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« Jeanne d’Arc enflamme les cœurs »

Un monu­men­tal Dic­tion­naire ency­clo­pé­dique de de Jeanne d’Arc vient de paraître : tra­vail de four­mi, enquête pas­sion­née, il livre aux curieux une masse impres­sion­nante de docu­ments qui sans cela auraient ris­qué de tom­ber dans l’ou­bli. Entre­tien avec Pas­cal-Raphaël Ambrogi.

Votre ouvrage est à la fois une œuvre scien­ti­fique et un « dic­tion­naire amou­reux de Jeanne d’Arc ».

Il offre au lec­teur ce que l’on sait de Jeanne, ce que l’on a dit d’elle et ce qu’elle a ins­pi­ré et ins­pire encore. Mis à la por­tée du plus grand nombre ces docu­ments, ces ana­lyses, ces syn­thèses, ces cata­logues, cette antho­lo­gie, ce livre qui est tout à la fois, orga­ni­sé en dic­tion­naire, sert à cha­cun ce qu’il savait sans doute déjà et tout ce qu’il n’a­vait jamais ima­gi­né trou­ver. Jeanne d’Arc ! Plus on l’é­tu­die, plus l’é­mer­veille­ment croît.

Quelle a été votre plus belle décou­verte en vous lan­çant dans cette entreprise ?

Jeanne est une décou­verte per­pé­tuelle tout comme une source d’ins­pi­ra­tion inépui­sable. Un per­son­nage his­to­rique par­mi les plus docu­men­tés de l’His­toire, un enjeu, un sym­bole, un héros. Je n’i­ma­gi­nais pas un tel poten­tiel d’ad­mi­ra­tion, de foi et d’éner­gie créa­trice. L’ac­tua­li­té per­ma­nente de la « libé­ra­trice de la France » ne se tra­duit pas uni­que­ment par la paru­tion d’ou­vrages lit­té­raires ou his­to­riques. C’est dans pra­ti­que­ment tous les domaines d’ex­pres­sion qu’elle est pré­sente et qu’elle bat aus­si sou­vent des records. Il faut évo­quer ici qua­torze mille livres, de vint à trente mil­les­ta­tues rien qu’en France, quatre cents pièces de théâtre déjà réper­to­riées en 1922, cen trente-neuf films ! Des man­gas, des mor­ceaux de rock et de hard metal… Ces der­niers dans le monde entier au cours des années récentes. Une pièce de théâtre est annon­cée pour 2017, une autre pour 2018. Un film sor­ti­ra à l’au­tomne, consa­cré à l’en­fance de Jeanne. Une sta­tue sculp­tée par le russe Boris Lejeune pour la ville de Saint-Péters­bourg sera bien­tôt éle­vée. Une sienne sta­tue a déjà été pla­cée, en 2013, à Ber­mont, près du vil­lage natal de Jeanne. Une Pie­tà de Jeanne d’Arc a été pla­cée, en 2006, à l’en­trée d’une caserne près de New York : Jeanne porte un sol­dat mort sur ses genoux. Ce qui est poi­gnant et unique.

Cet inté­rêt pour Jeanne n’est pas nou­veau. Il remonte en réa­li­té aux heures mêmes de son épo­pée. C’est là ma plus grande décou­verte. Nous avons évo­qué les nom­breux docu­ments contem­po­rains, signi­fi­ca­tifs à cet égard. Et s’il faut attendre le XIXe siècle pour assis­ter à ce que l’on pour­rait qua­li­fier de « fré­né­sie johan­nique » ou d”« engoue­ment johan­nique » – entre 1870 et 1900, par exemple, paraissent cent une bio­gra­phies consa­crées à Jeanne d’Arc, des­ti­nées au grand public et à la jeu­nesse – il n’en reste pas moins que le « mes­sie de la France » (a dit Hen­ri Mar­tin) est loin d’être absent de la scène. Il suf­fit de consul­ter les articles « Musique », « Poé­sie » ou « Théâtre » du Dic­tion­naire ency­clo­pé­dique de Jeanne d’Arc pour s’en rendre compte. La Bal­lade contre les Anglais, de 1428, y fait déjà allu­sion. Évo­quons la Bal­lade des dames du temps jadis, de Fran­çois Vil­lon. L’ar­ticle « Musique » men­tionne une œuvre pour les XVe et XVIe siècles, trois pour le XVIIe siècle et douze au XVIIIe siècle. L’ar­ticle « Poé­sie » recense huit œuvres au XVe siècle, treize au XVIe siècle, vingt au XVIIe siècle, qua­torze au XVIIIe siècle. Quant à l’ar­ticle « Théâtre », il réper­to­rie une pièce du XVe siècle, le Mys­tère du siège d’Or­léans, daté de 1439, deux pour le XVIe siècle, une bonne dou­zaine pour le XVIIe siècle, et dix-sept pour le XVIIIe siècle. Cette pro­duc­tion est donc loin d’être négligeable.

