­pé­ti­tion qu’on assure au pays les condi­tions de l’in­dé­pen­dance et de la pros­pé­ri­té – la seconde n’al­lant pas sans la pre­mière. Or nos princes, des­cen­dants des qua­rante rois qui en mille ans ont fait la France, sont tou­jours par­mi nous. Ils ne demandent qu’à ser­vir, puisque c’est leur rai­son d’être. Ce serait folie que de ne pas faire appel à eux. L’Ac­tion fran­çaise en tout cas n’a pas d’autre voca­tion que d’en convaincre les Français.

Fran­çois Marcilhac