Fran­çois, pape phi­lan­thrope

Fran­çois, pape phi­lan­thrope

Le mil­liar­daire et « phi­lan­thrope » George Soros semble avoir trou­vé dans le pape Fran­çois un concur­rent redou­table en matière de sur­en­chère immi­gra­tion­niste. Car si les vingt et une mesures, qui peuvent être tirées du mes­sage papal publié le 21 août der­nier, pour la jour­née mon­diale du migrant et du réfu­gié du 14 jan­vier 2018, semblent pour un grand nombre d’entre elles démar­quées du plan en six points que Soros, finan­cier actif du vil­lage pla­né­taire, a édic­té en sep­tembre 2015, tou­te­fois, celui-ci semble plus rai­son­nable que le pape puis­qu’il recon­naît tout de même que le pla­ce­ment des réfu­giés doit s’ef­fec­tuer non seule­ment « là où ils le sou­haitent » mais éga­le­ment « là où ils sont dési­rés », et « à un rythme adap­té aux capa­ci­tés euro­péennes d’ab­sorp­tion ». Foin de détails aus­si bas­se­ment maté­ria­listes pour le pape : l’ac­cueil des migrants et réfu­giés ne doit prendre en compte ni les capa­ci­tés éco­no­miques des pays hôtes, ou plu­tôt des pays cibles, ni leurs capa­ci­tés cultu­relles d’ab­sorp­tion de masses humaines dont le mode de vie est sou­vent à l’op­po­sé du nôtre. Qu’im­porte ? Il s’a­git d”« accueillir, pro­té­ger, pro­mou­voir et inté­grer » les migrants, par ailleurs non dis­tin­gués des réfu­giés, et qui, de ce fait, n’ont que des droits et aucun devoir, puis­qu’ils incar­ne­raient l’hu­ma­ni­té souf­frante.

L’Ac­tion fran­çaise et l’É­glise

L’Ac­tion fran­çaise n’a évi­dem­ment pas à se pro­non­cer sur la com­pa­ti­bi­li­té des pro­pos du pape avec la théo­lo­gie catho­lique. Mou­ve­ment laïque, accueillant en son sein pour leur seule qua­li­té de citoyens des Fran­çais de toutes confes­sions et reli­gions, ou sim­ple­ment athées ou agnos­tiques, elle a néan­moins tou­jours obser­vé que la phy­sique poli­tique qu’elle enseigne, et qui est conforme à l’ordre natu­rel, rejoint par cela même la doc­trine sociale de l’É­glise. Sur ce point, elle ne fut jamais prise en défaut : c’est pour­quoi, si elle eut à subir, pour un temps, les foudres dis­ci­pli­naires du Vati­can, jamais elle ne fut condam­née sur le plan doc­tri­nal. Maur­ras, lui-même agnos­tique, s’est tou­jours émer­veillé de cet accord, du reste fon­dé dans le tho­misme, entre les prin­cipes poli­tiques, déga­gés induc­ti­ve­ment, et l’en­sei­gne­ment de l’É­glise. On est tou­te­fois en droit de se deman­der si Fran­çois ne méjuge pas sa qua­li­té de pape pour celle de simple phi­lan­thrope en pre­nant ain­si fait et cause pour l’i­déo­lo­gie immi­gra­tion­niste. Comme le remarque sur son site Meta­blog l’ab­bé de Tanoüarn, dans un article judi­cieu­se­ment inti­tu­lé « Qu’est-ce qu’un Christ huma­ni­taire ? » : « comme pas­teur uni­ver­sel, la res­pon­sa­bi­li­té du pape n’est pas « le déve­lop­pe­ment humain inté­gral », mais le salut des âmes », ajou­tant que la papau­té moderne « connaît la même ten­ta­tion que la papau­té médié­vale d’In­no­cent III à Boni­face VIII, cette confu­sion du spi­ri­tuel et du tem­po­rel », à savoir « la même « tem­po­ra­li­sa­tion du royaume de Dieu » que déplo­rait Jacques Mari­tain dans Le Pay­san de la Garonne et la même volon­té d’at­te­ler le suc­ces­seur de Pierre à un pro­jet tem­po­rel uni­ver­sel, dont il serait la clé de voûte ».

Nous l’a­vions déjà obser­vé pour l’É­glise de France en ana­ly­sant, il y a juste un an, la cala­mi­teuse lettre du Conseil per­ma­nent de la Confé­rence des évêques de France « aux habi­tants de notre pays » : la sécu­la­ri­sa­tion du mes­sage évan­gé­lique fait le lit de l’i­déo­lo­gie mon­dia­liste en fai­sant du vil­lage pla­né­taire le vil­lage-témoin, ici-bas, de la Jéru­sa­lem céleste. Ne rajou­tons pas aux mal­heurs du monde en appe­lant amour du pro­chain la com­pro­mis­sion avec la fausse géné­ro­si­té de l’o­li­gar­chie inter­na­tio­nale, qui favo­rise de dra­ma­tiques dépla­ce­ments de popu­la­tion pour en finir avec les nations. Et « de même que l’on ne doit pas confondre l’hos­pi­ta­li­té et l’im­mi­gra­tion­nisme, de même il ne faut pas confondre l’u­ni­ver­sa­lisme chré­tien res­pec­tueux de chaque iden­ti­té et le mon­dia­lisme qui les détruit » (abbé de Tanoüarn, Minute du 30 août 2017). Ne pen­sons pas non plus révo­lu­tion­ner le cœur de l’homme en oppo­sant, en lui, le chré­tien au citoyen, via l’op­po­si­tion de la « cen­tra­li­té de la per­sonne humaine » et des devoirs de l’É­tat : pré­tendre que la sécu­ri­té per­son­nelle passe avant la sécu­ri­té natio­nale n’a évi­dem­ment aucun sens.