C’est un Anglais, William Sha­kes­peare, qui relance Jeanne, avec son Roi Hen­ry VI, de 1592. Il en donne une vision sca­breuse et va contri­buer à répandre le mythe de Jeanne la sor­cière. Vol­taire, avec La Pucelle d’Or­léans, éro­tise Jeanne, dans les mul­tiples ver­sions de son œuvre, qui connaît un suc­cès fou (cent vingt-cinq édi­tions entre 1755 et 1835) et est apprise par cœur par cer­tains, y com­pris à l’é­tran­ger. Schil­ler porte Jeanne à la scène avec la Jung­frau von Orleans, de 1801. Il brode en inven­tant une idylle amou­reuse entre Jeanne et un beau sol­dat anglais. Schil­ler s’as­su­rait ain­si un suc­cès durable. Sa pièce est imi­tée par de nom­breux auteurs, tels que Charles-Joseph Loeillard d’A­vri­gny et Alexandre Sou­met en France ; Rober­to de Simone, Nico­las Vac­cai et Sal­va­tore Viga­no en Ita­lie, Des­touches en Alle­magne ; elle est mise en musique par Max Bruch, Joseph Klein, Leo­pold Dam­rosch, Johann Schulz, Carl Wag­ner, Bern­hard Weber en Alle­magne ; Manuel Tamayo y Baus en Espagne, Mario Bos­si, Giu­seppe Ver­di en Ita­lie ; Tchaï­kovs­ki en Rus­sie ; Ignaz Moscheles, auteur tchèque. Elle est por­tée au ciné­ma en RDA, en 1976, se retrouve au Japon dans des man­ga de Waku­ni Aki­sa­to et de S. Muchi.

Nous avons dit que le phé­no­mène se pour­suit. Com­ment l’ex­pli­quer ? Jeanne d’Arc est la figure emblé­ma­tique par excel­lence de l’hé­roïne qui défend son pays de l’en­va­his­seur, en même temps qu’il émane d’elle une aura par­ti­cu­lière du fait de sa jeu­nesse (elle entame sa car­rière poli­tique et mili­taire à dix-sept ans !), de sa fraî­cheur, de la « tra­hi­son » du roi Charles VII aus­si et de sa mort atroce, brû­lée vive sur un bûcher à Rouen, le 30 mai 1431.

Jeanne d’Arc béné­fi­cie ain­si d’un capi­tal de sym­pa­thie qui per­dure et conti­nue d’en­flam­mer les cœurs. Son per­son­nage est aus­si entou­ré d’un cer­tain mys­tère, du fait que Jeanne est avant tout une mys­tique. Elle ne prend pas ses ordres auprès des hommes.

« J’i­gnore la conduite de la guerre », déclare-t-elle. Or, selon l’au­teur de la Geste des nobles fran­çais, du 6 juillet 1429, dès son arri­vée à Chi­non, Jeanne décrit à Charles et à son conseil, « les manières de guer­royer des Anglais » avec une telle pré­ci­sion qu’ils en sont fort ébau­dis. Elle déclare : « Par l’aide du ciel, je sais che­vau­cher et conduire une armée. » Com­ment l’ex­pli­quer, si ce n’est qu’elle jouit de l’as­sis­tance conti­nuelle de son conseil divin, dont elle parle avec tant d’as­su­rance, qui « lui avait mis dans l’es­prit des clar­tés de tout ce qui regar­dait la guerre, et lui four­nis­sait, au moment vou­lu, les sug­ges­tions utiles » ? Ce que nul chef che­vron­né n’a vu ni com­pris, elle s’en rend ain­si compte et le sai­sit sur-le-champ.

Com­ment expli­quer, devant la masse des faits, que d’au­cuns cherchent encore à mythi­fier Jeanne d’Arc en ima­gi­nant qu’elle n’est pas morte sur le bûcher ou qu’elle était d’as­cen­dance royale ?

Jeanne d’Arc, un mythe ? Com­ment l’ex­pli­quer ? Jeanne est un mys­tère qui balance entre une incar­na­tion – la jeune fille de Dom­re­my, ce « Beth­léem de la patrie » – et un mythe désor­mais uni­ver­sel qu’elle a bien invo­lon­tai­re­ment sug­gé­ré et qui la dépasse sans la détruire. Or, contrai­re­ment à la plu­part des héros dont la mythi­fi­ca­tion n’in­ter­vient que tar­di­ve­ment après leur mort, Jeanne fut un mythe vivant, rap­pelle Colette Beaune. Dès son appa­ri­tion, le mythe fut consub­stan­tiel à son his­toire. La France et les Fran­çais atten­daient une inter­ven­tion divine. Jeanne revê­tit les habits du Sau­veur tant espé­ré. Sa cap­ture impri­ma au mythe d’autres formes. Au mes­sia­nisme triom­phal des années 1429 suc­cé­da dans son camp l’i­mage de la souf­frante puis de la martyre.

L’é­po­pée de la Pucelle d’Or­léans est certes légen­daire, en ce sens qu’elle est ins­crite de façon indé­lé­bile dans l’his­toire de l’hu­ma­ni­té et qu’elle est deve­nue une réfé­rence uni­ver­selle. C’est ain­si que nous avons recen­sé cin­quante-quatre femmes qua­li­fiées de Jeanne d’Arc dans trente-trois pays, dont plus d’une au cours des années récentes. Ce sont les Jeanne d’Arc des États-Unis, de Colom­bie, de Rus­sie, du Japon, de Côte d’I­voire, de Chine, du Bré­sil, etc.

