Quelles perspectives pour la Palestine  ?

Quelles perspectives pour la Palestine  ?

Rencontre avec deux personnalités palestiniennes. Tandis que Nabil Shaath  témoigne d’un optimisme raisonné, Hind Khoury craint une guerre dans la région.

L’histoire de la Palestine est marquée par une kyrielle d’années s’achevant par le chiffre 7  : 1917 avec la déclaration Balfour créant un foyer national juif  ; 1947 avec le plan de partage décidé par les Nations unies  ; 1967 où la guerre des Six Jours redessine les frontières  ; 1987 et la première Intifada  ; 2007, l’année du blocus de Gaza.

C’est autour d’une autre date, celle de la mort d’Arafat à Paris le 11 novembre 2004, qu’on a vu arriver deux personnalités palestiniennes  : Nabil Shaath, ancien ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne, en visite à Bruxelles, et Hind Khoury, ancienne ministre chargée de Jérusalem, retrouvant Paris où, de 2006 à 2010, elle représenta son gouvernement. Nous les avons rencontrés l’un et l’autre et les avons interrogés.

La Terre sainte réduite à Israël

Nabil Shaath est venu informer la Commission de Bruxelles à propos de la réconciliation entre le Hamas et le Fatah. Il témoigne d’un optimisme raisonné et critique. «  Il y a désormais un gouvernement. Il y aura prochainement une élection présidentielle. Les Gazaouis ont accueilli la nouvelle avec joie  !  » Une joie qui n’occulte pas pour autant le contexte. «  Si le Hamas s’est senti obligé de revenir vers ses frères, c’est parce que, dans la région, les islamistes ont perdu beaucoup de leur influence. Et cela n’empêche pas certains de continuer à prôner un État islamiste avec la charia pour loi. Mais l’Égypte est à nos côtés pour contrôler la promesse et assurer la médiation.  » La réconciliation ne plaît pas aux Israéliens sans pour autant qu’ils mettent leur veto. Mais parallèlement, selon Nabil Shaath, ils ont augmenté de 400  % les implantations en Cisjordanie et captent 93  % des ressources aquatiques.

Ce que nous a confirmé Hind Khoury. Laquelle souligne combien Israël s’efforce de réduire comme peau de chagrin l’attribution de logements aux Palestiniens à Jérusalem. Actuellement, on compte 44  % des Juifs établis à Jérusalem-Est, c’est-à-dire dans la ville arabe. Sur l’ensemble de la Cisjordanie, les colonies s’accroissent ainsi que l’infrastructure permettant aux colons de la traverser sans rencontrer un seul Palestinien. Désormais, il est des tours-opérateurs qui agissent de même. Ainsi, des touristes venant en Terre sainte en reviennent en n’ayant vu pratiquement qu’Israël. Hind Khoury relate combien les checkpoints se muent en véritables frontières. De plus en plus, relève-t-elle, «  la question palestinienne se voit marginalisée  ». Elle fait part de son inquiétude devant les deux pôles qui se dessinent et s’opposent dans le monde arabe. D’où la crainte exprimée qu’une telle situation «  laisse prévoir une guerre dans la région  ».

Charles-Henri Brignac