Fran­çois Bel-Ker : « Nos actions visent à ins­tal­ler nos idées dans la rue »

Fran­çois Bel-Ker : « Nos actions visent à ins­tal­ler nos idées dans la rue »

Des ter­ro­ristes en herbe ont été inter­pel­lés der­niè­re­ment. Leur chef de file, Logan Nisin, avait mili­té quelque temps dans les rangs de l’Ac­tion fran­çaise. Fran­çois Bel-Ker, secré­taire géné­ral du mou­ve­ment, revient sur cette affaire.

Qui est Logan Nisin ? Quel sou­ve­nir a‑t-il lais­sé de son pas­sage à l’Ac­tion fran­çaise ? Celle-ci est-elle tou­jours concer­née par cette affaire ?

Logan Nisin a rejoint l’AF en fin d’an­née 2015. Durant son bref pas­sage dans notre mou­ve­ment (dans la sec­tion de Pro­vence), « le jeune homme se sent pous­ser des ailes pour s’ins­crire en socio­lo­gie, puis en droit » (Le Monde, 19 octobre 2017). Très intro­ver­ti en public et très loquace en pri­vé, pré­sent lors d’ac­tions mais mon­trant peu d’in­té­rêt pour les études, il ne par­ti­cipe pas à l’ef­fer­ves­cence col­lec­tive et finit par par­tir de lui-même. Il évoque comme rai­son à son départ le fait que notre mou­ve­ment serait « trop poli­tique », « trop consen­suel » et « pas assez extrême dans l’ac­tion ». Il rompt de trois manières avec l’AF : pre­miè­re­ment, doc­tri­na­le­ment, par son dés­in­té­rêt pour les ques­tions ins­ti­tu­tion­nelles et sa nos­tal­gie de régimes fac­sistes ; deuxiè­me­ment, phy­si­que­ment, par son départ de l’AF en juin 2016 ; et troi­siè­me­ment, par la méthode, du fait de son pro­jet de pas­sage à l’acte que nous avons appris par les médias et de son admi­ra­tion pour Anders Brei­vik. Rap­pe­lons cepen­dant les pro­pos de Gérard Col­lomb sur France Info : « Ce n’é­tait pas la bande la plus sérieuse qu’on ait arrê­tée ces der­niers temps. » Dans le cas d’une menace réelle, la DGSI aurait opé­ré des per­qui­si­tions et des fer­me­tures admi­nis­tra­tives auraient déjà été déci­dées. Il s’a­vère que l’Ac­tion fran­çaise n’a rien à voir avec cette triste et sotte his­toire. La chro­no­lo­gie est élo­quente à cet effet. Le moment où Logan a été à l’AF a été le seul où il a com­men­cé à se struc­tu­rer, au contact de nos mili­tants, en sui­vant un cur­sus en fac. Mal­heu­reu­se­ment, il n’a pas per­sé­vé­ré. Il a quit­té l’AF en milieu d’an­née 2016 avant d’a­che­ter ses pre­mières armes en décembre de la même année – soit six mois après son départ – et de par­tir, selon Le Monde, pour le Front natio­nal. Par ailleurs, l’AF ne connaît pas les huit sus­pects qui ont été inter­pel­lés dans le cadre de cette affaire ; ils n’ap­par­tiennent pas à notre mou­ve­ment et ne sont pas connus de celui-ci.

Pen­sez-vous que l’o­pi­nion ait com­pris que l’AF n’é­tait pour rien dans cette gro­tesque his­toire d’at­ten­tat ?

L’o­pi­nion qui s’est inté­res­sée de près à l’af­faire l’a bien com­pris, oui, dans la mesure où si elle s’y inté­resse, c’est qu’elle sait où cher­cher, confron­ter les dif­fé­rents points du vue et faire les dis­tin­guos néces­saires – je parle des gens intel­lec­tuel­le­ment hon­nêtes, pas de ceux convain­cus d’a­vance. Pour les autres, ils ont déjà oublié ce que signi­fie l’a­cro­nyme AF… Nous conti­nuons à roya­li­ser le pays.

L’AF dit mettre « la vio­lence au ser­vice de la rai­son » ; cette devise ne peut-elle pas être prise pour une inci­ta­tion à toutes les dérives ?

Cette devise des came­lots du Roi a été créée au début du siècle der­nier par le menui­sier et com­mis­saire d’AF Lucien Lacour. Il s’a­git de contex­tua­li­ser cette vio­lence en pre­nant en compte que celle-ci n’a jamais été uti­li­sée de manière inap­pro­priée mais uni­que­ment comme réponse aux attaques par­ti­cu­liè­re­ment vio­lentes que l’AF a subies ; des attaques per­pé­trées dès sa fon­da­tion par les pou­voirs en place et les groupes d’op­po­si­tion : assas­si­nats et atten­tats. Selon le poli­to­logue Jean-Yves Camus, inter­ro­gé par RTL, l’AF « est à dix mille kilo­mètres du fait de prô­ner l’u­sage de la vio­lence, elle en appelle au retour du roi ». Les ligueurs et came­lots du Roi n’ont aucun mort sur la conscience parce que nous voyons la nation avant tout comme une ami­tié. L’a­mi­tié est un concept maur­ras­sien, pas la haine. La vio­lence gra­tuite et aveugle n’a jamais eu lieu d’être à l’AF. Nous pra­ti­quons le cha­hut ou répli­quons en état de légi­time défense : nos actions visent à ins­tal­ler nos idées dans la rue, au plus près de nos conci­toyens.

