À tri­bord toute ?

À tri­bord toute ?

Où va la droite ? Ou, plu­tôt, les droites ? puis­qu’il existe tou­jours plu­sieurs par­tis qui s’en réclament… ou refusent de s’en récla­mer pour ne plus être qua­li­fiés d’ex­trêmes. Tel est le cas du Front natio­nal, qui per­sé­vère dans une pos­ture post-gaul­lienne que lui dis­pute Nico­las Dupont-Aignan. Mais jus­te­ment, le poli­to­logue Guillaume Ber­nard confiait récem­ment à notre confrère Bou­le­vard Vol­taire : « D’a­bord, il n’y a pas des droites, il y a une droite. Par ailleurs, il y a des par­tis poli­tiques clas­sés à droite. » Et d’a­jou­ter que Marine Le Pen a rai­son de croire que « ten­ter une alliance des dif­fé­rents par­tis poli­tiques qui sont à droite, c’est effec­ti­ve­ment une illu­sion » ; « en revanche, que des per­son­na­li­tés, et des élec­teurs sur­tout, se répar­tissent dans les par­tis à droite, mais qui sont tous de droite, cela est une véri­table réa­li­té » ; « la recom­po­si­tion pour­rait se faire sur cette base-là ». Dupont-Aignan s’illu­sion­ne­rait donc en réflé­chis­sant tou­jours en termes d’ap­pa­reil, mais Marine Le Pen ne s’illu­sion­ne­rait pas moins, en réflé­chis­sant, elle aus­si, dans les mêmes termes, mais en péchant par orgueil, le FN parais­sant un mas­to­donte par rap­port à DLF (Debout la France). Ce qui est vrai, mais jus­te­ment… ce sont les appa­reils qui empêchent la recom­po­si­tion de la droite – Guillaume Ber­nard a rai­son sur ce point. Comme sur la néces­si­té d’une cla­ri­fi­ca­tion doc­tri­nale. Existe-t-il véri­ta­ble­ment une seule droite comme ideal-type et plu­sieurs appa­reils qui l’in­carnent, mal, lors­qu’ils ne le tra­hissent pas (sui­vez mon regard) ? Peut-être. Ce qui est cer­tain, en tout cas, c’est l’an­nonce, en quelques jours, de deux bonnes nou­velles : la droite a une force d’âme et elle n’est plus orpheline. 

L’autre nom du pays réel

C’est Jacques de Guille­bon, ancien conseiller de Marion Maré­chal-Le Pen, qui nous a appris la seconde. La droite a été adop­tée. Par qui ? Par un men­suel incor­rect, dédié « à ceux qui espèrent tou­jours en leur patrie, géné­reuse, juste, forte et fra­ter­nelle ». Et qui donc pour­rait par­ti­ci­per de ce mou­ve­ment de recom­po­si­tion de la droite, via un organe ras­sem­blant dans sa lec­ture des (é)lecteurs dis­sé­mi­nés, ou non, dans les dif­fé­rents appa­reils se récla­mant, ou non, de droite et dont les der­nières échéances élec­to­rales ont cen­su­ré l’ob­so­les­cence. L’In­cor­rect semble pré­fé­rer appe­ler « tiers-état popu­laire » ce que l’Ac­tion fran­çaise appelle pays réel. Peuple et popu­laire ont, il est vrai, tant de sens ! Expres­sion inté­res­sante, en tout cas, quand on sait que l’ab­bé Sieyès, auteur de la célèbre pla­quette Qu’est-ce que le tiers-état ?, publiée en 1789 et qui favo­ri­sa l’é­bran­le­ment de la monar­chie, assi­mile le tiers-état au peuple. L’ex­pres­sion « tiers-état popu­laire » n’au­rait-elle pas, dès lors, un petit air de pléo­nasme, comme avaient nos « démo­cra­ties popu­laires » de la seconde moi­tié du XXe siècle ? Nos mar­xistes s’en défen­daient à l’é­poque dia­ble­ment : essen­tiel­le­ment bour­geoise, la démo­cra­tie ne deve­nait un vec­teur de la libé­ra­tion du pro­lé­ta­riat qu’en deve­nant « popu­laire », c’est-à-dire dédiée aux tra­vailleurs. De même, « popu­laire » dans « tiers-état popu­laire » ramène le « tiers-état », confis­qué par une élite déna­tio­na­li­sée ou encore une « mino­ri­té gen­tri­fiante », du côté des « gens qui ne sont rien » ou encore des « fai­néants » (d’a­près le gen­tri­fiant Macron). Comme l’ab­bé Sieyès le disait du tiers-état, on peut donc dire : « Qu’est-ce que les gens qui ne sont rien ? Tout. Qu’ont-il été jus­qu’à pré­sent dans l’ordre poli­tique ? Rien. Que demandent-ils ? À être quelque chose. » Ou à l’être de nouveau…