Pas de sécu­ri­té sans cadre poli­tique

Laurent Dan­drieu n’a pas eu de mal à mon­trer qu”« il n’existe aucune sécu­ri­té per­son­nelle qui puisse exis­ter en dehors de cadres poli­tiques, juri­diques et légaux qui en sont le rem­part » ; « par ailleurs, le prin­cipe de la cen­tra­li­té de la per­sonne humaine oblige à consi­dé­rer, aus­si, que les citoyens des nations occi­den­tales ont un droit évident à la sécu­ri­té natio­nale » (Le Figa­ro du 22 août 2017). Ce que rap­pelle éga­le­ment le phi­lo­sophe chré­tien Rémi Brague, par ailleurs grand spé­cia­liste de l’is­lam, qui ajoute que l’É­tat doit « empê­cher que les migrants se conduisent, comme on dit, « comme en pays conquis », qu’ils importent en Europe les conflits qui les oppo­saient entre eux », pré­ci­sant : « une para­bole », comme celle du bon Sama­ri­tain, « s’a­dresse à « moi » » ; « elle m’in­vite à réflé­chir sur ma propre per­sonne sin­gu­lière, ce qu’elle est, ce qu’elle doit faire » ; « un État n’est pas une per­sonne » (Le Figa­ro du 1er sep­tembre). Non pas oppo­si­tion, mais dif­fé­rence d’ordre. C’est pour­quoi, d’ailleurs, un État ne connaît que des enne­mis publics (hostes) et les per­sonnes pri­vées des enne­mis pri­vés (inimi­ci), dont, en bons chré­tiens, elles doivent s’ef­for­cer de par­don­ner les offenses. Mais en tant que citoyen, on doit aus­si savoir com­battre avec déter­mi­na­tion les enne­mis (hostes) de sa patrie, même si cela doit tou­jours se faire sans haine : « le sang de nos enne­mis est tou­jours le sang des hommes », rap­pe­lait Louis XV, le soir de Fon­te­noy ; le « sang impur » est une notion répu­bli­caine : elle n’est pas fran­çaise.

Ne jetons pas, enfin, aux orties l’i­den­ti­té plu­ri­sé­cu­laire des socié­tés euro­péennes au pro­fit d’un mul­ti­cul­tu­ra­lisme qui pro­voque déjà chez nous ses effets mul­ti­con­flic­tua­listes. Il fau­drait, selon le mes­sage papal, « favo­ri­ser, dans tous les cas, la culture de la ren­contre » : mais com­ment croire, sans un angé­lisme par­ti­cu­liè­re­ment aveugle, que favo­ri­ser une « inté­gra­tion » oppo­sée à l’as­si­mi­la­tion, c’est se pla­cer « sur le plan des oppor­tu­ni­tés d’en­ri­chis­se­ment inter­cul­tu­rel géné­ral » ? Chaque jour nous apporte, en Europe, le témoi­gnage du contraire. Non, tendre à une socié­té mul­ti­cul­tu­relle géné­ra­li­sée ne rap­pro­che­ra pas les hommes entre eux ! Il fut un temps où le car­di­nal Ber­go­glio était plus lucide : « Qu’est-ce qui fait qu’un cer­tain nombre de per­sonnes forment un peuple ? En pre­mier lieu, une loi natu­relle, et un héri­tage. En second lieu, un fac­teur psy­cho­lo­gique : l’homme se fait homme dans l’a­mour de ses sem­blables. […] Le « natu­rel » croît en « cultu­rel », en « éthique ». Et de là, en poli­tique, dans le cadre de la patrie, qui « est ce qui donne l’i­den­ti­té ». » (Cité in F. Rou­villois, La Cla­meur de la Terre, JC Gode­froy, 2016, p. 65 – 66) Comme le rap­pe­lait Maur­ras dans Pour un jeune Fran­çais, la cohé­sion de la nation sup­pose qu’on s’ac­corde sur un bien vrai­ment com­mun à tous les citoyens. « En d’autres termes, il fau­dra, là encore, quit­ter la dis­pute du Vrai et du Beau pour la connais­sance de l’humble Bien posi­tif. Car ce Bien ne sera pas l’ab­so­lu, mais celui du peuple fran­çais. » Seul ce bien com­mun natio­nal qui, loin d’être contraire au bien humain, l’in­carne, sera notre guide sur la ques­tion des pré­ten­dus « migrants » – concept idéo­lo­gique dont la fonc­tion est de cacher des réa­li­tés dif­fé­rentes pour mieux orga­ni­ser la sou­mis­sion des nations à un ordre supra­na­tio­nal.

Fran­çois Mar­cil­hac