« Ultra-droite », « extrême-droite »… Pour­quoi l’AF, école de pen­sée orga­ni­sée, est-elle assi­mi­lée à n’im­porte quel grou­pus­cule fas­cis­toïde ?

Ces vocables ne sont que des élé­ments de lan­gage visant à mar­gi­na­li­ser une pen­sée et les Fran­çais qui s’en réclament. Le monde poli­tique est en émoi per­ma­nent car il n’ar­rive plus à suivre le flot conti­nu des infor­ma­tions. Une France à deux vitesses s’ins­talle avec d’un côté le pays réel et de l’autre le pays légal qui, fébrile, essaie de mar­gi­na­li­ser une France et des Fran­çais que les élites répu­bli­caines ne sont plus en capa­ci­té de com­prendre. Il suf­fit de voir le taux d’abs­ten­tion lors des élec­tions ou la frac­ture entre les par­le­men­taires et le peuple sur les grands enjeux poli­tiques et socié­taux (réfé­ren­dum de 2005 sur la Consti­tu­tion euro­péenne, mariage pour tous). Le pays réel est vic­time d’un gou­ver­ne­ment inca­pable de voir l’in­té­rêt supé­rieur de la nation.

L’Ac­tion fran­çaise a appe­lé à voter, au pre­mier tour de l’é­lec­tion pré­si­den­tielle, pour l’un des quatre can­di­dats qui vou­laient dénon­cer les trai­tés euro­péens, comme M. Mélen­chon. On ne peut pas dire qu’il ait la recon­nais­sance du ventre ! Se sent-il mena­cé par l’AF, dont il réclame la fer­me­ture du local à Mar­seille ?

Nous avons dit que le seul vote pos­sible était pour des can­di­dats se décla­rant sou­ve­rai­nistes ou euros­cep­tiques. Jean-Luc Mélen­chon en fai­sait par­tie. L’Ac­tion fran­çaise per­pé­tue sa volon­té d’in­car­ner l’in­té­rêt natio­nal au-delà des enjeux par­ti­sans et des cli­vages impo­sés par la Répu­blique. Loin de toute naï­ve­té, nous notons que M. Mélen­chon a une exis­tence poli­tique condi­tion­née par des coups d’é­clat per­ma­nents. Il cherche aujourd’­hui à exis­ter à tra­vers nous, à se don­ner à peu de frais une visi­bi­li­té média­tique et une répu­ta­tion de rem­part contre ce qu’il consi­dère comme l’ex­trême droite. Notre local dans les Bouches-du-Rhône est sur la cir­cons­crip­tion du dépu­té Mélen­chon, où la lutte entre mili­tants roya­listes et ultra-gauche est quo­ti­dienne. Cap­tif de son élec­to­rat d’ex­trême gauche, il déclare dans sa der­nière revue de la semaine que « les anti­fas­cistes mar­seillais […] sont des frères » et s’offre une audience à bon compte. Regret­tons-nous de l’a­voir défen­du lors­qu’il s’op­po­sait à l’U­nion euro­péenne ? Non, car nous ne sou­te­nons nul­le­ment Mélen­chon dans nos prises de posi­tion mais l’in­té­rêt natio­nal en toute cir­cons­tance. Toutes les oppo­si­tions à l’Eu­rope de Bruxelles seront défen­dues par l’AF sans esprit de cli­vage. Là où les par­tis cla­que­murent, nous don­nons tou­jors la prio­ri­té au bien com­mun qui, par essence, est au-delà des par­tis.

Pour­quoi dénon­cez-vous un « deux poids, deux mesures » dans le dis­cours de la France insou­mise ?

Lors­qu’une bombe arti­sa­nale a explo­sé au local de l’AF Mar­seille, rue Nava­rin, en juillet der­nier, que nos mili­tants ont été agres­sés à dif­fé­rentes reprises, dans sa propre cir­cons­crip­tion, Mélen­chon ne s’est pas expri­mé ; il n’a pas dénon­cé de tels agis­se­ments, ni n’a deman­dé l’in­ter­dic­tion d’un groupe ou la fer­me­ture des lieux de ren­dez-vous de l’ul­tra-gauche. Les dépu­tés de la France insou­mise, tels M. Ber­na­ci­lis et Mme Obo­no, refusent la fer­me­ture de mos­quées sala­fistes au nom de la liber­té d’ex­pres­sion alors que leur par­ti sou­tient la fer­me­ture admi­nis­tra­tive de notre local mar­seillais. Fati­ha Boud­jal­hat, ancien secré­taire géné­ral à l’é­du­ca­tion du MRC, s’é­tonne de cette dis­pa­ri­té de trai­te­ment et convient que « le trouble à l’ordre public pro­vient des pro­vo­ca­tions des anti­fas ». Cette stra­té­gie de la ten­sion n’en­tame en rien le dévoue­ment extra­or­di­naire de nos mili­tants, prin­ci­pa­le­ment celui des Pro­ven­çaux. Notre déter­mi­na­tion est intacte et nous ne nous lais­se­rons pas détour­ner de notre objec­tif poli­tique prin­ci­pal : res­tau­rer la sou­ve­rai­ne­té de notre pays.