Pour une cla­ri­fi­ca­tion doctrinale

Ce qui sup­pose, évi­dem­ment, une cla­ri­fi­ca­tion doc­tri­nale. C’est là qu’in­ter­vient la pre­mière bonne nou­velle. C’est Valé­rie Pécresse qui, cette fois, nous l’an­nonce. Non seule­ment la droite a une force d’âme, mais « ce qui fait la force d’âme de la droite, c’est d’a­voir tou­jours pré­fé­ré Charles de Gaulle à Charles Maur­ras ». La cla­ri­fi­ca­tion doc­tri­nale est donc faite depuis long­temps et nous ne le savions pas ! Valé­rie Pécresse peut même être pro­cla­mée « doc­teure » de la droite – comme il existe des doc­teurs de l’É­glise. Je ren­voie aux mises au point que Sté­phane Blan­chon­net et votre ser­vi­teur ont faites sur cette sotte décla­ra­tion – elles sont sur le site de l’AF –, ain­si qu’à l’ex­cellent article de Paul-Marie Coû­teaux dans Minute du 13 sep­tembre der­nier. Si j’y reviens, c’est uni­que­ment pour sou­li­gner que Valé­rie Pécresse a confir­mé, sinon l’a­dage de Guy Mol­let, selon lequel la droite fran­çaise est la plus bête du monde, du moins cette dia­lec­tique qui l’o­blige à cher­cher à conci­lier l’in­con­ci­liable, et fait que son his­toire poli­tique n’a été, depuis ses ori­gines sur la ques­tion du veto royal, et donc sur celle d’une cer­taine concep­tion de l’É­tat, jus­qu’à aujourd’­hui, qu’un long et inévi­table renie­ment. Nous par­lons bien de son his­toire poli­tique, c’est-à-dire de la tra­duc­tion de son action dans le jeu par­le­men­taire. Car, alors que la gauche se meut natu­rel­le­ment dans le mari­got des par­tis, son objec­tif étant de faire gagner un camp contre un autre – elle pense en termes de divi­sion et d’in­té­rêts par­ti­cu­liers qu’elle uni­ver­sa­lise, fussent ceux d’une classe plus ou moins mythi­fiée : elle est en cela l’hé­ri­tière de l’ab­bé Siéyès –, la droite, au contraire, lors­qu’elle est fidèle à elle-même, cherche à faire pré­va­loir, sur les inté­rêts par­ti­cu­liers, la notion même de bien com­mun de la cité, qui passe aus­si par la sau­ve­garde des liber­tés fon­da­men­tales du pays réel. C’est pour­quoi elle ne sau­rait fon­da­men­ta­le­ment pen­ser en termes de par­ti – voire d’un para­doxal par­ti de l’ordre qui a fini par jus­ti­fier, à plu­sieurs reprises, contre le bien com­mun, la défense du désordre éta­bli. Or c’est pré­ci­sé­ment ce que nous pro­pose Valé­rie Pécresse en ins­tru­men­ta­li­sant la figure, qua­si rhé­to­rique, du géné­ral de Gaulle contre celle de Maur­ras – car il s’a­git bien, ici, d’une oppo­si­tion de figures plus rhé­to­riques qu’­his­to­riques ! La droite de Valé­rie Pécresse est celle de ce nou­veau par­ti de l’ordre qu’elle sou­haite – et Laurent Wau­quiez comme elle ? L’a­ve­nir seul nous le dira – consti­tuer sur les décombres des Répu­bli­cains, alors que les Construc­tifs, à l’As­sem­blée, ont choi­si de jouer la carte du centre-droit, par­te­naire indo­cile, et pour l’heure inutile, du Marais. Le drame est qu’il n’y ait plus de droite de convic­tion – nous dirions légi­ti­miste, c’est-à-dire qui fait de la légi­ti­mi­té le socle de son action  : celle que la cla­ri­fi­ca­tion doc­tri­nale, si elle avait sérieu­se­ment lieu, devrait avoir pour objec­tif de ressusciter.

Poser la ques­tion du régime

Lorsque Valé­rie Boyer, dépu­té Les Répu­bli­cains, rap­pelle : « La France est une répu­blique laïque d’in­fluence et de valeurs chré­tiennes. Notre his­toire s’est construite autour des rois et des Églises », elle se place natu­rel­le­ment au sein de cette famille poli­tique de convic­tion, mais à laquelle les ins­ti­tu­tions, plus encore que les appa­reils qui n’en sont que les outils, inter­disent de se recom­po­ser et fina­le­ment d’ar­ri­ver au pou­voir. La Ve Répu­blique avait paru un temps tran­cher le nœud gor­dien ins­ti­tu­tion­nel. Mais, on ne le voit que trop bien aujourd’­hui, sans résoudre à terme la qua­dra­ture du cercle que repré­sente, pour la droite, le fait de devoir s’in­car­ner, si elle veut gou­ver­ner, dans un sys­tème par­ti­san qui contre­dit sa force d’âme bien plus que Charles Maur­ras ! C’est encore et tou­jours la ques­tion du régime qu’il faut poser. Même si, en atten­dant, l’Ac­tion fran­çaise salue toutes les syner­gies incor­rectes visant à ouvrir les yeux du « tiers-état popu­laire ». Lequel, avec notre aide, fini­ra bien un jour par sus­ci­ter un géné­ral Monck pour la France !

Fran­çois Marcilhac