Mais l’é­po­pée de notre héroïne natio­nale n’est pas une légende au sens d’une construc­tion arti­fi­cielle bâtie après coup quelques faits épars. Avec Jeanne d’Arc, nous sommes en pré­sence du per­son­nage de l’hu­ma­ni­té, après notre Sei­gneur et la très Sainte Vierge, le plus docu­men­té de tous les temps. Jugeons-en. Enquête théo­lo­gique à Poi­tiers, en mars 1429, qui décide le dau­phin Charles à faire cré­dit à la Pucelle, avec un exa­men de vir­gi­ni­té et une enquête à Dom­re­my et à Vau­cou­leurs. Pro­cès de condam­na­tion de jan­vier à mai 1431, avec enquête à Dom­re­my et deuxième exa­men de vir­gi­ni­té ; pro­cès de relapse fin mai 1431, condam­nant Jeanne à être brû­lée vive. Enquête offi­cieuse de 1450, à la demande du roi Charles VII. Enquête offi­cielle à Rouen en 1452. Ouver­ture en 1455 du pro­cès de nul­li­té de la condam­na­tion, avec enquêtes à Dom­re­my, Vau­cou­leurs, Orléans, Tours, Paris, Poi­tiers, Com­piègne, Saint-Denis, Sul­ly-sur-Loire, Lyon, soit cent qua­rante-quatre audi­tions, le tout abou­tis­sant à cas­ser, en 1456, la pre­mière sen­tence. Puis pro­cès de béa­ti­fi­ca­tion, avec exa­men de l’hé­roï­ci­té des ver­tus de Jeanne, exa­men de trois miracles, pro­cès des rai­sons pou­vant s’op­po­ser à la béa­ti­fi­ca­tion. Enga­gé en 1869, à la demande Mgr Dupan­loup, évêque d’Or­léans, il débouche sur la béa­ti­fi­ca­tion, le 18 août 1909. Pro­cès de cano­ni­sa­tion enfin, avec la recon­nais­sance de trois nou­veaux miracles. La céré­mo­nie offi­cielle a lieu en la basi­lique Saint-Pierre de Rome, le 16 mai 1920. Nous dis­po­sons ain­si d’une docu­men­ta­tion de pre­mière main vrai­ment unique.

Docu­men­ta­tion d’au­tant plus excep­tion­nelle que, vu l’im­por­tance poli­tique de la condam­na­tion et de l’exé­cu­tion de Jeanne d’Arc pour l’An­gle­terre, le roi Hen­ry VI a pris grand soin de faire rédi­ger cinq copies authen­tiques des actes du pro­cès qu’il a envoyées à divers destinataires.

Nous avons recen­sé en outre, délais­sant les déli­bé­ra­tions et les comptes de plu­sieurs villes, cent cin­quante-six docu­ments contem­po­rains par­lant des exploits de la Pucelle. Par contem­po­rains, j’en­tends ceux allant du début de l’é­po­pée, le 22 février 1429, à la sen­tence de nul­li­té de la condam­na­tion, le 7 juillet 1456. Ils émanent aus­si bien du camp Arma­gnac que des adver­saires de Jeanne, ou de simples obser­va­teurs, comme les mar­chands ita­liens ins­tal­lés en France. « Nous devons d’au­tant plus prê­ter foi à tous ces faits, écri­ra l’Al­le­mand Gui­do Görres, qu’ils ont été consi­gnés par ses enne­mis mor­tels [cer­tains d’entre eux du moins], qui ont tout fait pour les fal­si­fier et les défor­mer au détri­ment de Jeanne : car c’est une preuve irré­fu­table de son inno­cence, que, selon les vœux de la Pro­vi­dence, ses per­sé­cu­teurs devaient don­ner au monde futur ».

Citons-en quelques-uns. Le plus ancien docu­ment semble être une lettre du 22 avril 1429 d’un ambas­sa­deur de Phi­lippe de Bra­bant. Notons que Jeanne n’en­tre­ra dans Orléans que sept jours plus tard. Nous trou­vons des anno­ta­tions du 9 mai, deux jours après la levée du siège d’Or­léans. Le 14 mai, Jean Ger­son, chan­ce­lier de l’u­ni­ver­si­té de Paris, écrit un Trai­té sur la Pucelle. Vers le 15 mai, le duc de Bed­ford, régent d’An­gle­terre, prend des mesures contre les déser­tions qui se mul­ti­plient dans son camp. Le Ditié, un poème de Chris­tine de Pisan, date du 31 juillet. Dès qu’il apprend la prise d’Or­léans, l’empereur Sigis­mond de Luxem­bourg com­mande un tableau repré­sen­tant Com­ment la Pucelle a com­bat­tu en France.

Tout cela est donc très sérieux et his­to­ri­que­ment très sûr. Et abso­lu­ment unique. Ce qui est de nature à ôter tout doute sur le carac­tère his­to­rique des quatre cent vingt-sept jours de l’é­po­pée de Jeanne, quatre cent vingt-sept jours seule­ment qui suf­fisent à réta­blir la situa­tion, à faire échec aux Anglais, à libé­rer Orléans et le royaume de leur pré­sence indé­si­rable, à faire sacrer le roi et lui res­ti­tuer sa légi­ti­mi­té, et à modi­fier de fond en comble l’art de conduire la guerre.

