Le roi, un espoir pour la Libye

Le roi, un espoir pour la Libye

Dans un pays en proie aux factions, l’idée d’un retour à la monarchie semble faire son chemin.

Depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye a sombré dans l’anarchie politique et reste otage des nombreuses factions militaires qui se disputent la succession du Guide de la Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste. Avec un État divisé en trois provinces (Tripolitaine, Cyrénaïque et Fezzan) où chacune tente de s’imposer ethniquement, le gouvernement d’union nationale du président du Conseil Fayez el-Sarraj a finalement conclu à Paris, ces derniers jours, un accord de réconciliation et de cessez-le feu avec son principal opposant, le maréchal Khalifa Belqasim Haftar.

Une alternative crédible

Le 24 décembre 1951, sous l’égide de la Grande-Bretagne et de la France, qui occupèrent conjointement le pays après la Seconde Guerre mondiale, le royaume de Libye avait obtenu son indépendance. Chef de la Confrérie soufie, le prince Idriss Ier El-Senoussi fut alors choisi pour ceindre une couronne qu’il perdit lors du coup d’État de septembre 1969 au profit du régime ubuesque du colonel Kadhafi. Des voix s’élèvent désormais afin de réclamer le retour de la monarchie dans cette partie de l’Afrique du Nord. Bien qu’ordinairement silencieuse, la maison royale bénéficie de nombreux soutiens parmi la population et la classe politique dont certains souhaitent son retour au pouvoir. Une solution qui permettrait, selon eux, de juguler la montée de l’islamisme dans le pays et d’assurer la stabilité économique de la Libye dont la porosité des frontières a permis à des centaines de milliers de migrants de pénétrer en Europe par voie maritime. En 2014, déjà, le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Abdelaziz, avait confirmé que l’option monarchique «  faisait son chemin et était étudiée par les milieux politiques du pays  ». Plus la situation devient complexe face aux nombreux seigneurs de la guerre qui se multiplient, plus les partisans de la monarchie se font entendre. Invité à s’exprimer au Parlement européen, peu après le déclenchement de la révolution qui avait très rapidement adopté le drapeau de l’ancienne monarchie comme symbole, le prince héritier, Mohammed Senoussi, s’était engagé à «  faire tout son possible pour créer un État démocratique  ». La Cyrénaïque avait même porté à la tête de la province, durant deux ans, un membre de la maison royale, le prince Ahmed Zoubaïr. Avant que les luttes intestines ne ruinent tout projet de retour à la monarchie. La semaine dernière, plus de six cents délégués et chefs de tribus ont été appelés par le «  mouvement national pour le retour à la légitimité constitutionnelle  » à se réunir dans la ville berbère de Gharyan afin de tenter de mettre en place un référendum sur cette question.

La maison royale divisée

Bien qu’elle ne participe pas à cette conférence, la maison royale reste toutefois divisée sur le choix d’un prince pour occuper le trône vacant. Face à Mohammed Senoussi, cinquante-cinq ans, son cousin Idriss, sexagénaire, revendique également la succession royale. Lors d’une conférence de presse à Tunis, le 7 septembre, il s’est posé en alternative au pouvoir actuel, proposant aux Libyens un projet de rétablissement de la monarchie constitutionnelle qui satisferait aux exigences fédéralistes de tous. À moins que les partis politiques ne finissent par installer au pouvoir Seif El-Islam Kadhafi, le fils de l’ancien dictateur, devenu involontairement le joker des différentes milices armées qui gardent jalousement les différentes usines de pétrole, principale ressource du pays.

Frédéric de Natal