Qwant : Asté­rix contre Google

Qwant : Asté­rix contre Google

Qwant, c’est le petit moteur de recherche qui monte, qui monte. Un concur­rent fran­çais de Google qui s’ho­nore de res­pec­ter la vie pri­vée de ses uti­li­sa­teurs. Suc­cès garan­ti ?

Il n’y a pas d’al­ter­na­tive à Google, a‑t-on enten­du der­niè­re­ment à l’an­tenne de France Info (12 juillet 2017). C’est pour­tant loin d’être le cas. Cer­tains de ses concur­rents sont même déve­lop­pés en France. C’est le cas d’Exa­lead, qui a béné­fi­cié du sou­tien des pou­voirs publics sous la pré­si­dence de Jacques Chi­rac : « face à la crois­sance expo­nen­tielle de l’in­dus­trie des moteurs de recherche, il fal­lait que la France, avec ses par­te­naires alle­mands et demain, je l’es­père, euro­péens, soit à la hau­teur de cet enjeu majeur », avait décla­ré le chef de l’É­tat au prin­temps 2006. Deve­nu la pro­prié­té de Das­sault Sys­tèmes, Exa­lead a pour­sui­vi son che­min en direc­tion des entre­prises.

Plus récem­ment, au prin­temps 2015, alors qu’il était ministre de l’É­co­no­mie, Emma­nuel Macron avait salué sur Twit­ter « un Google fran­çais en marche » : Qwant, dont l’am­bi­tion est effec­ti­ve­ment d”« offrir la pre­mière alter­na­tive euro­péenne cré­dible face aux grandes plate-formes amé­ri­caines qui dominent les ser­vices sur Inter­net ». Lan­cé en 2013 par une socié­té créée deux ans plus tôt, il serait deve­nu, en 2016, le quatre-vingt-sei­zième site le plus visi­té en France. Ses équipes sont ins­tal­lées à Paris, Nice et Rouen. « De soixante envi­ron en ce début 2017, le nombre d’employés devrait pas­ser à cent cin­quante en fin d’an­née et à deux cent cin­quante en 2018 », pré­cise L’U­sine digi­tale.

On a tes­té pour vous

Qu’en es-il à l’u­sage ? La per­ti­nence des résul­tats s’a­vère par­fois prise en défaut. Aucun ser­vice de car­to­gra­phie n’est encore inté­gré : c’est une lacune criante qui devrait être pro­chai­ne­ment com­blée. Mais on s’y retrouve très bien le plus sou­vent. Sou­cieux de « décloi­son­ner les sources d’in­for­ma­tion et reflé­ter toute la richesse du Web », Qwant pro­pose une inter­face qui tranche avec le mini­ma­lisme de Google : les liens les plus clas­siques, les actua­li­tés mais aus­si les résul­tats tirés des réseaux sociaux y sont pré­sen­tés sur un pied d’é­ga­li­té. C’est dérou­tant. Mais pas inin­té­res­sant.

« Né de la vision d’en­tre­pre­neurs pri­vés », comme se plaisent à le rap­pe­ler ses fon­da­teurs, Qwant a ouvert son capi­tal au groupe alle­mand Axel Sprin­ger ain­si qu’à la Caisse des dépôts et consi­gna­tions (CDC). Il béné­fi­cie éga­le­ment du sou­tien de la Banque euro­péenne d’in­ves­tis­se­ment (BEI), laquelle y voit la preuve de « l’ex­cel­lente coopé­ra­tion entre ins­ti­tu­tions publiques et pri­vées, tant au niveau natio­nal qu’eu­ro­péen ». L’É­du­ca­tion natio­nale pro­meut elle-même la décli­nai­son du moteur de recherche des­ti­née aux plus jeunes – une ver­sion sécu­ri­sée, en quelque sorte, voire bri­dée… De quoi frus­trer les inter­nautes en herbe ? En tout cas, les dizaines de mil­liers d’or­di­na­teurs mis à la dis­po­si­tion des fonc­tion­naires ne semblent pas concer­nés par cette publi­ci­té. [En fait, si, cer­tains le sont bel et bien, selon un témoi­gnage recueilli après la rédac­tion de cet article, mais dans quelles pro­por­tions ?]

Ser­vi­tude volon­taire

Le suc­cès gran­dis­sant de Qwant se nour­rit vrai­sem­bla­ble­ment de la défiance qu’ins­pirent les GAFA – à com­men­cer par Google évi­dem­ment. Pour affron­ter ce der­nier, Qwant a pac­ti­sé avec Micro­soft, dont les résul­tats du moteur de recherche (Bing) pal­lient par­fois ses propres insuf­fi­sances en toute trans­pa­rence. Cela étant, « contrai­re­ment aux autres moteurs de recherche », Qwant s’ho­nore de fonc­tion­ner « sans col­lec­ter de don­nées per­son­nelles de ses uti­li­sa­teurs ». Concrè­te­ment, « il n’y a aucun dis­po­si­tif de tra­çage ou cookie per­met­tant d’af­fi­cher des publi­ci­tés selon votre pro­fil ». Par consé­quent, « la sélec­tion et l’af­fi­chage des publi­ci­tés s’ap­puient exclu­si­ve­ment sur les mots clefs de la recherche de l’u­ti­li­sa­teur ». Aux dires de ses pro­mo­teurs, ce modèle éco­no­mique serait « effi­cace sans être intru­sif ». D’autres le juge­raient dépas­sé. Les inter­nautes tran­che­ront ! Paral­lè­le­ment, la neu­tra­li­té des résul­tats leur est garan­tie : « Qwant ne modi­fie pas les réponses selon l’in­ter­naute. Tous les uti­li­sa­teurs d’une même région ont les mêmes réponses, ce qui évite d’en­fer­mer les indi­vi­dus dans des bulles de filtres qui les confortent de plus en plus dans leurs opi­nions […] ou qui leur pro­posent uni­que­ment les pro­duits adap­tés à leur pou­voir d’a­chat sup­po­sé. »

Tant mieux ? C’est bien notre avis. Mais force est de consta­ter que les uti­li­sa­teurs de Face­book s’en remettent volon­tiers aux algo­rithmes déve­lop­pés sous la hou­lette de Mark Zucker­berg pour ordon­ner leur fil d’ac­tua­li­té, bien qu’ils n’y soient pas tou­jours contraints. Par ailleurs, en 2009, les usa­gers du métro pari­sien déten­teurs d’une carte Navi­go stan­dard étaient presque neuf fois plus nom­breux que ceux ayant pré­fé­ré la carte « décou­verte », cen­sée pré­ser­ver leur ano­ny­mat. Qu’en est-il aujourd’­hui ? Aucune réponse ne nous a été appor­tée par la RATP. Mais il n’est pas cer­tain que ces pro­por­tions aient beau­coup évo­lué. « Les liber­tés ne s’oc­troient pas, elles se prennent », est-il sou­vent rap­pe­lé dans les colonnes de L’Ac­tion Fran­çaise 2000. Encore faut-il avoir la volon­té de les sai­sir, fussent-elles à por­tée de clic.

Gré­goire Dubost