L’ou­vrage est consi­dé­rable, et le spé­cia­liste y trou­ve­ra son compte, mais on sent que vous l’a­vez conçu pour qu’on s’y plonge, et même s’y perde, au hasard des articles savants et inat­ten­dus : « Ches­ter­ton », « Mythes », « Entre­vue du signe », « Charles Maur­ras », « Fémi­nisme et Jeanne d’Arc », « Front natio­nal », « Mis­sion de Jeanne d’Arc », « Sym­bole de la Résis­tance »…

Le Dic­tion­naire ency­clo­pé­dique de Jeanne d’Arc ne se borne pas à rela­ter l’his­toire d’une femme tout à fait unique dans l’his­toire. Il retrace une his­toire qui est celle de la France et qui la déborde même. Il faut bien sai­sir, en effet, la por­tée réelle de la mis­sion de l”« Ange de la patrie » (card. Amette).

En effet, en appa­rence, entre Charles de Valois et Hen­ri de Lan­castre, la que­relle est pure­ment dynas­tique. En réa­li­té l’en­jeu est tout autre. En attri­buant au sacre une valeur consti­tu­tive, Jeanne conteste le prin­cipe même du hon­teux trai­té de Troyes par lequel, à l’ins­ti­ga­tion de la reine Isa­beau de Bavière, le roi Charles VI avait conclu, en 1420, qu’à sa mort le royaume de France pas­se­rait au roi d’Angleterre.

Ce trai­té éta­blis­sait la renais­sance du droit païen dans l’ordre de la suc­ces­sion au trône. Il igno­rait la consé­cra­tion reli­gieuse si carac­té­ris­tique du monarque fran­çais : le pou­voir, la direc­tion de l’É­tat devait se trans­mettre alors comme un bien réel, le monarque adop­tant l’hé­ri­tier de son choix. « Ain­si, ce qui est en jeu, écri­ra Jean de Pange, c’est le carac­tère même de la royau­té fran­çaise. Dans l’an­cienne tra­di­tion dont Jeanne est l’hé­ri­tière, il n’y a d’autre sou­ve­rain que le Christ, dont le lieu­te­nant est le Roi Très Chré­tien. » Or, pour­suit-il, « Jeanne d’Arc s’ef­force de réa­li­ser l’i­déal de l’É­glise […]. Sa mis­sion doit donc avoir un carac­tère uni­ver­sel et dépasse les inté­rêts du pays auquel elle appar­tient. Elle ne vient pas pour faire la guerre, mais pour apprendre aux Fran­çais à s’ai­mer. À ses yeux, le rôle du roi est celui d’un média­teur. Comme lieu­te­nant de Dieu, il est beau­coup plus que le sou­ve­rain d’un pays. Son auto­ri­té n’est pas limi­tée à un ter­ri­toire. Il repré­sente « la nation très chré­tienne », et par-des­sus les fron­tières de la France, il s’a­dresse à tous les ser­vi­teurs de la foi catho­lique ».

D’où l’im­por­tance d’un épi­sode peu connu, appe­lé la triple dona­tion. Nous sommes à Saint-Benoît-sur-Loire, le 21 avril 1429, vers 16 heures. Jehanne s’a­dresse à Charles : « Sire, me pro­met­tez-vous de me don­ner ce que je vous deman­de­rai ? » Le dau­phin hésite, puis consent. « Sire, don­nez-moi votre royaume. » Stu­pé­fait, il hésite de nou­veau ; mais, tenu par sa pro­messe et sub­ju­gué par l’as­cen­dant sur­na­tu­rel de la jeune fille, il répond : « Jehanne, je vous donne mon royaume » (pre­mière dona­tion). La Pucelle exige qu’un acte nota­rié en soit solen­nel­le­ment dres­sé et signé par les quatre secré­taires du Roi ; après quoi, voyant celui-ci tout inter­dit et embar­ras­sé, elle dit : « Voi­ci le plus pauvre che­va­lier de France : il n’a plus rien. » Puis aus­si­tôt, très grave et s’a­dres­sant aux secré­taires : « Écri­vez : Jehanne donne le royaume à Jésus-Christ » (deuxième dona­tion). Et immé­dia­te­ment après : « Jésus rend le royaume à Charles » (troi­sième dona­tion). À par­tir de ce moment, Charles se décide à entre­prendre la cam­pagne du sacre. « Si Charles VII et ses suc­ces­seurs avaient com­pris, dira l’his­to­rien jésuite Jean-Bap­tiste Ayroles, ils auraient fait enchâs­ser le mer­veilleux par­che­min dans l’or et dans la soie ; ils l’au­raient entou­ré de pierres pré­cieuses, car ils n’a­vaient pas dans leur tré­sor de dia­mants com­pa­rables. Ils l’au­raient relu et médi­té tous les jours. Non seule­ment ils seraient aujourd’­hui sur le trône, mais l’u­ni­vers serait dans les bras de Jésus-Christ et ce serait la France qui l’y aurait pla­cé. »

En outre, l’his­to­rien Jules Miche­let assu­rait qu’au cours de l’his­toire, la véri­té, la foi et la patrie ont eu leurs mar­tyrs. Mais ici, dans le cas de l”« Épée de la France », expres­sion de Mgr Tou­chet, évêque d’Or­léans, une enfant for­gea en son cœur l’i­dée d’exé­cu­ter la chose que les hommes ne pou­vaient plus faire : sau­ver son pays.

