Elle a tué Marius Plateau

France Culture a consacré une émission à Germaine Berton, qui assassina Marius Plateau, chef des camelots du Roi, en janvier 1923.

Le chant des camelots du Roi a retenti sur France Culture le 29 août 2017. Sa diffusion ponctuait une émission de cinquante-deux minutes mettant à l’honneur Germaine Berton, l’assassin de Marius Plateau. Militante anarchiste, elle avait seulement vingt ans quand elle commit son crime (mais elle avait déjà tenté de se donner la mort). Sans doute avait-elle été inspirée par un imaginaire forgé dès l’enfance  : à l’école, elle s’était amusée à mettre en scène le procès de Louis XVI, allant jusqu’à reconstituer sa décapitation. Quant aux horreurs de la guerre, elles avaient nourri son anti-militarisme.

Redoutable adversaire

En ce début d’année 1923, Germaine Berton prend d’abord pour cible Léon Daudet – «  l’ennemi le plus acharné de la classe ouvrière et aussi l’ennemi de la République,  », selon ses propres dires. «  Elle lui en veut énormément de soutenir l’idée d’occuper la Ruhr à nouveau, donc de rallumer finalement le conflit avec l’Allemagne  », explique Anne Steiner  ; en outre, «  elle le rend responsable de l’assassinat de Jaurès  ». Finalement, c’est vers Marius Plateau qu’elle va braquer son arme. Ce faisant, explique Olivier Dard, Germaine Berton pense «  qu’au fond elle exécute un deuxième couteau, mais en réalité elle porte un coup très important à l’Action française  ». Celle-ci est alors «  à son apogée  », souligne-t-il  ; «  elle pèse énormément à la fois dans le monde intellectuel, dans le monde littéraire également, mais aussi dans le monde politique  » – cela en dépit d’une assise parlementaire très étroite. Or, poursuit l’historien, Marius Plateau s’attachait à la structurer «  pour en faire une véritable organisation politique  ». Chef des camelots du roi, il était «  le plus redoutable des adversaires  », selon le témoignage donné jadis par Victor Méric, un journaliste d’extrême gauche  ; «  il cognait tout le temps  ; la matraque lui tenait lieu de doctrine  », affirmait ce dernier. «  Il y a effectivement une violence physique qui s’exerce à l’occasion des manifestations  », confirme Olivier Dard  ; mais cela «  aussi bien à l’Action française que chez les syndicalistes, des socialistes, etc.  ». Selon ses camarades, placardant des affiches appelant à lui rendre hommage, Marius Plateau aurait été «  assassiné sur l’ordre de Berlin  »  ; cela «  dit beaucoup de l’interprétation de l’Action française sur ce crime  », remarque Frédéric Lavignette.

Le procès de l’Action française

Quoi qu’il en soit, Germaine Berton n’exprime aucun regret. Bien au contraire  : «  elle est extrêmement fière de ce qu’elle a fait, elle aurait même voulu faire plus  », selon Fanny Bugnon. «  Ce n’est pas rien de tuer un homme  », confesse-t-elle. Elle n’en assume pas moins son geste tout au long de son procès. Cela «  a désarmé l’accusation  », rapporte Francis Démier. À l’époque, rappelle-t-il, «  toute une partie de l’opinion […] s’inquiète de la radicalisation de la droite  ». «  Comment peut-on condamner Germaine Berton alors qu’on a acquitté l’assassin de Jaurès  ?  » Telle est, en substance la question posée par Henry Torrès. Avocat «  remarquable  », ce dernier mobilise la gauche pour défendre Germaine Berton. Léon Blum figure parmi les témoins. «  En fait c’est le procès des républicains contre l’Action française  », résume Fanny Bugnon. La Justice qui tranche est bien celle de la République  : à la veille de Noël, Germaine Berton est acquittée. Celle-ci «  ne reste pas vraiment dans les mémoires  », constate Fanny Bugnon  ; «  elle est très peu célébrée  », semble-t-elle regretter, tandis que Marius Plateau «  est plus connu  ».

Études de genre

Pourquoi  ? «  Parce qu’on est dans une période où les femmes ne sont pas des sujets politique  », répond-elle, manifestement inspirée par les études de genre  ; «  elles sont des citoyennes sans citoyenneté  », poursuit-elle. Cela justifierait l’intérêt porté aujourd’hui à Germaine Berton, selon l’explication donnée par Séverine Liatard en introduction de l’émission  : «  En transgressant ainsi violemment l’ordre social et sexué, le personnage interroge et fascine.  » Germaine Berton s’éteignit en 1942, à l’âge de quarante ans, à l’issue d’une énième tentative de suicide, réussie cette fois-ci.

Grégoire Dubost

Paru dans l'Action Française 2000 n° 2963 du 05 Octobre 2017.