Ce constat, celui de l’im­mense popu­la­ri­té de Jeanne, s’im­pose aus­si à l’é­tran­ger. Le monde entier loue avec fer­veur la sainte et salue l’hé­roïne. Elle a ins­pi­ré les êtres enga­gés et les poètes qui voient en elle « le per­son­nage le plus mer­veilleux, le plus exquis, le plus com­plet de toute l’his­toire du monde », selon l’an­glais John Ster­ling. C’est bien le cœur de Jeanne que l’on sent battre « dans le sou­ve­nir recon­nais­sant du peuple fran­çais et de tous les peuples, car, écrit l’al­le­mand Joseph Görres, il appar­tient à celui-là par le sang et à tous les autres par ses nobles actions ».

Jeanne relève donc du patri­moine uni­ver­sel de l’hu­ma­ni­té. En témoigne le fait que, aujourd’­hui encore, elle est la réfé­rence recon­nue pour les femmes qui luttent pour libé­rer leur patrie d’un enva­his­seur ou d’un dic­ta­teur, le sym­bole de la résis­tance, comme je le rap­por­tais voi­ci un ins­tant. Certes, elles ne sont appe­lées la Jeanne d’Arc de leur pays que de façon pure­ment ana­lo­gique. Cer­taines d’entre elles ont fait le coup de feu et, sur­tout, aucune n’a reçu une mis­sion divine, ni réuni les condi­tions à la fois humaines et spi­ri­tuelles qui font de Jeanne d’Arc un être vrai­ment d’ex­cep­tion. Mais le fait est que Jeanne se pré­sente aux yeux de tous comme l’ar­ché­type de l’ange providentiel.

Il s’a­git d’un dic­tion­naire à voca­tion ency­clo­pé­dique. Le prin­cipe qui a pré­si­dé à sa rédac­tion est donc celui de l’u­ni­ver­sa­li­té au sens de des­crip­tion de tous les domaines dans les­quels Jeanne est pré­sente sous quelque angle que ce soit. C’est pour­quoi l’on peut trou­ver dans le Dic­tion­naire ency­clo­pé­dique de Jeanne d’Arc des entrées telles que « Com­munes » au nom de Jeanne, « Manuels sco­laires », « Phi­la­té­lie », mais aus­si d’a­bon­dantes cita­tions des dis­cours et pané­gy­riques pro­non­cés lors des fêtes johan­niques, à Orléans depuis 1429, à Rouen et à Reims, et un peu par­tout dans le monde.

L’on ver­ra éga­le­ment com­ment l”« Envoyée de Dieu » a été louée et encen­sée par tous les par­tis poli­tiques, cha­cun la reven­di­quant. Mau­rice Bar­rès décla­rait déjà, en 1920, l’an­née de la cano­ni­sa­tion de Jeanne et par l’É­glise catho­lique et par la Répu­blique laïque : « Il n’y a pas un Fran­çais, quelle que soit son opi­nion reli­gieuse, poli­tique ou phi­lo­so­phique, dont Jeanne d’Arc ne satis­fasse les véné­ra­tions pro­fondes. Cha­cun de nous peut per­son­ni­fier en elle son idéal. Êtes-vous catho­lique ? C’est une mar­tyre et une sainte, que l’É­glise vient de mettre sur les autels. Êtes-vous roya­liste ? C’est l’hé­roïne qui a fait consa­crer le fils de Saint Louis par le sacre­ment gal­li­can de Reims. Reje­tez-vous le sur­na­tu­rel ? Jamais per­sonne ne fut aus­si réa­liste que cette mys­tique ; elle est pra­tique, fron­deuse et gogue­narde, comme le sol­dat de toutes nos épo­pées… Pour les répu­bli­cains, c’est l’en­fant du peuple qui dépasse en magna­ni­mi­té toutes les gran­deurs éta­blies. […] Enfin les socia­listes ne peuvent oublier qu’elle disait : « J’ai été envoyée pour la conso­la­tion des pauvres et des mal­heu­reux. » Ain­si tous les par­tis peuvent récla­mer Jeanne d’Arc. Mais elle les dépasse tous. Nul ne peut la confis­quer ».

Pour­quoi accor­dez-vous une place impor­tante à la spi­ri­tua­li­té de Jeanne, dont peu d’his­to­riens parlent ?

La ques­tion de la spi­ri­tua­li­té de Jeanne me paraît essen­tielle, car elle porte sur le point capi­tal de la mis­sion de la « Bonne Lor­raine ». La patronne secon­daire de la France est avant tout une mys­tique. C’est parce qu’elle est mys­tique qu’elle est com­bat­tante. C’est parce qu’elle est mys­tique qu’elle est patriote. Mgr Tou­chet, évêque d’Or­léans, d’ex­hor­ter en ces termes : « N’ap­pro­chez pas de l’in­com­pa­rable enfant comme on approche d’un être com­mun ; même comme vous appro­che­riez de Dugues­clin, même comme vous appro­che­riez de Saint Louis, quoique ceux-ci, à des degrés si dif­fé­rents, s’é­lèvent si haut au-des­sus du vul­gaire. Dugues­clin est bien Dugues­clin, Saint Louis est bien saint Louis, Jeanne est à peine Jeanne. C’est à peine elle qui délivre Orléans, qui triomphe à Patay, qui cou­ronne le roi à Reims. Pour ces œuvres, elle n’est que l’ins­tru­ment : l’ou­vrier, c’est Dieu. Dieu est l’au­teur prin­ci­pal de l’é­po­pée qui s’ouvre à Dom­re­my et se clô­ture à Rouen. Jamais à ma connais­sance il ne s’est mon­tré plus clai­re­ment dans l’his­toire. »

Jeanne d’Arc n’est, en effet, qu’un exé­cu­tant des ordres venus d’En-haut. Au moment d’en­tre­prendre son épo­pée et de tra­ver­ser, de Vau­cou­leurs à Chi­non, une région aux mains des Bour­gui­gnons, enne­mis du dau­phin Charles, elle peut décla­rer : « Si les enne­mis se pré­sentent, moi, j’ai mon Sei­gneur qui sau­ra m’ou­vrir la voie pour arri­ver au Dau­phin, car je suis née pour le sau­ver. N’ayez peur, mes Frères du Para­dis et mon Sei­gneur m’ont déjà dit depuis quatre ou cinq ans qu’il me fal­lait guer­royer pour recon­qué­rir le royaume de France. J’a­gis par com­man­de­ment. Vous ver­rez à Chi­non comme le Dau­phin nous fera bon visage. »

Et une fois qu’elle a iden­ti­fié le dau­phin caché dans la foule de ses cour­ti­sans, elle lui dit avec assu­rance : « Gen­til Dau­phin, je suis venue pour don­ner secours au royaume de France et à vous. Et vous mande le roi du ciel par moi, que vous seres lieu­te­nant à Luy qui est vray roi de France. Employez-moi. La par­tie sera bien­tôt allègre. Orléans sera pris… »

Elle n’a­git que « par com­man­de­ment ». Les visions dont elle est gra­ti­fiée, depuis le 13 mai 1424, à l’âge de treize ans, vont se mul­ti­plier au point de deve­nir rapi­de­ment quo­ti­diennes. C’est dire que si Jeanne est une pay­sanne vigou­reuse, ayant les pieds bien sur terre, pos­sé­dant un gros bon sens non dépour­vu d’un humour qui éclate en des for­mules éton­nantes, son cœur, sa tête sont déjà au ciel. Elle entre­tient un com­merce habi­tuel avec ses « voix », comme elle les appelle. Elle n’en­tre­prend rien sans leur avis. La seule fois où elle agit de son propre chef et tente de s’é­va­der du châ­teau de Beau­re­voir, en sau­tant de la tour dans laquelle elle est enfer­mée, elle faillit se tuer. Mais le reste du temps, Jeanne s’en remet à ses voix et les consulte en cas de doute.

Mys­tique, Jeanne est une âme de prière. Certes, elle ne connaît que le Pater, l’Ave et le Cre­do. Mais elle peut nous en remon­trer par sa foi ardente. Ses conci­toyens de Dom­re­my nous livrent des témoi­gnages concor­dants. Ils déclarent au pro­cès de nul­li­té qu’elle fré­quen­tait sou­vent l’é­glise, com­mu­niait presque tous les mois après s’être confes­sée, pra­ti­quait dévo­tions, jeûnes et prières pour les besoins du peuple. Hau­mette, une amie d’en­fance, témoigne : « Que de fois j’ai été chez son père, et cou­ché avec elle, de bonne ami­tié. […] C’é­tait une bien bonne fille, simple et douce. Elle allait volon­tiers à l’é­glise et aux lieux saints. […] Elle se confes­sait sou­vent. Elle rou­gis­sait quand on lui disait qu’elle était trop dévote, qu’elle allait trop à l’é­glise. »

Elle priait en enten­dant son­ner l’An­gé­lus. Le Fumeux, ser­vant d’au­tel à Vau­cou­leurs, deve­nu prêtre, témoi­gne­ra qu’il voyait Jeanne le visage levé vers la Sainte Vierge ou pros­ter­née devant le cru­ci­fix, comme trans­fi­gu­rée dans son orai­son : « J’é­tais alors jeune clerc, à la cha­pelle de la Bien­heu­reuse Marie de Vau­cou­leurs, et j’ai vu sou­vent Jeanne elle-même, dite la Pucelle, qui venait à ladite église moult dévo­te­ment. Dans cette même église, elle enten­dait les messes mati­nales, et s’y tenait beau­coup en prière. Je l’ai vue aus­si dans la crypte des Voûtes sous ladite église, se tenant à genoux devant la Bien­heu­reuse Marie, tan­tôt le visage bais­sé, tan­tôt le visage droit. » Lorsque les cloches son­naient le soir, Jeanne se met­tait à genoux, et, quand elle était aux champs, elle reve­nait pour entendre la messe. « Le besoin de prier sans cesse, à toute heure, en tout lieu et en toute cir­cons­tance, appa­raît comme le trait le plus carac­té­ris­tique de la vie de la Pucelle dans son pays natal. »

À Poi­tiers, l’é­pouse de Jean Rabu­teau, qui l’hé­ber­geait, décla­ra « qu’elle la voyait tous les jours à genoux pen­dant long­temps, l’a­près dinée ; qu’elle la voyait aus­si à genoux la nuit ; que le jour, elle se reti­rait très sou­vent dans un petit ora­toire qui était dans la mai­son, où elle res­tait très long­temps en prière ». Mar­gue­rite Tou­roulde, son hôtesse à Bourges, témoigne, elle aus­si, que Jeanne se confes­sait très sou­vent, aimait la messe, et lui deman­da plu­sieurs fois de l’ac­com­pa­gner à matines, qu’elle pra­ti­quait lar­ge­ment l’au­mône et don­nait aux indi­gents, car elle avait été envoyée pour leur consolation.

La « Patronne du laï­cat » (Jacques Mari­tain) avait deman­dé au frère Pas­que­rel, son confes­seur, de faire, « pour ras­sem­bler les prêtres, une ban­nière sur laquelle serait peinte l’i­mage de Notre Sei­gneur cru­ci­fié. Une fois faite, Jeanne elle-même chaque jour deux fois, le matin et le soir, lui fai­sait ras­sem­bler les prêtres qui chan­taient des hymnes à la Vierge Marie. Avec eux était Jeanne inter­di­sant de se joindre à eux les hommes d’armes s’ils ne s’é­taient confes­sés ce jour, les aver­tis­sant qu’à cette condi­tion ils pou­vaient assis­ter au ras­sem­ble­ment. » Se ren­dant de Blois à Orléans, « Jeanne fit ras­sem­bler les prêtres der­rière leur ban­nière et pré­cé­dant l’ar­mée. Ain­si ras­sem­blés, ils pas­sèrent par la Sologne chan­tant le Veni Crea­tor Spi­ri­tus et diverses antiennes. » Essayez d’i­ma­gi­ner la scène. C’est abso­lu­ment gran­diose. « Ain­si avan­cèrent-ils tout le jour dans les champs et le jour sui­vant et arri­vèrent auprès d’Or­léans ». Le convoi passe sans encombre devant les posi­tions enne­mies, les Anglais étant comme pétri­fiés. C’é­tait le 29 avril 1429.

À l’heure des vêpres ou au cré­pus­cule, la Pucelle avait pour habi­tude de se reti­rer dans une église et d’y faire son­ner les cloches pen­dant une demi-heure, ras­sem­blait les reli­gieux men­diants, se met­tait en prière et fai­sait chan­ter une antienne à la Vierge Marie. Les jours de fête, elle enten­dait la grand-messe et par­ti­ci­pait aux autres offices, se conten­tant de la messe basse les autres jours, si pos­sible tous les jours. Elle cher­chait à ame­ner les gens d’armes à fré­quen­ter eux aus­si les sacre­ments, au moins avant de par­tir au com­bat. Par­tout elle agis­sait ain­si, aus­si bien à Chi­non au milieu d’une cour guère por­tée à ce genre d’exer­cices, qu’à Poi­tiers pen­dant ses inter­ro­ga­toires, qu’en campagne.

« La pure­té de son idéal, la cha­ri­té de ses motifs, sa pié­té par­fai­te­ment à la por­tée de tous, conviennent tout à fait à l’ins­truc­tion spi­ri­tuelle de notre époque », dira le car­di­nal amé­ri­cain Wright. D’où l’ar­ticle « Sainte laïque », au sens où Jeanne d’Arc peut être don­née comme modèle de sain­te­té dans la vie ordi­naire et dans l’exer­cice du tra­vail professionnel.

Benoît XVI devait décla­rer que « cette sainte avait com­pris que l’A­mour embrasse toute la réa­li­té de Dieu et de l’homme, du ciel et de la terre, de l’É­glise et du monde. Jésus est tou­jours à la pre­mière place dans sa vie, selon sa belle expres­sion : « Notre Sei­gneur pre­mier ser­vi » ».

C’est sans nul doute ce qui explique la jus­tesse, la finesse et l’exac­ti­tude des réponses four­nies à ses juges. D’ailleurs, elle s’é­tait confec­tion­né une prière à cet effet : « Très doux Dieu, en l’hon­neur de votre sainte Pas­sion, je vous requiers, si vous m’ai­mez, que vous me révé­liez ce que je dois répondre à ces gens d’É­glise. »

Votre ambi­tion est que le lec­teur che­mine avec Jeanne d’Arc, « le plus sûr des pèle­ri­nages. » Quel conseil don­ne­riez-vous au lec­teur de votre Dictionnaire ?

Il est dif­fi­cile de don­ner un conseil à ce sujet. Tout dépend des centres d’in­té­rêt prio­ri­taires du lec­teur. Pour l’ai­der à s’in­for­mer au mieux de cet inté­rêt, nous avons pla­cé à la fin du Dic­tion­naire ency­clo­pé­dique de Jeanne d’Arc un index thé­ma­tique regrou­pant les articles par grands sujets : Arts (dif­fé­rentes formes d’ex­pres­sion artis­tique et auteurs), Com­pa­gnons de Jeanne d’Arc, Docu­ments contem­po­rains, Épo­pée de Jeanne d’Arc, Famille de Jeanne d’Arc, His­to­riens, Lit­té­ra­ture étran­gère, Lit­té­ra­ture fran­çaise, Musique, Per­son­na­li­tés reli­gieuses, civiles, mili­taires, etc., Per­sonne de Jeanne d’Arc, Pié­té de Jeanne d’Arc-Litur­gie, Poé­sie, Pro­cès (élé­ments, inter­ve­nants, docu­ments, etc.), Renom­mée de Jeanne d’Arc, Théâtre, Villes.

Ceci étant, il peut sans doute s’a­vé­rer utile de consul­ter des articles tels que « Mis­sion de Jeanne d’Arc », « Mys­tique de Jeanne d’Arc », « Patronne du patrio­tisme », « Per­son­na­li­té de Jeanne d’Arc », « Pié­té de Jeanne d’Arc », « Pro­phé­ties et pré­dic­tions de Jeanne d’Arc », « Renom­mée de Jeanne d’Arc en son temps », « Spi­ri­tua­li­té de Jeanne d’Arc ». Et, sur un autre registre, « Chef de guerre » et les entrées propres à chaque bataille ou à chaque ville mar­quée de son empreinte.

D’autre part, des théo­ries abso­lu­ment infon­dées font leur appa­ri­tion à comp­ter du XIXe siècle. Dans un sou­ci d’ob­jec­ti­vi­té, le Dic­tion­naire ency­clo­pé­dique de Jeanne d’Arc ne manque pas de les expo­ser en détail en four­nis­sant les rai­son­ne­ments de leurs inven­teurs et de leurs détrac­teurs. C’est le cas de « Bâtar­dise de Jeanne d’Arc », « Psy­chisme de Jeanne d’Arc », « Mani­pu­la­tion de Jeanne d’Arc » ou encore de « Sur­vi­vance de Jeanne d’Arc ».

Évi­dem­ment, l’on s’in­té­res­se­ra aux divers pro­cès, dont le pro­cès de condam­na­tion et le pro­cès de nul­li­té de celle-ci. Pour bien com­prendre les tenants et les abou­tis­sants de la condam­na­tion, il s’im­pose de se réfé­rer, entre autres, à « Cau­chon (Pierre) », « Irré­gu­la­ri­tés du pro­cès de condam­na­tion », « Uni­ver­si­té de Paris ».

Aujourd’­hui, hors de France, dans le monde, qui se reven­dique de Jeanne d’Arc ?

Jeanne peut assu­ré­ment demeu­rer une source d’ins­pi­ra­tion, un modèle de com­por­te­ment et de conduite. Le mes­sage de Jeanne reste d’ac­tua­li­té et le res­te­ra tou­jours. Selon le RP Peti­tot, avant tout « Jeanne d’Arc vou­lait la paix, la paix sous toutes ses formes, la paix d’a­bord à l’in­té­rieur de la France entre les diverses pro­vinces, entre les princes du sang, entre le duc d’Or­léans et le duc de Bour­gogne, entre le dau­phin et le duc de Bre­tagne, entre Robert de Bau­dri­court et les ducs de Lor­raine. »

La sainte de la patrie « est appe­lée par En-haut pour appor­ter aux Fran­çais la liber­té et la paix, dira Jean d’Or­mes­son. Elle ne divise pas. Elle unit. Elle n’ap­par­tient à per­sonne. Elle est la sainte de tous. J’i­ma­gine qu’elle était aux côtés du com­mu­niste fusillé pour la libé­ra­tion de la France comme elle était aux côtés des gen­tils­hommes chré­tiens qui se fai­saient tuer pour leur Dieu et leur roi aux fron­tières du royaume. Ne lais­sons Jeanne d’Arc en otage ni aux uns ni aux autres. Si elle a été brû­lée vive à Rouen à l’âge de 19 ans et si ses cendres ont été dis­per­sées dans les eaux, c’é­tait pour que les Fran­çais cessent de se divi­ser et qu’ils se retrouvent réunis dans l’hon­neur et dans la gran­deur ».

En même temps, j’y reviens, l”« Angé­lique », comme l’ap­pe­lait le peuple de France, fait res­sor­tir les racines chré­tiennes du pays. C’est notre sei­gneur Jésus-Christ qui est le vrai roi et Charles VII, tout comme ses des­cen­dants, n’en sont que les lieu­te­nants. Le carac­tère sacré de la monar­chie fran­çaise est bien sou­li­gné. C’est un prin­cipe qui s’ap­plique de fait quelle que soit la nature du régime poli­tique en place, car « il n’y a point d’au­to­ri­té qui ne vienne de Dieu » (Pierre 2, 13).

Pro­pos recueillis par Phi­lippe Mesnard